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Algérie : l’homme d’affaires Ali Haddad dans la tourmente

Le PDG de l’Entreprise des travaux routiers, hydrauliques et bâtiments (ETRHB), à Alger, le 10 mars 2016. © Romain Laurendeau pour JA

Ali Haddad et son groupe traversent une zone de turbulences sans précédent. Le fruit d’une stratégie du Premier ministre pour affaiblir le patron des patrons ?

Le PDG du groupe ETRHB et président du Forum des chefs d’entreprise (FCE), 52 ans, aime à répéter que rien ne le surprend dans la vie. Comme pour signifier à ses détracteurs que critiques et polémiques glissent sur lui comme des gouttes d’eau sur les plumes d’un canard. La tempête politico-médiatique dans laquelle il est plongé a pourtant plus que surpris Ali Haddad. Elle l’a déboussolé.

En particulier le samedi 15 juillet. Ce jour-là, le Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, est attendu à une cérémonie organisée à l’Institut supérieur de la sécurité sociale, sur les hauteurs d’Alger. Sauf qu’il ne veut pas y croiser Haddad, également invité. Tebboune charge son ministre du Travail de faire passer le message. Mais celui-ci, gêné d’annoncer directement au leader du FCE qu’il est indésirable, demande à Abdelmadjid Sidi Saïd, secrétaire général de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), le syndicat officiel du pays, d’en toucher un mot à Haddad. Stupeur et tremblements (de colère) du PDG.

Et il n’y a pas eu que ce camouflet. Deux jours plus tard sont publiées dans la presse les mises en demeure adressées au groupe ETRHB concernant des retards dans l’exécution d’une vingtaine de projets pour un montant total avoisinant les 3,4 milliards d’euros. Difficile de ne pas voir dans la concomitance de ces deux épisodes plus qu’une coïncidence tant ces ultimatums ne pouvaient être émis sans le consentement du palais du gouvernement.

Un « orage d’été »

C’est d’autant moins le fruit du hasard que le nouveau Premier ministre a donné instruction aux préfets de préparer des audits sur l’état d’avancement des chantiers confiés au groupe ETRHB au cours des cinq dernières années. Simples sautes d’humeur d’Abdelmadjid Tebboune, qui a pris ses distances avec les milieux d’affaires dès son entrée en fonction, en mai ? Prémices de disgrâce pour Ali Haddad ?

« Des mises en demeure, l’ETRHB en a reçu une flopée sans que cela produise de tapage médiatique, tempère un proche de l’homme d’affaires. On a monté en épingle cet incident pour en faire une affaire d’État. C’est un orage d’été qui ne prête pas à conséquence. » Certes, plusieurs entreprises publiques et privées, algériennes et étrangères, ont également été destinataires de ce type de courriers.

Mais cibler le patron des patrons sonne comme un sérieux avertissement, pour ne pas dire une remise en question de la puissance qu’on lui prête. Ali Haddad, lui, ne souhaite pas s’exprimer. Il n’a jamais aimé être en pleine lumière, l’exposition médiatique le met mal à l’aise. Pourtant, il va devoir s’y faire, les projecteurs sont désormais braqués sur son groupe et sur sa personne.

Un homme puissant

Qu’on l’admire ou qu’on le déteste, Ali Haddad a su écrire une véritable success-story sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika. Créée en Kabylie à la fin des années 1990, sa petite entreprise familiale est devenue un conglomérat qui s’est diversifié dans le BTP, les médicaments, les médias ou encore l’hôtellerie.

En 2014, le groupe revendiquait un plan de charge de 7,9 milliards d’euros, entièrement constitué de commandes de l’État. Signe de la réussite de Haddad : son arrivée, en novembre 2014, à la tête du FCE – lequel avait mis la main à la poche et financé en partie la campagne de Bouteflika pour un quatrième mandat.

À cet homme timide, on prête le pouvoir de nommer ou de déboulonner des ministres, d’imposer son groupe dans l’octroi des marchés publics, de dicter sa politique aux autorités… Son amitié publiquement assumée avec Saïd Bouteflika, frère et conseiller du président, n’a pas manqué de faire de lui un personnage craint et sollicité. Pour combien de temps ?

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