Urbanisation : « Seule la création de villes intelligentes autour d’Abidjan peut corriger la situation »

Par Jeune Afrique

Circulation à Abidjan, en Côte d'Ivoire. © fr.zil/CC/WikimediaCommons

C’est dans les communes de 200 000 à 500 000 habitants qu’est attendue la plus forte croissance urbaine d’ici à 2050. Pour relever le défi, on s’organise. À l’instar du PDG de Sophia Immobilier, en Côte d’Ivoire.

Le 2 juin, la Banque mondiale a accordé un crédit de plus de 100 millions d’euros à la Côte d’Ivoire, dans le cadre de son Projet d’infrastructures pour le développement urbain et la compétitivité des villes secondaires (Piducas). Ce programme va concerner, dans un premier temps, Bouaké et San Pedro, respectivement deuxième et troisième ville du pays, derrière Abidjan, sa capitale économique. San Pedro est l’un des principaux nœuds de connexion de la Côte d’Ivoire avec les marchés mondiaux, et Bouaké, l’un des premiers centres de liaisons régionales.

La capitale du Nord ivoirien a d’ailleurs accueilli début mars, et pour la troisième année consécutive, le Forum des villes secondaires de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa).

À 53 ans, Ahmed Bouah Touré est à l’origine du projet Akwaba City, une ville secondaire dite « intelligente », destinée à redonner un peu d’air à la ville d’Abidjan, aujourd’hui engorgée. Pour le PDG de Sophia Immobilier, le gouvernement ivoirien doit lancer en urgence les réformes urbanistiques dont le pays a besoin. Il s’en explique.

Jeune Afrique : Comment analysez-vous la politique des villes secondaires en Côte d’Ivoire ?

Ahmad Bouah Touré : L’État n’a pas encore véritablement intégré, dans sa vision stratégique de développement, une politique claire des villes secondaires. La loi de septembre 1997 relative à l’aménagement foncier reste le seul texte de référence et doit aujourd’hui être réformée, dans l’intérêt de l’État et dans celui des populations. En effet, outre les inondations dévastatrices, l’insécurité, le chômage ou encore l’insalubrité sont les conséquences de la non-maîtrise du développement du tissu urbain.

Que devrait prendre en compte cette réforme ?

Elle doit avant tout être institutionnelle et offrir un cadre juridique précis afin de traduire en actes la nécessité pour l’État, en partenariat avec le secteur privé, de créer des villes secondaires intelligentes, c’est‑à-dire des villes planifiées, agencées et structurées. Abidjan a cessé d’être une ville « intelligente » depuis 1980.

Il faut créer de nouvelles agglomérations, planifiées, agencées et structurées

Le concept de ville intelligente ne repose pas que sur l’habitat, mais également et surtout sur les équipements marchands, et les infrastructures de soutien à l’économie, administratives, routières, sanitaires, etc., en conformité avec les exigences de la charte d’Athènes, qui veut qu’une ville prenne en compte aussi bien le logement que les services, la circulation ou encore l’écologie.

Cette condition suppose-t‑elle forcément la création de nouvelles villes ?

Il s’avère plus que nécessaire de créer de nouvelles agglomérations, en effet. Depuis plus d’un quart de siècle, 1 000 hectares sont ajoutés chaque année à la ville d’Abidjan, par une sorte d’alchimie urbanistique non planifiée. Seule la création de villes secondaires, dans un cadre légal bien défini, peut permettre un rééquilibrage.

Quelles actions pourraient traduire en actes la vision de nouvelles villes secondaires écologiques et « intelligentes » ?

Poussé par l’urgence de décongestionner Abidjan, l’État nous a accordé une concession d’aménagement sur 8 000 ha en vue de créer une ville secondaire baptisée Akwaba City. Cette future ville intelligente, donc écologique, verra le jour entre Abidjan et Anyama, située à quelques kilomètres au nord de la capitale économique du pays. Elle devrait accueillir, d’ici à 2030, six millions de personnes. Les études techniques, financières et économiques tournent actuellement pour que, dès 2020, les espaces aménagés, selon l’orthodoxie urbanistique, soient disponibles.

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