En RDC, les acteurs du numérique s’organisent

© DOM

Simples passionnés, développeurs, entrepreneurs, parfois les trois à la fois, ils ont lancé des applications et des services digitaux spécialement conçus pour la génération des consommateurs connectés.

À la Gombe, diplomates, élus, ministres, patrons, cadres, geeks, qu’ils soient congolais, expatriés ou en voyage d’affaires, tous se croisent désormais sur les terrasses des nouveaux « shopping malls » du centre-ville de Kinshasa. Ce soir-là, la fraîcheur de la saison sèche se fait encore attendre dans la capitale. Mais, dans les têtes, ça bouillonne d’idées. Au coin d’une table, un groupe de jeunes papote autour de Biko Mungala, un consultant en stratégie longtemps basé en Afrique de l’Ouest qui veut désormais faire bénéficier sa RD Congo natale de son expérience.

Faute de moyens financiers, nombre de brillantes idées demeurent en sommeil

Il est question de la création d’un think tank. Le projet en est à ses balbutiements – les membres présents hésitent encore sur son nom : « Congo World » ou « Institut Congo Monde » –, mais les objectifs sont d’ores et déjà fixés : « Rendre le pays respecté et respectable, et établir chez nous les conditions de lendemains meilleurs. »

Petit à petit, ces mots trouvent un écho à travers des entreprises et initiatives numériques qui essaient, aujourd’hui, de changer la vie des Congolais, demain. Le chantier est d’autant plus vaste que le pays n’a pas de politique claire en faveur de l’entrepreneuriat numérique.

Malgré cet environnement peu encourageant et caractérisé, entre autres, par un faible taux de pénétration d’internet, ils sont pourtant nombreux à vouloir relever le défi de proposer aux consommateurs kinois des services innovants, plus ou moins aboutis selon les cas.

Un site pour le tourisme en RDC

Toto Madradu, 35 ans, a créé lemeilleur.cd, un site pour les vacanciers, mais pas seulement. L’outil mis en place par ce passionné de technologie, qui a obtenu un certificat en programmation « à l’issue d’une petite formation à l’Institut supérieur d’informatique, programmation et analyse (Isipa) de Kinshasa », propose un catalogue comparatif d’hôtels, de services bancaires, de télécoms, d’abonnements télé et de location de véhicules.

« Des secteurs où les données sont mesurables. Cela permet de faciliter les choix de l’utilisateur en mettant à sa disposition les informations se rapportant à un service donné. Mais je ne fais pas de publicité comparative », précise l’entrepreneur.

Plébiscité en février 2016 lors du forum Sultani Makutano, rencontre annuelle entre entrepreneurs congolais et africains, il envisage, à moyen terme, de faire évoluer son comparateur de prix en un outil de réservation.

Peu de moyens financiers

Spécialiste en communication, Alain Tshibanda, 36 ans, a quant à lui lancé Kilist, une start-up travaillant dans le secteur pédagogique : depuis juin 2016, entouré d’une équipe de jeunes juristes, psychologues, informaticiens et experts congolais en divers domaines, il œuvre au développement et à la commercialisation de la première tablette éducative congolaise avec des ressources numériques (applications) en langues nationales.

D’autres outils numériques innovants sont d’ores et déjà mis à la disposition des consommateurs, à l’instar de Talents2kin ou de Baziks Pulse, des plateformes destinées à la promotion des musiciens, via le streaming et le téléchargement légal de leurs œuvres.

Cependant, faute de moyens financiers et, surtout, d’accompagnement et d’encadrement, beaucoup de brillantes idées dorment encore dans les tiroirs. C’est pourquoi Filip Kabeya a fait de la concrétisation de ces projets son cheval de bataille.

Fondateur du Lumumba Lab (laboratoire de fabrication numérique), ce trentenaire très actif et incontournable dans le monde 2.0 congolais est, entre autres, le créateur et l’organisateur de plusieurs dispositifs, parmi lesquels un café numérique hebdomadaire à Kinshasa ou encore des sessions de formation au codage pour les enfants.

Un hackathon à Kinshasa

Du 30 juin au 1er juillet, Filip Kabeya a organisé l’un des premiers hackathons de la capitale. « Ce n’était pas une compétition en soi, mais une véritable mise en commun des compétences pour proposer des solutions à certains problèmes du quotidien », raconte Shadrack Itsia, l’un des participants.

Retranchés pendant quarante-huit heures dans une salle du Maisha Park de Kinshasa, cet étudiant en programmation et d’autres développeurs et informaticiens en herbe kinois ont conçu des prototypes numériques dans divers domaines, notamment la santé et le tourisme.

« Grâce aux formations dispensées en amont, nous avons également appris à mieux “pitcher” [présenter de façon synthétique] nos projets et à structurer le business model », ajoute Shadrack Itsia, ravi de l’expérience. Reste à savoir si les investisseurs, publics ou privés, accorderont bientôt un intérêt à ces services digitaux qui, pour passer du virtuel au réel, ont encore besoin d’un bon coup de pouce financier.

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