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"Cet article est issu du dossier" «Congo : sortir d'un monde de brut»

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Où en est le Congo-Brazzaville ?

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Journaliste à Jeune Afrique depuis 2008, Cécile Manciaux est responsable de la section « Le Plus » de l’hebdomadaire. Ses principaux centres d’intérêt : l’aménagement et le développement urbain, le droit électoral, les religions, les trésors linguistiques. Ses passions : l’Afrique centrale, l’Écosse, leur petite et grande musique.

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Vue du quartier de Moungali, à Brazzaville. © Wikimedia Commons/Jomako

Quand on redécouvre Brazzaville, la guerre civile qui l’a déchirée il y a vingt ans, de juin à octobre 1997, semble loin. Très loin.

Cette année-là, pendant plus de quatre mois, la capitale a été dévastée par les affrontements entre les Zoulous, milice privée du chef de l’État en exercice, Pascal Lissouba, et les Cobras de Denis Sassou Nguesso (DSN), son prédécesseur, de retour au Congo après deux ans d’exil volontaire pour y effectuer une tournée électorale, la présidentielle étant prévue en fin d’année.

Ancien allié de DSN dans l’opposition, Bernard Kolélas s’est rapproché de Lissouba et, nommé Premier ministre en septembre, il engage les miliciens de son fief du Pool, les Ninjas, aux côtés des Zoulous. Début octobre, le président angolais dos Santos – pour contrer son opposant Jonas Savimbi, qui soutient Lissouba – envoie quant à lui un contingent pour venir en aide aux Cobras.

Le 14, ils sont vainqueurs à Brazzaville, le lendemain ils occupent Pointe-Noire, et DSN déclare la fin de la guerre. Le 25 octobre, il se proclame président et installe une transition de trois ans. Elle ne s’achèvera finalement qu’en 2002, par le référendum constitutionnel suivi, le 10 mars, de l’élection de DSN à la présidence.

Avec ses centaines de milliers de morts et de déplacés, cette guerre a évidemment profondément marqué les Congolais, surtout dans la capitale, dont des quartiers entiers ont été vidés de leurs habitants, et dans le Pool voisin, où les milices ont continué de sévir jusqu’à l’accord de paix de décembre 1999.

De Brazza à Pointe-Noire, de Dolisie à Oyo, on sent les Congolais emplis d’énergies et d’ambitions inédites qui innervent le pays

Depuis, la fracture entre les communautés s’est lentement mais sûrement résorbée. Grâce à la manne pétrolière, le gouvernement a investi pour reconstruire et mettre à niveau les infrastructures dans la capitale et dans les départements. De Brazza à Pointe-Noire, de Dolisie à Oyo, on sent les Congolais emplis d’énergies et d’ambitions inédites qui innervent le pays. On retrouve la sereine dynamique et la convivialité qu’on croyait perdues.

Ces deux dernières années, la crise financière consécutive à la chute des cours des hydrocarbures est certes venue freiner les projets, comme ailleurs dans la sous-région. Mais les activités et le moral semblent se maintenir. Malgré tout. Y compris pendant les élections législatives et locales des 16 et 30 juillet 2017.

Aujourd’hui, le grand sujet d’inquiétude, c’est la crise sécuritaire et humanitaire qui sévit à nouveau dans le Pool. Elle a éclaté en avril 2016 au lendemain de la réélection de DSN, quand l’armée a lancé une vaste opération contre Frédéric Bintsamou, alias Pasteur Ntumi, soupçonné d’avoir attaqué Brazza. Un an plus tard, il reste introuvable. Mais les exactions de ses Ninjas, des autres milices et leurs affrontements avec l’armée replongent le Pool dans le cauchemar.

Plus de la moitié d’entre eux sont en situation d’insécurité alimentaire

Les ministères congolais des Affaires sociales et de la Santé et les agences des Nations unies ont révélé, dans un rapport rendu public fin juin, que le nombre de déplacés dans le Pool a été multiplié par six, passant de 12 980 en juin 2016 à 81 000 en mai 2017, soit un tiers de la population du département. Plus de la moitié d’entre eux sont en situation d’insécurité alimentaire : en un an, la superficie cultivée dans le Pool a été réduite de 40 % et, sur les marchés de Kinkala et de Mindouli, le prix du kilo de foufou a augmenté de 85 %.

Le constat est tout aussi préoccupant dans le département voisin de la Bouenza, où 58 % des ménages déplacés sont en insécurité alimentaire, mais aussi 32 % des familles qui les accueillent.

Le 17 juillet, le gouvernement congolais, l’ONU et seize partenaires humanitaires ont lancé un appel de fonds pour financer un plan d’urgence conjoint de 23,7 millions de dollars sur six mois. Une somme sans laquelle les 138 000 Congolais concernés par cette aide ne pourront continuer à être secourus. Il y a donc extrême urgence.

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