Qatar – Arabie saoudite : balle au centre et désescalade

Mur à l’effigie de l’émir qatari, couvert de signatures de soutien de sa population, à Doha, le 3 juillet. © Maggie Hyde/AP/SIPA

La crise qui déchire les monarchies du Golfe depuis près de deux mois se calme quelque peu. Chaque partie fait montre d’une volonté de détente, sur fond de possible médiation américaine.

Dans les rues de Doha, de nombreuses voitures arborent sur leur vitre arrière un portrait de l’émir qatari, Cheikh Tamim Ibn Hamad Al Thani, malgré la flambée des prix due aux sanctions économiques et à la fermeture des frontières avec l’Arabie saoudite décidée par Riyad et les Émirats arabes unis, soutenus par l’Égypte. C’est l’un des effets inattendus de ce « blocus » imposé depuis le 5 juin au petit émirat gazier, sous prétexte qu’il soutiendrait le terrorisme et se rapprocherait de l’Iran. « Le Qatar a eu tendance à susciter une sorte d’union sacrée derrière l’émir », remarque Nabil Ennasri (auteur de L’Énigme du Qatar, Armand Colin-Iris, 2013).

Entre le 5 juin et la fin juillet, le climat a évolué. Riyad et ses alliés ont assoupli leurs exigences, le 19 juillet, passant d’une sévère liste de treize obligations à six engagements globaux de lutte contre le terrorisme. Dès le lendemain, l’émir du Qatar a quant à lui annoncé un amendement de la loi antiterroriste. De chaque côté, on a fait un pas. « Nous sommes dans une phase de désescalade », confirme la politologue Fatiha Dazi-Héni (auteur de L’Arabie saoudite en 100 questions, Tallandier, 2017). Entre-temps, Washington semble avoir joué un rôle de médiateur. Si le président Donald Trump n’a pas caché soutenir Riyad, l’allié historique, dans sa démarche, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson s’est de son côté rendu le 11 juillet à Doha, où il a rencontré son homologue qatari et signé un accord visant à lutter contre le financement du terrorisme.

Gages

L’enjeu sécuritaire, angle d’attaque du duo émirati-saoudien, n’aura finalement pas atteint sa cible. Doha reste un allié militaire pour les Occidentaux. « Les Qataris ont gagné la bataille de l’opinion publique, poursuit Fatiha Dazi-Héni. Le blocus est apparu comme injuste et disproportionné. » Celui-ci a même des allures d’échec. Le Soudan, très engagé dans la guerre au Yémen aux côtés de Riyad et d’Abou Dhabi, comme le Maroc, proche du trône saoudien, ont refusé d’y participer. « Mais le Qatar ne peut pas non plus se montrer inflexible. Il ne pourrait pas supporter trop longtemps un isolement, même relatif, alors qu’il se prépare – entre autres – pour la Coupe du monde de football 2022 », estime Nabil Ennasri. « Il n’est pas impossible que le Qatar présente des gages de bonne volonté, avance Fatiha Dazi-Héni. Par exemple, peut-être que la couverture des actualités bahreïnie et égyptienne [deux proches alliés de Riyad et d’Abou Dhabi] sera plus tendre sur Al-Jazira. Il faudra guetter ce genre de petits signes qui comptent. »

Quant au Conseil de coopération du Golfe, alliance régionale militaire, parfois étendue à d’autres secteurs, les deux politologues s’accordent à dire que, s’il continuera à exister formellement, il connaîtra une inévitable période de creux. « Sa légitimité est écornée, il n’existe que grâce à une médiation américaine, et la confiance en son sein n’existe plus, explique Ennasri. La nouvelle donne, ce sont des monarques saoudiens et émiratis agressifs et tranchés, qui resserrent les rangs. »