Législatives au Congo : des leçons pour tous

Pendant la campagne pour les élections législatives et locales, en juillet, dans la capitale, Brazzaville. © Baudouin Mouanda pour JA

Sans surprise, le Parti congolais du travail (PCT) a remporté la majorité absolue aux législatives de juillet. À l’instar de ses détracteurs, qui entendent bien tenir leur rôle au sein de l’hémicycle, il devra tirer quelques leçons du scrutin.

Il n’y a pas eu match. Après la réélection de Denis Sassou Nguesso en mars 2016, les premières législatives de la nouvelle République, qui se sont tenues les 16 et 30 juillet, ont confirmé la mainmise du Parti congolais du travail (PCT) sur l’Assemblée nationale. La formation politique du chef de l’État s’y assure la majorité absolue en remportant 89 des 151 sièges que compte désormais l’hémicycle (contre 139 lors de la précédente législature).

Pour le moment, seuls 142 seront pourvus, le scrutin ayant été reporté sine die dans 9 des 14 circonscriptions du Pool pour des raisons de sécurité. Dans ce département en proie à des violences depuis avril 2016, le PCT comptait 5 députés lors de la précédente législature. Si le mandat de ces derniers est prorogé en attendant l’organisation de partielles, le PCT disposera de près des deux tiers des sièges de l’hémicycle.

Une opposition désavantagée

Au sein de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (Upads), jusqu’alors première formation de l’opposition dite « républicaine », on tente de nuancer cette écrasante victoire du PCT.

Sur le papier, pourtant, l’Upads devait se voir attribuer chaque trimestre quelque 11 millions de F CFA

« Nous sommes allés à ce scrutin à armes inégales : le parti au pouvoir bénéficie de subventions publiques alors que nous ne recevons rien de l’État », déplore son porte-parole, Honoré Sayi, l’un des 8 députés élus de la formation. Sur le papier, pourtant, l’Upads devait se voir attribuer chaque trimestre quelque 11 millions de F CFA (près de 17 000 euros). « Cela va faire bientôt quatre ans que nous n’avons pas reçu un centime », assure son premier secrétaire général, Pascal Tsaty Mabiala.

L’Upads admet des progrès dans la gouvernance électorale, salue la réintroduction du bulletin unique, qui, dit-elle, réduit les risques de manœuvres frauduleuses.

En revanche, elle reste critique quant à l’organisation des scrutins, déplorant entre autres la qualité des listes électorales, le fait que les cartes d’électeurs soient distribuées par des chefs de quartier « qui sont de véritables appendices de l’Administration », la corruption… Des dysfonctionnements qui nuisent à la « transparence du jeu démocratique ».

À l’instar de l’Upads, l’Union des démocrates humanistes (UDH-Yuki) de Guy-Brice Parfait Kolélas a également pris part, avec ses armes, à ces quatorzièmes législatives de l’histoire du Congo, couplées pour la première fois aux élections locales.

L’ancien ministre a dû improviser et a demandé à ses candidats de se présenter en indépendants

Sa formation n’ayant pas été agréée en tant que parti politique avant les scrutins, l’ancien ministre a dû improviser et a demandé à ses candidats de se présenter en indépendants. Et pour que ses électeurs s’y retrouvent, le logo de l’UDH-Yuki a été décliné en plusieurs versions : sur le bulletin de vote, au côté du candidat Yuki, on pouvait trouver tantôt une ou deux calebasses renversées, tantôt trois ou quatre calebasses à plat…

« En refusant d’agréer notre formation à temps, le gouvernement ne cherchait qu’à nous fragiliser », estime Christian Cyr Rodrigue Mayanda, proche collaborateur de Guy-Brice Parfait Kolélas.

Il est persuadé que le pouvoir voulait éviter que ce dernier, après être arrivé deuxième à la présidentielle de 2016, ne devienne le chef de l’opposition à l’issue de ces législatives, quel que soit le nombre de sièges obtenus par les candidats se réclamant de sa formation.

En l’occurrence, huit. D’autant que, si l’on y ajoute celui de Kinkala (qui pourrait être conservé de fait par Kolélas, puisque cette circonscription du Pool est l’une de celles où le scrutin n’a pu se tenir), l’UDH-Yuki, bien qu’elle ne soit pas encore reconnue par le ministère de l’Intérieur, pourrait ravir la position de première force politique de l’opposition « républicaine » à l’Upads.

Appel du pieds entre les deux formations

« Avec Kolélas, nous irons à cette Assemblée non pas en adversaires, mais en amis et en compagnons de lutte face au pouvoir. Chacun avec sa méthode, sa culture politique, ses moyens, nous défendrons l’opposition et nous ferons entendre une autre voix à l’hémicycle », assure Tsaty Mabiala, qui exclut toute dispute avec son « camarade » sur le statut du chef de l’opposition.

Un appel du pied pour « mettre en place une nouvelle opposition congolaise », affirme-t‑on dans l’entourage du chef de l’Upads. Ne sont pas concernés ceux qui, au sein de la Fédération de l’opposition, dirigée par l’ex-ministre Claudine Munari, boudent les institutions en place.

S’achemine-t‑on vers une recomposition de l’échiquier politique congolais ? « En tout cas, les lignes bougent : les coalitions d’avant la présidentielle de 2016 ont explosé, quelques jeunes font leur entrée dans l’hémicycle grâce à la nouvelle Constitution, et on voit que certains caciques de nos formations peinent à conserver leur hégémonie », remarque un cadre du PCT d’un ton sec.

Qui laisse à penser qu’après ce test des législatives, même au sein du parti au pouvoir, des réajustements sont à prévoir.

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