Clément Mouamba : « Signer avec le FMI est une affaire classée. Le Congo ne peut pas rester à l’écart »

Clément Mouamba le 21 juillet, à Brazzaville. © Muriel Devey Malu-Malu pour JA

Après plus de vingt ans dans l’opposition, Clément Mouamba, banquier au long cours, a été nommé à la tête du gouvernement en avril 2016, au lendemain de la présidentielle et au plus fort de la crise financière.

Ancien cadre de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) et de la Banque internationale du Congo (BIDC), Clément Mouamba, 73 ans, est un peu le symbole de la « nouvelle République » et du gouvernement de rupture voulus par Denis Sassou Nguesso après sa réélection, en mars 2016.

Conformément à la décision du parti auquel il appartenait alors, l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (Upads), Mouamba avait en effet pris position contre la réforme constitutionnelle, avant de participer, mi-2015, au dialogue politique organisé par le pouvoir et de se rallier à ses conclusions. Ce qui lui a valu d’être exclu de l’Upads et, neuf mois plus tard, de devenir Premier ministre.

Jeune Afrique : Avec la chute des cours mondiaux du baril et le recul de la production congolaise, les recettes du pays ont décliné. Quelles ont été les répercussions sur le budget ?

Clément Mouamba : Entre 2013 et 2017, les recettes budgétaires ont baissé de 43 %. Elles sont passées de 3 122 milliards de F CFA [environ 4,76 milliards d’euros, soit 5,6 milliards de dollars] – dont 2 295 milliards de recettes pétrolières – en 2013 à 1 359 milliards en 2017, dont 403 milliards de recettes pétrolières.

C’est le budget d’investissement public qui a été le plus touché, puisqu’il est tombé de 430 milliards de F CFA en 2016 à 292 milliards F CFA en 2017. Ce qui explique que le rythme des travaux a été limité aux équipements existants et qu’aucun nouveau chantier n’a été engagé.

Nonobstant le relèvement du point d’indice (résultat des engagements pris envers les syndicalistes), le budget de fonctionnement a, quant à lui, connu une légère baisse, liée notamment aux dépenses courantes.

À partir de quand la production de Moho Nord (opérée par Total E & P) aura-t‑elle un impact significatif sur les recettes pétrolières et, donc, sur celles de l’État ?

L’entrée en production, en avril dernier, du champ Moho-Nord, qui produira 100 000 barils par jour d’ici à la fin 2017, permettra au pays d’atteindre un niveau de production total de 96 millions de barils en 2017, 119 millions de barils en 2018 et 111 millions de barils en 2019.

Cette hausse améliorera, certes, les recettes de l’État en 2018, mais, compte tenu de nos engagements et des arriérés de paiement, cela ne contribuera pas à renforcer de manière significative la structure financière de l’État et à reconstituer la base essentielle de nos ressources, lesquelles méritent donc d’être confortées par des apports extérieurs.

Quelle est la part de l’effort de guerre dans le budget de l’État ?

Le Congo n’est pas en guerre contre lui-même. En revanche, il s’efforce en effet d’apporter la sécurité dans le département du Pool. Une telle opération a un coût parfaitement maîtrisé, qui concerne notamment la prise en charge des personnes déplacées et l’entretien des forces de sécurité.

Quelle est votre stratégie pour renflouer le niveau des réserves de devises, qui est tombé à un mois et demi ?

La dégradation s’est stabilisée, mais le niveau de réserves de devises reste en effet très faible, et il faut le ramener à trois mois.

Contrairement à l’idée répandue, le Congo n’entretient pas de réserves budgétaires en Chine

Plusieurs mesures concourent à relever ce niveau, dont le contrôle du budget d’investissement – qui contribue à réduire les importations –, le contrôle des exportations – avec l’obligation faite aux sociétés exportatrices, parmi lesquelles les pétroliers et les forestiers, de rapatrier une partie de leurs recettes d’exportation, via la Beac – et l’application rigoureuse de la réglementation de change.

Et, contrairement à l’idée répandue, le Congo n’entretient pas de réserves budgétaires en Chine.

À combien s’élève la dette publique du Congo envers la Chine (lire pp. 76-77) ?

La dette extérieure globale du Congo est évaluée à 4 300 milliards de F CFA, celle envers la Chine s’élève à 1 776 milliards [soit plus de 2,1 milliards de dollars]. Si la Chine est le principal créancier du Congo, la France reste son premier partenaire économique, tous secteurs confondus.

Comment la rupture évoquée par le chef de l’État après la présidentielle se traduit-elle au niveau de la gouvernance ?

Cette rupture porte sur les comportements antiéconomiques et mafieux, ou de nature à compromettre l’unité nationale. Cela concerne tous les acteurs, aussi bien les politiques et les fonctionnaires que l’ensemble des autres citoyens.

Nous devons respecter les règles établies pour asseoir progressivement une gouvernance publique irréprochable.

Des sanctions sont-elles prises à l’égard de ceux qui ne respectent pas la loi ?

Nous disposons d’un arsenal de textes qu’il s’agit d’appliquer. C’est la justice qui est le garant de l’application des lois. Et notre système judiciaire n’est pas en vacances. La preuve, des procès de toute nature se tiennent, liés à la criminalité, à des détournements de fonds publics et à toute autre sorte de fraude.

Qu’en est-il du Plan national de développement (PND) 2017-2021, de la relance de l’économie et de sa diversification ?

Contrairement à l’élaboration du PND 2012-2016, celle du PND 2017-2021 survient dans une conjoncture macroéconomique difficile, marqué notamment par une importante contraction des ressources financières de l’État.

La diversification s’articule autour de quatre leviers : agriculture, bois, tourisme et services

Dans ce contexte, le PND devra tenir compte de la nécessité de rétablir les grands équilibres macroéconomiques et, tout en assurant la protection des populations les plus vulnérables, relancer l’économie.

En particulier en l’articulant autour des principaux leviers de la diversification, à savoir l’agriculture, la pisciculture et l’élevage, la transformation du bois, le tourisme et les services, notamment financiers.

Quels investissements publics sont susceptibles d’assurer la croissance en 2018 ?

En matière d’infrastructures, il y aura une pause. Nous n’investirons pas dans de grands travaux. Nous allons préserver l’acquis en mettant l’accent sur la maintenance et l’entretien des équipements existants, notamment des routes. Nous allons aussi orienter nos investissements sur l’assainissement et la gestion des déchets dans les grandes villes.

Pour ce qui est de la santé et de l’éducation, nous privilégierons la gestion et l’équipement des infrastructures et la formation des personnels.

Enfin, dans le domaine productif, les investissements publics seront concentrés sur des secteurs prioritaires comme l’agriculture. L’État n’investira pas seul dans les activités économiques mais s’appuiera davantage sur le secteur privé, et notamment sur l’investissement direct étranger.

Où en sont les discussions avec le FMI pour l’adoption d’un programme économique et financier ?

Nous avons pris l’option d’aller vers un accord avec le FMI, comme l’ont déjà fait le Cameroun et le Gabon et comme va le faire prochainement la Guinée équatoriale. Nous ne pouvons pas rester à l’écart d’un mouvement qui touche les pays de la Cemac [Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale].

C’est donc une affaire classée. Nous avons simplement demandé au Fonds d’attendre que les élections [législatives des 16 et 30 juillet] soient passées pour finaliser les choses. Après le 15 août, nous allons reprendre les discussions avec le FMI, et si tout se passe bien nous devrions signer un accord d’ici à la fin de septembre.

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