RDC : saignée de bois rouge dans le Haut-Katanga

Dans une scierie congolaise, des troncs attendent d’être expédiés vers les marchés de l’empire du Milieu. © Lu Guang/Greenpeace

La Zambie ayant durci sa lutte contre l’exploitation forestière illégale, c’est du Haut-Katanga, au sud de la RDC, que provient désormais une grande partie du mukula vendu aux fabricants de meubles de luxe chinois.

Il faut à Pterocarpus tinctorius plus de quatre-vingt-dix ans pour atteindre sa maturité, mais seulement quelques minutes pour s’écrouler. En Zambie et en RDC, où il pousse, cet arbre au bois rouge s’appelle mukula. Il est utilisé dans la pharmacopée traditionnelle et comme colorant, mais ce n’est pas pour ces propriétés-là qu’il suscite la convoitise des marchands chinois. Il compte en effet parmi les essences rassemblées sous le vocable trompeur de « bois de rose », très prisées par le marché asiatique pour la fabrication de meubles de luxe.

Le bois de santal rouge et le poirier étaient, jusqu’à récemment, les principales victimes de cette pratique, mais leur quasi-extinction a poussé les importateurs à se tourner vers une trentaine d’autres espèces tropicales, dont seize sont déjà menacées. Le mukula compte parmi ces dernières. Très présent en Zambie, il y a été intensément et illégalement exploité jusqu’à ce que le gouvernement punisse sévèrement les trafiquants, à partir de 2013. Privés de ce débouché, ces derniers se sont alors tournés vers le miombo (savane boisée) du Haut-Katanga, dans la RDC voisine.

Pékin n’a pas le contrôle

Selon les informations de l’ONG écologiste Greenpeace, le gouvernement zambien a intercepté, en avril, 449 camions transportant du bois en provenance de RDC. Selon des statistiques nationales zambiennes, quelque 17 000 tonnes de mukula auraient été exportées illégalement vers la Chine, via la Zambie, entre janvier et avril.

« Début mai, dans la région congolaise à laquelle Greenpeace s’est intéressée, quatorze Chinois suspectés d’exportations illégales ont été arrêtés, raconte Wenjing Pan, chargée de mission de l’ONG. Un officiel chinois que j’ai rencontré m’a assuré que Pékin a été alerté sur ce problème et entend bien apporter son soutien au gouvernement congolais pour qu’il renforce sa législation. Si ce trafic est mauvais pour l’image de la Chine, celle-ci reconnaît néanmoins qu’elle a le plus grand mal à contrôler les activités de ses propres compagnies forestières et de ses hommes d’affaires à l’étranger. »

Un manque à gagner pour Kinshasa

En RDC, les jeunes hommes qui arpentent la forêt pour couper les mukulas, sans aucune protection sociale, gagnent environ 5 dollars (moins de 4,50 euros) par jour, tandis que le bois est revendu aux marchands chinois environ 1 500 dollars la tonne (soit cinq à huit fois moins cher que le bois de santal rouge) – sachant qu’un tronc pèse entre 200 et 500 kg. Lubumbashi est la plaque tournante où sont stockées les grumes qui rejoindront ensuite les côtes de la Tanzanie, de la Namibie ou de l’Afrique du Sud, en passant par la Zambie.

De là, elles seront chargées dans des bateaux à destination de Zhangjiagang, dans la province du Jiangsu, où chaque mois 15 000 tonnes de mukula sont vendues sur les quatre plus gros marchés de la ville, à des prix allant de 2 500 à 4 000 dollars la tonne.

« Les meubles en bois de rose sont chers et considérés comme des produits de luxe, poursuit Wenjing Pan. Leur prix dépend des essences utilisées. Une table et des chaises assorties en mukula peuvent valoir entre 30 000 et 50 000 yuans [4 000 à 6 500 euros], mais s’il s’agit d’espèces encore plus menacées, comme le bois de santal rouge ou le bois de rose de Thaïlande, cela peut valoir entre 200 000 et 300 000 yuans. » Pour Greenpeace, le gouvernement congolais devrait exercer un contrôle accru sur la filière. La richesse potentielle qu’elle constitue échappe aujourd’hui complètement à Kinshasa.