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Chine-Congo : une relation décomplexée

Le Président chinois XI Jinping reconduit le président congolais Denis Sassou Nguessou à son siège durant la cérémonie de signature tenue à Pékin, le 5 juillet 2016. © AP Photo/Ng Han Guan, Pool/

Jadis cantonnée aux sociétés publiques et à leurs expatriés, la présence de la Chine au Congo s’est renforcée et, surtout, diversifiée. Ses PME et sa diaspora font désormais partie intégrante du paysage.

Discrète avant les années 2000, la présence chinoise au Congo s’est intensifiée avec l’accord de partenariat stratégique bilatéral de juin 2006, qui prévoyait notamment la réalisation de nombreux ouvrages dans tous les domaines (transports, fibre optique, complexes hydroélectriques, traitement de l’eau, logement, bâtiments publics, stades, etc.). Assorti de prêts bonifiés et de dons, cet accord a été renouvelé lors de la visite du président chinois Xi Jinping à Brazzaville, en mars 2013.

À la suite de la tournée du chef de l’État congolais en Chine, en juillet 2016, les deux partenaires ont validé, en avril dernier, la réalisation d’une douzaine de nouveaux projets, dont la construction d’un centre de maintenance aéronautique, d’un port minéralier et de la zone économique spéciale (ZES) de Pointe-Noire.

Pékin devrait par ailleurs appuyer le Congo pour la réhabilitation du Chemin de fer Congo-Océan (CFCO) et la construction de la cité de Ngamakosso, dans le nord-ouest de Brazzaville.

Diversification de l’investissement chinois

Mais au-delà des BTP, où elles ont remporté beaucoup d’appels d’offres dans le cadre du programme d’investissements publics, les entreprises chinoises, y compris privées, ont désormais investi une gamme étendue de secteurs : mines, matériaux de construction, exploitation forestière, recherche pétrolière, industrie, immobilier, banque, agriculture, restauration, transport, santé, commerce…

Des opérateurs privés chinois ont ouvert trois supermarchés Asia dans la capitale où les produits sont 100% made in China

Outre les expatriés temporaires, de nombreux opérateurs privés chinois se sont établis au Congo et, dans leur sillage, nombre de ressortissants de l’empire du Milieu. Déjà très actifs dans le commerce de détail, ils ont mis un pied dans la grande distribution en ouvrant ces dernières années trois supermarchés Asia dans la capitale (l’un en centre-ville, le deuxième dans l’arrondissement de Ouenzé et le troisième dans celui de Bacongo), où les produits sont 100 % made in China.

Parallèlement, les échanges bilatéraux se sont envolés, passant de 290 millions de dollars en 2002 à 6,5 milliards en 2015, avec un recul à 3 milliards en 2016 lié à la crise financière et économique inhérente à la chute des cours des hydrocarbures.

Une coopération qui suscite des critiques

Excepté au ministère de l’Aménagement du territoire et des Grands Travaux, dont les banques et les entreprises chinoises sont des partenaires privilégiés, leur omniprésence suscite cependant des réserves. On applaudit l’appui financier, qui a permis de réaliser la quasi-totalité des infrastructures de base indispensables au pays.

On salue la rapidité d’exécution et la compétitivité des coûts. Mais certains Congolais s’agacent.

Les Chinois emploient peu de Congolais et importent l’essentiel des matières premières dont ils ont besoin pour leurs activités », déplore un fonctionnaire

Outre le « secret » entourant le montant de l’aide publique qu’elle octroie à l’État, on reproche à la partie chinoise, surtout à ses opérateurs privés, de ne pas suffisamment respecter les cahiers des charges dans le cadre des concessions, de porter atteinte à l’environnement avec l’utilisation de pesticides, ou encore d’exporter trop de grumes au lieu de transformer le bois sur place.

« Les Chinois emploient peu de Congolais et importent l’essentiel des matières premières dont ils ont besoin pour leurs activités », déplore un fonctionnaire.

Des entrepreneurs locaux s’inquiètent du nombre croissant de PME chinoises dans le pays. « Comment pouvons-nous les concurrencer quand nos banques prêtent à des taux prohibitifs et que nos ambassades ne nous appuient pas dans la recherche de partenaires et de fournisseurs à l’extérieur ? » interroge un patron brazzavillois. Sans parler de ceux qui, comme ailleurs sur le continent, doutent de la qualité des réalisations.

Un faux débat, estime un chef d’entreprise ponté­négrin : « Les opérateurs chinois s’adaptent à une demande déterminée par la partie congolaise. Ils réalisent ce qu’on leur commande.

On pourrait seulement leur reprocher de s’inscrire dans des choix qui n’ont pas été débattus en amont et de réaliser des projets qui ne sont pas toujours utiles. En comparaison, la coopération française propose des études, de la formation, de l’assistance technique. Mais tout cela est moins visible que les routes et les bâtiments réalisés par les Chinois. »