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RDC : Joseph Olenghankoy Mukundji, opposant mais pas trop

Joseph Olenghankoy Mukundji en meeting dans la commune de Ndjili, à Kinshasa, en septembre 2015. © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

Le nouveau président du Conseil national de suivi de l’accord (CNSA), en RD Congo, a longtemps été un adversaire radical de Joseph Kabila. Dernièrement, il a mis beaucoup d’eau dans son vin.

Alors qu’en RD Congo la présidence du Conseil national de suivi de l’accord (CNSA), comme la primature, était dévolue au Rassemblement de l’opposition, c’est Joseph Olenghankoy Mukundji, 53 ans, qui a été désigné à ce poste, le 22 juillet. Problème : à l’instar de son compère Bruno Tshibala, nommé chef du gouvernement début avril, Olenghankoy a claqué la porte de ce regroupement politique pour créer une nouvelle branche dite « tshisékédiste ».

Mais ne dites surtout pas qu’il est un dissident du Rassemblement. « Olenghankoy est incompris, lâche son frère Emery Okundji, ministre des Postes, Télécommunications et Nouvelles technologies de l’information et de la communication. Il est pourtant resté constant dans ses convictions : il a été opposant au côté d’Étienne Tshisekedi pendant plusieurs années. Et c’est ce dernier, alors chef du Rassemblement, qui a accepté, à travers l’accord du 31 décembre 2016, que Joseph Kabila reste président de la transition jusqu’à l’organisation des élections. »

Le retour de son « maître » Tshisekedi avant tout

Un positionnement que devrait maintenir le nouveau chef du CNSA. « L’évaluation du processus électoral est une obligation, elle est prévue dans l’accord », explique Olenghankoy. Mais le leader des Forces novatrices pour l’union et la solidarité (Fonus) promet de s’atteler, « avant toute chose », au retour et à l’inhumation au pays du corps de son « maître », Tshisekedi, décédé le 1er février à Bruxelles.

Le décor d’un nouveau « glissement » (dépassement de mandat) semble donc planté en RD Congo, et tout le dispositif est désormais en place pour annoncer – officiellement – le deuxième report de la présidentielle. En effet, selon les termes du compromis politique de la Saint-Sylvestre 2016, le CNSA, le gouvernement et la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) sont compétents pour « apprécier le temps nécessaire pour le parachèvement » des scrutins présidentiel, législatifs et provinciaux projetés « au plus tard en décembre 2017 ».

Olenghankoy a longtemps surfé sur la radicalité, voire l’outrance

C’est dans le giron de l’opposant historique qu’Olenghankoy a fait ses premières armes. Dès 1992, Tshisekedi, alors Premier ministre issu de la Conférence nationale souveraine (CNS), le nomme « conseiller chargé de mission ». Dans l’environnement visqueux de la politique congolaise, où l’on dîne le soir avec celui qu’on a traité de diable le jour, Olenghankoy a longtemps surfé sur la radicalité, voire l’outrance. Président du groupe parlementaire de l’opposition au sein du Haut-Conseil de la République - Parlement de transition (HCR-PT) sous Mobutu, l’enfant terrible du Sankuru revendique « quarante-six mois de prison » et l’organisation de « plus de 180 opérations ville morte ».

Il y a un an, à Genval, dans la banlieue bruxelloise, il n’hésitait pas à qualifier Kabila de « microbe responsable du mal des Congolais ». Aujourd’hui, il paraît plus modéré. « Dans Le Long Chemin vers la liberté, Nelson Mandela ne recommande-t-il pas de parler avec ses adversaires ? » ose l’ancien ministre des Transports (de 2003 à 2004), éjecté du gouvernement à la suite de soupçons de malversations financières. Décrié même au sein de l’opposition participant aux institutions de transition, qui dénonce sa nomination au poste du président du CNSA, Olenghankoy prie ses détracteurs de « [le] juger à travers les actes » qu’il va poser. Le ministre Okundji va plus loin : « Renier à Olenghankoy sa qualité et le considérer comme un débauché, c’est être à côté de la plaque. » Vraiment ?

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