Sirandou Diawar : « Au Mali, il m’a fallu prouver qu’une femme pouvait bâtir un immeuble »

Sirandou Diawara, architecte fondatrice de So-Da Architecture (le seuil en Bambara), le 21 juillet 2017 à Bamako. © Emmanuel Daou Bakary pour Jeune Afrique

De Paris à Bamako, où elle a contribué à l'accueil du dernier sommet Afrique-France, la fondatrice de Soda Architecture trace ses plans et impose sa patte résolument contemporaine.

En 2007, elle disait avoir choisi de vivre entre Paris et Bamako à cause d’un marché malien de l’architecture peu porteur. Aujourd’hui la donne a changé. Sirandou Diawara passe désormais 80 % de son temps au Mali dans les locaux de Soda Architecture, le cabinet qu’elle a créé il y a treize ans, à tout juste 30 ans.

Dans ce pays ultraconservateur, qu’elle connaissait mal pour n’y avoir jamais vécu, l’architecte a su s’imposer. « Alors que la demande est forte, qu’il y a tant à faire ici, il m’a fallu prouver aux habitants qu’une femme peut bâtir un immeuble », confie cette Franco-Malienne, lauréate de l’École supérieure d’architecture de Paris-La Villette.

À 43 ans, elle revendique le droit de conduire des projets d’envergure et refuse de se cantonner à la seule réalisation de petites maisons, comme tant d’autres de ses confrères africains. Auréolée de sa notoriété grandissante, Sirandou Diawara intervient sur de nombreux dossiers. On lui doit notamment la rénovation complète d’immeubles dans le quartier d’affaires de Bamako, ou de l’hôtel Azalaï Indépendance, à Ouagadougou.

Une démarche minimaliste

Elle est également intervenue en tant qu’architecte-conseil dans des projets emblématiques, dont la construction de quatorze villas présidentielles pour le sommet Afrique-France 2017, ou celle du Sheraton Bamako, l’hôtel le plus prestigieux de la capitale, qui ouvrira en octobre. Elle livrera dans la foulée un showroom de 2 500 m2 réalisé pour le compte du groupe Batimat Mali, spécialiste de la distribution de matériaux de construction.

Celle qui revendique un style résolument contemporain et se présente comme une « architecte métisse », trait d’union entre les architectures européennes et « africanisées » (en adéquation avec les réalités du continent), a opté pour une démarche minimaliste, à l’instar des Sud-Africains et des Japonais.

Sensible aux aspects bioclimatiques, elle privilégie les techniques de construction et les matériaux qui assurent fiabilité, durabilité et salubrité.

Ses villes modèles, en Afrique du Sud

Se rêvant architecte depuis l’âge de 9 ans – après avoir découvert le monde en compagnie d’un père diplomate –, Sirandou Diawara estime que l’architecture de la plupart des pays du Sahel pâtit d’une absence de schéma directeur, ce qui conduit, au Mali, à une urbanisation chaotique.

« On a copié jusqu’à l’absurde les schémas directeurs français, qu’on ne remet pas au goût du jour malgré les évolutions. L’architecte ne semble pas encore avoir trouvé sa place dans les services techniques des municipalités maliennes et auprès de l’État, regrette-t-elle. Il devrait s’inscrire dans une réflexion sur la nouvelle manière d’occuper l’espace. Il ne s’agit pas seulement de créer des logements à des prix abordables, mais de transformer un projet de construction en support de développement, en exploitant toutes les niches d’emploi imaginables. »

Pour Sirandou Diawara, les villes modèles du continent se trouvent plutôt en Afrique du Sud, où les architectes s’inspirent des formes très maîtrisées développées en Allemagne – qu’ils intègrent dans leur environnement et adaptent à leur mode de vie.

Elle aurait aimé avoir réalisé le Parc national du Mali à Bamako, œuvre de son confrère burkinabè Diébedo Francis Kéré. Elle ambitionne d’aménager les rives du Djoliba à Bamako, mais admet qu’un tel projet ne constitue pas une priorité dans un pays confronté aux questions sécuritaires.