À Brazzaville, un centre devenu trop accueillant ?

La corniche de Brazzaville, début août. © Baudouin Mouanda pour JA

Aménagements d’espaces publics, nouvelles enseignes, surtout dans les loisirs. Le centre de la capitale, Brazzaville, est de plus en plus accueillant. Trop peut-être, au vu du nombre d’hôtels haut de gamme.

Restriction budgétaire et crise économique obligent, la plupart des gros programmes immobiliers, publics comme privés, qui avaient été engagés dans le centre de la capitale congolaise sont à l’arrêt. Depuis 2016, les seuls ouvrages réalisés ou en voie de finalisation sont les tours jumelles à Mpila et la tour du siège de la Banque sino-congolaise pour l’Afrique (BSCA), en centre-ville, avenue du Cardinal-Émile-Biayenda – un chantier entièrement financé par la BSCA et réalisé par China State Construction and Engineering Corporation.

L’année dernière a cependant été marquée par l’aménagement d’espaces publics. Ainsi, sur 2,5 km (depuis le restaurant Mami Wata jusqu’à la Case-de-Gaulle), avec ses larges trottoirs côté fleuve, son pont haubané et sa vue exceptionnelle sur le Congo, la route de la corniche est devenue le lieu de promenade favori des Brazzavillois, en particulier le dimanche, où elle est interdite à la circulation de 6 heures à 18 heures. Familles, bandes de jeunes, sportifs, touristes… Tout le monde en profite.

Une évolution discrète

Faute de grandes réalisations en 2017, ce sont dans les « petits » détails que l’on observe des changements qui modifient le quotidien. Parmi eux, l’amélioration de la circulation en centre-ville, grâce à la réhabilitation de quelques voiries stratégiques.

Fini les terribles embouteillages aux alentours du centre commercial Grand Fleuve, de City Center, du carrefour de la Coupole, de la tour Nabemba, et même sur l’avenue de la Paix, dans le quartier de Poto-Poto. En revanche, sur la plupart des grandes artères des quartiers populaires, les déplacements restent un calvaire aux heures de pointe.

De tous les rayons de la nouvelle enseigne Fnac, c’est surtout celui des livres qui attire la clientèle

Le secteur de la distribution a également connu d’importantes transformations. Au centre commercial Grand Fleuve, vaste mall de 10 000 m2 où sont déjà installés l’hypermarché Géant Casino et de nombreuses boutiques (principalement de prêt‑à-porter, dont Aldo, Lewis, New Port et, depuis peu, Kiabi), l’ouverture d’un magasin Fnac le 1er juillet a été un événement pour les consommateurs brazzavillois. De tous les rayons de l’enseigne, c’est surtout celui des livres qui attire la clientèle, les librairies se comptant sur les doigts d’une seule main dans la capitale.

À la Fnac, au centre commercial Grand Fleuve. © Muriel Devey Malu-Malu

Avec son large choix et ses prix modérés, le magasin devrait maintenir un bon niveau de fréquentation. C’est du moins l’espoir de la direction de la Fnac-Brazzaville, une franchise gérée – comme le Géant Casino – par Score Congo, filiale du groupe monégasque Mercure International.

C’est ce qu’a déjà vérifié un autre nouveau venu dans l’industrie des loisirs : le MTN Movies House, un cinéma inauguré il y a tout juste un an au Plateau des Quinze-Ans. Selon son opérateur, la société congolaise Cinebox, la fréquentation moyenne de la salle de 200 places a sensiblement augmenté depuis son ouverture.

Nouveauté : l’offensive du prêt‑à-porter made in Congo

Dans les halls des hôtels, les rues passantes ou les centres commerciaux, des boutiques indépendantes en tout genre ont elles aussi fait un effort d’aménagement et de qualité. L’accueil est plus chaleureux, les vitrines plus attirantes, l’offre plus diversifiée et, autre nouveauté, l’offensive du prêt‑à-porter made in Congo, telle la marque Nandjika, créée par Jacinthe Mackosso, qui mélange les styles et marie avec bonheur pagnes et autres textiles.

Les créateurs ouest-africains prennent par ailleurs une place de plus en plus importante dans l’offre locale en vêtements et accessoires que l’on peut notamment apprécier chez Design Street, à Mpila.

Faible dynamique dans le secteur hôtelier

Les hôtels ont eux aussi poussé comme des champignons. On en trouve désormais dans toutes les gammes, du plus modeste aux quatre- et cinq-étoiles, parmi lesquels le Pefaco Maya Maya, face à l’aéroport, le Ledger (ex-Méridien) et, en centre-ville, le Mikhael’s, sans oublier, au bord du fleuve, le Radisson Blu.

Depuis son ouverture en 2015, ce dernier reste la vedette. Rien à redire sur le confort des chambres ou la qualité de la restauration et, pour prendre un verre, la terrasse avec vue imprenable sur le fleuve Congo est idéale, bien moins bruyante que le bar situé dans le hall d’entrée de l’établissement. Inauguré la même année, le Pefaco Maya Maya a su quant à lui se distinguer en ouvrant dans son hall une galerie d’art, où l’on peut trouver de magnifiques sculptures, des masques anciens ainsi que des toiles de peintres locaux contemporains.

Si la conjoncture ne semble pas avoir trop entamé la dynamique de consommation, force est de constater que, depuis un an, le secteur hôtelier fait grise mine. Les voyages d’affaires, les forums et les manifestations se raréfient.

Les établissements ont vu leur taux de remplissage dégringoler, et leur chiffre d’affaires avec. Pour certains, ce manque à gagner se cumule à d’importants arriérés de paiement dus par l’État.

Licenciement de personnel, baisse des tarifs, promotions (nuitées « spécial week-end » ou « mariage »), locations de salles pour des réunions ou des réceptions, suspension de certaines prestations… Toutes les solutions sont bonnes pour tenter de garder le cap et d’éviter la fermeture, parfois au détriment du standing, le nombre d’étoiles affichées ne correspondant plus toujours à la qualité des services réellement fournis.

Quelques propriétaires songent à transformer leurs établissements en « apparts-hôtels », un concept qui se développe dans la capitale, même si les prix sont parfois exorbitants. Comme ceux du très luxueux et futuriste « residence hotel » Elbo Suites, ouvert mi-2016 au bord du fleuve. Les suites tout confort, de 2 à 4 pièces, se louent entre 300 000 et 1 million de F CFA (entre 457 et 1 525 euros) la nuitée, petit déjeuner compris.

« Dans le contexte actuel, il faudrait ralentir la construction de nouveaux hôtels, au risque de voir mourir les autres », souligne un opérateur s’étonnant du maintien de certains projets, souvent haut de gamme, comme le Kempinski, toujours en chantier.

Les professionnels attendent une stratégie touristique audacieuse, notamment sur les segments de l’événementiel et de l’incentive (séminaires d’entreprises à thème : aventure, écotourisme…), qui leur permettraient de trouver un nouveau souffle. Signe intéressant : les premières Assises nationales du tourisme congolais se sont tenues mi-juillet à Brazzaville.

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