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Petit quiz à faire sous le parasol

par

Fouad Laroui est écrivain.

Une plage à Hammamet, en Tunisie. © Kaigani Turner/CC/Flickr creative commons

C’est les vacances, hourra, mais rien ne nous oblige à bronzer idiots. Faisons donc un test, amis lecteurs, au bord de la mer, sur le flanc de la dune ou là-haut sur la montagne. Vous vous êtes munis d’un crayon, d’une gomme et d’une feuille de papier ? Excellent. Allons-y !

Il s’agit de répondre tout simplement par oui ou par non.

a. Il y avait, il y a un siècle, huit cent mille mineurs de charbon aux États-Unis. Il y en a aujourd’hui cinquante-cinq mille. Le gouvernement fédéral de Washington doit-il obliger les compagnies minières à embaucher les sept cent quarante-cinq mille mineurs « manquants » ?

b. Examinez une photo de rue prise dans les années 1930 à Londres ou à Paris. Tous les hommes portent un chapeau. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et les chapeliers ont quasiment disparu. Les députés doivent-ils voter une loi rendant obligatoire le port du galurin afin de recréer l’industrie et le commerce qui vont avec ?

c. Ah, comme c’est romantique, une promenade en fiacre dans un parc, à Prague, Nairobi ou Saint-Pétersbourg… Et la bonne odeur du crottin… Mais des fiacres, y a p’us, hélas. Les municipalités de toutes les villes du monde doivent-elles réintroduire ces élégants véhicules hippomobiles ?

d. Quand j’étais petit (comme c’est loin, tout ça…), nous n’utilisions pas, dans la petite ville marocaine où j’ai grandi, de pâte dentifrice pour nous nettoyer les dents, nous les frottions avec une écorce d’arbuste appelée siwak. Le ministre compétent, à Rabat, doit-il aujourd’hui interdire les importations de dentifrice pour relancer l’usage du siwak ?

C’est bon ? Vous avez les réponses ? Eh bien, vous allez vous noter vous-mêmes. La bonne réponse, dans les quatre cas, c’est « non ». L’Histoire et la science économique le montrent amplement. Vous avez combien, sans tricher ? Tout juste ? Bravo ! Ça ne m’étonne pas, lire Jeune Afrique est déjà un signe d’intelligence.

Le changement et la foule

Maintenant, réfléchissons ensemble, sans tomber de la dune. Si l’on se replace à l’époque où se déroulaient les faits évoqués dans les questions a, b, c et d, et si l’on annonçait alors, à la foule consternée

a) qu’on allait supprimer en moins d’un siècle 95 % des emplois de mineurs de charbon,

b) que les chapeliers, leurs apprentis et leurs fournisseurs allaient perdre leur gagne-pain sans qu’aucun gouvernement ne bouge le petit doigt,

c) que les taxis avec un cheval devant (les fiacres, quoi) ne seraient plus qu’un souvenir en l’espace de quelques générations,

d) que l’industrie locale du siwak allait disparaître sous les coups de la concurrence étrangère (ah, le vil Colgate !) sans que l’État ne bronche, eh bien, je vous le demande, qu’eût fait la foule ?

Elle serait descendue dans la rue, elle aurait conspué le gouvernement et assiégé le Parlement, déclenché de terribles grèves, voté pour l’équivalent local du Mélenchon, etc.

Et pourtant la foule aurait eu tort. On produit aujourd’hui bien plus de charbon avec dix fois moins de mineurs et c’est tout bénéfice pour tout le monde, les chapeaux se sont envolés sans créer de chômage permanent, les fiacres ont disparu mais les taxis les ont remplacés, et le dentifrice constitue un net progrès par rapport au siwak – mon grand-père, à mon âge, avait perdu toutes ses dents.

Dans quelques semaines, ce sera la rentrée et les démagogues vont de nouveau monter à la tribune pour nous parler d’économie sans rien y comprendre (ou en faisant semblant de n’y rien comprendre). Ce sera peut-être le moment de leur faire passer le test…

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