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RDC : le géant aux pieds de cuivre

Cathodes de cuivre dans l’usine de la Société d’exploitation de Kipoi (SEK), filiale de l’australien Tiger Resources. © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

Entre la crise consécutive à la chute des cours des matières premières et la dépréciation continue du franc congolais, les indicateurs financiers ont viré au rouge.

La crise financière, qui a débuté en 2015, n’a pas fini de mettre à mal l’économie congolaise. Après une envolée à 8,5 % en 2013 et à 9,5 % en 2014, la croissance du PIB est depuis en recul constant. De 6,9 % en 2015, elle a encore chuté l’an dernier, à 2,5 %, et devrait péniblement atteindre 3 % en 2017. Comparé au taux de croissance démographique, estimé à 3 %, la croissance par habitant devrait donc être nulle.

Les raisons de ce ralentissement ? Tout d’abord la baisse, depuis 2014, des cours mondiaux des matières premières, notamment du cuivre, principal produit d’exportation de la RD Congo. Après une forte plongée en 2015 et en 2016, les prix devraient légèrement remonter en 2017, comme c’est déjà le cas pour le cobalt. Mais l’impact de cette hausse ne se fera sentir que dans quelques années.

Chute des cours et crise politique

Outre ces chocs exogènes liés à la conjoncture internationale, plusieurs facteurs internes ont contribué à freiner le rythme de croissance. D’une part, la chute des cours a évidemment plombé l’activité minière et, par ricochet, de nombreux autres secteurs.

Dans la filière mines, seuls trois produits affichent une production en hausse, ce qui a quelque peu compensé la chute des cours : le cuivre (+ 2,6 %), la cassitérite (+ 6,8 %) et la wolframite (+154 %), selon le rapport 2016 de la Chambre des mines de la RD Congo.

D’autre part, l’impasse politique, liée au report des élections prévues en décembre 2016, et la succession de gouvernements à l’action limitée n’ont rien arrangé. Ils ont même contribué à intensifier la crise, en faisant fuir les investisseurs et en gelant certains projets, notamment celui du complexe hydroélectrique Inga III.

Conséquence : les recettes budgétaires, alimentées à hauteur de 45 % par les exportations minières, ont fortement diminué. Et la RD Congo est passée d’un excédent budgétaire de 0,1 % du PIB en 2015 à un déficit de 1,6 % en 2016. L’inflation a atteint 11,24 % à la fin de 2016.

Quant au franc congolais (FC), il a perdu près de la moitié de sa valeur en moins d’un an : 1 dollar s’échangeait contre 940 FC début janvier 2016, contre 1 200 FC un an plus tard et contre 1 400 FC début juillet. À ce rythme, il pourrait s’échanger aux alentours de 2 000 FC à la fin de l’année…

Le gouvernement appelle la BCC à l’aide

Pour faire face à ses dépenses, l’État a utilisé tous ses dépôts et recouru aux avances de la Banque centrale du Congo (BCC), dont les réserves sont au plus bas : à trois semaines et demie, quand la norme est de trois mois.

Le 17 juillet, le gouverneur de la BCC s’en est alarmé lors d’une rencontre avec les opérateurs miniers – censés rapatrier en RDC 40% de leurs recettes d’exportation. La BCC a annoncé une vague de contrôles et une hausse du prix des amendes à partir de début août.

Quelques semaines auparavant, contre toute attente, le gouvernement a quant à lui annoncé un budget de 7 milliards de dollars, soit une somme largement supérieure au projet de loi de finances pour 2017 présenté par l’ex-Premier ministre Matata Ponyo, qui s’élevait à 4,5 milliards de dollars.

Un budget jugé irréaliste, car élaboré à partir d’hypothèses non fiables. Et d’autant plus illusoire que la RD Congo dispose de peu de ressources et n’a pas accès à des prêts à faible taux, n’étant plus en programme formel avec le FMI depuis 2012.

Deux conditions pour obtenir l’aide du FMI

Face à la dégradation du cadre macroéconomique, le FMI, dont une mission s’est rendue début juin à Kinshasa, s’est dit prêt à soutenir la RD Congo. Une aide néanmoins assortie de conditions, au premier rang desquelles figure l’amélioration de la gouvernance économique.

Ainsi l’État devra réduire le déficit budgétaire et stopper son financement par la BCC, au risque d’entrer dans le cycle infernal de l’accumulation des arriérés ou d’une inflation-dévaluation aux conséquences sociales désastreuses.

La deuxième condition, d’ordre politique, prévoit trois points : la mise en place d’un Conseil national de suivi de l’accord (CNSA), l’adoption de mesures de décrispation politique ainsi que d’un calendrier électoral clair, avec l’engagement irrévocable de s’en tenir aux dates prévues.

C’est à ce prix que la RD Congo obtiendra une aide budgétaire et un financement pour organiser les élections. Et que le géant de l’Afrique centrale pourra peut-être, enfin, retrouver sont allant.

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