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Congo-Brazza : Sauve-Gérard Ngoma, une passion en toutes lettres

L’auteur-animateur Sauve-Gérard Ngoma à Brazzaville, le 2 août. © Baudouin Mouanda pour JA

Poète et producteur de l’émission Cultura, diffusée depuis quinze ans sur Télé Congo, Sauve-Gérard Ngoma a l’art de partager son amour et sa connaissance de la littérature africaine contemporaine.

«J’ai rencontré la plupart des grands auteurs congolais contemporains, de Jean-Baptiste Tati Loutard à Henri Lopes, en passant par Alain Mabanckou », raconte Sauve-Gérard Ngoma Malanda. Et pour cause, ce passionné de littérature francophone a conçu, produit et anime depuis quinze ans Cultura : un rendez-vous culturel hebdomadaire de quarante-cinq minutes, diffusé chaque dimanche sur Télé Congo, la chaîne nationale.

L’émission est bâtie autour d’une personnalité, généralement issue du monde littéraire, le pays étant célèbre pour ses hommes de lettres. « Environ 70 % de mes invités sont des romanciers ou des essayistes, les autres étant des artistes plasticiens ou des musiciens, surtout ceux tournés vers de nouveaux genres et vers la recherche musicale, précise le chroniqueur. J’ai, par exemple, eu l’occasion de m’entretenir avec Papa Wemba sur la place de la littérature dans son œuvre. »

Une ouverture sur le reste de l’Afrique

Bien que majoritairement tournée et réalisée au Congo, l’émission sort régulièrement du pays. « Nous sommes, en effet, présents aux grands rendez-vous culturels francophones ou lors des grandes manifestations continentales, poursuit-il.

Nous avons, par exemple, tourné des émissions à Marrakech lors de la COP22 [fin 2016], à Kinshasa pour le sommet de la Francophonie en 2012, ou encore à Bangui pendant les festivités du cinquantenaire de l’indépendance. » L’équipe de Cultura est également présente chaque année au Salon du livre et au Marché de la poésie, à Paris.

Démystifier le métier d’écrivain

Si son auditoire est surtout composé d’un public averti, Cultura compte aussi de nombreux néophytes parmi ses téléspectateurs, y compris des jeunes auteurs. En effet, l’émission se révèle être un catalyseur – et un tremplin – pour ces derniers.

« Je suis devenu une sorte de conseiller en écriture. Les jeunes qui produisent des romans ou des pièces de théâtre me sollicitent et me soumettent leurs manuscrits. Beaucoup d’entre eux se sont mis à écrire grâce à l’émission, souligne avec satisfaction l’auteur-producteur. Cultura a permis de démystifier le métier d’écrivain, de montrer que tous les sujets peuvent être abordés et que la matière première se puise dans la vie de tous les jours. »

Un homme de lettres

Sa passion pour l’écriture, ses quinze ans à la tête de Cultura, ses échanges avec nombre d’auteurs et de critiques de renom (comme les Français Jacques Chevrier, Arlette Chemain-Degrange et Roger Chemain) ont fait de Sauve-Gérard Ngoma Malanda un fin connaisseur de la littérature africaine francophone contemporaine.

Aujourd’hui émerge une littérature de la migration : on migre du nord vers le sud et inversement, en quête d’un eldorado », souligne Sauve-Gérard Ngoma

Nous sommes passés de la quête identitaire, thème des années 1950-1960, aux désillusions de l’après-indépendance. Aujourd’hui émerge une littérature de la migration : on migre du nord vers le sud et inversement, en quête d’un eldorado, souligne Sauve-Gérard Ngoma. La diaspora, notamment, tente de reprendre sa place dans son pays d’origine. C’est un véritable chassé-croisé, fait aussi de déceptions. Ces thématiques sont souvent impulsées par les essayistes et reprises par les romanciers. Les femmes sont aussi de plus en plus présentes dans ce mouvement  littéraire. »

Ses compétences et sa notoriété ont valu à Ngoma de devenir conseiller aux lettres, à l’édition et à la vulgarisation littéraire au ministère congolais des Arts et de la Culture pendant six ans, avant de rejoindre le département de l’Économie forestière, où il est actuellement conseiller en communication.

Des activités qui n’ont jamais entamé sa passion pour l’écriture et, surtout, pour la poésie. Il a déjà publié deux recueils, Rêves sur cendres et Danse des silhouettes, et en prépare un troisième : Là où la terre se referme encore. « Notre terre est blessée, mais elle cicatrise », murmure le poète.