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"Cet article est issu du dossier" «Que veulent les Ivoiriens ?»

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L’Ivoirien nouveau, un concept beau et creux à la fois

par

Juriste, secrétaire général adjoint chargé de la communication du Front populaire ivoirien (FPI)

Des drapeaux ivoiriens. © Clara Sanchiz/CC/Flickr

Combien de fois ce concept lancé par le président Alassane Ouattara a été prononcé par les actuels dirigeants de la Côte d’Ivoire ? Une belle expression, sinon un slogan, qui brille autant par sa beauté littérale que par sa vacuité.

Dans l’entendement de ses concepteurs, « l’Ivoirien nouveau » devrait être un citoyen qui respecte la justice (quand bien même celle-ci serait au service d’un camp contre d’autres) et les institutions, travailleur, compétent dans son domaine d’activités, etc. Belle définition vue par des dirigeants qui démontrent par là-même qu’ils sont coupés de la réalité quotidienne de nombreux Ivoiriens, dont la majorité vivent avec moins de deux dollars par jour.

La question qui se pose est de savoir ce qu’il faut (faire) pour que ces Ivoiriens-là soient réellement des Ivoiriens nouveaux. En fait, si ces derniers sont généralement pauvres, ce n’est nullement lié à un déterminisme géographique ou culturel, ni à des questions de compétences. L’Ivoirien d’aujourd’hui n’est pas dépourvu d’intelligence. La Côte d’Ivoire est riche en ressources naturelles et en matières premières. Elle est le premier producteur mondial de cacao. Cela atteste que certains ont su exploiter des conditions naturelles (dé)favorables. Pourtant, le pays et les Ivoiriens restent pauvres, en dépit de bons résultats macroéconomiques.

En effet, en période de stabilité, on relève une certaine croissance, mais celle-ci ne profite qu’à une minorité d’acteurs constitués par une classe politico-militaire liée à des milieux d’affaires nationaux et internationaux aux pratiques souvent aux antipodes de l’orthodoxie.

Il faut parvenir à exalter la prééminence du droit sur tout et sur tous

Pour briser ce cercle vicieux, il faut parvenir à exalter la prééminence du droit sur tout et sur tous, de sorte que la justice et les lois ne soient pas mises au service de l’injustice, à l’effet, notamment, d’enfermer arbitrairement des opposants, de les maintenir en exil ou de les extrader dans des prisons dites internationales.

La prééminence du droit conduit en effet à la consultation d’un grand nombre d’individus et de catégories sociales, participant à la prise des décisions qui engagent la nation ou ses fondements.

Les processus politiques débouchent sur la création d’institutions inclusives à l’origine de la prospérité

Les catégories sociales sont ainsi impliquées dans la construction des institutions, auxquelles elles s’identifient et qu’elles s’approprient. Dès lors, les opposants politiques et les minorités ne font pas l’objet d’ostracisme. Ils participent au débat public et leurs points de vue ne sont pas rejetés.

Ainsi, comme le disent les auteurs et économistes Daron Acemoglu et James Robinson, dans un contexte de prééminence du droit, les processus politiques débouchent sur la création d’institutions inclusives à l’origine de la prospérité.

Une fois qu’elles naissent, les institutions inclusives sont l’objet d’attaques qui pourraient entraîner un recul dans l’absolutisme.

Mais si elles se construisent dans une logique, d’une part de restriction et de contrôle de l’exercice du pouvoir et, d’autre part, de répartition pluraliste du pouvoir politique au sein de la société, elles engendrent une vigoureuse dynamique de rétroaction positive, qui fera rentrer le pays dans ce que les spécialistes du développement appellent « le cercle vertueux », à l’opposé du cercle vicieux dans lequel nous sommes actuellement.

Le cercle vertueux empêche l’apparition d’élites politico-militaire à base ethnique ou régionaliste qui accaparent le pouvoir et les ressources au frais de l’ensemble des composantes de la société.

La dynamique des institutions pluralistes qu’il engendre rend difficile l’usurpation et les abus de pouvoir, même par un leader bien intentionné.

Le cheminement pour arriver à l’Ivoirien nouveau est simple, il suffit que les dirigeants acceptent de l’emprunter en renonçant aux slogans creux

Dans un tel contexte, nul n’est besoin de recourir aux armes et au conflit pour en imposer aux autres. Ceux qui agissent en contradiction de cela sont considérés comme des êtres en marge de la société qui enfreignent la loi, des Ivoiriens anciens.

Le cheminement pour arriver à l’Ivoirien nouveau est simple. Il est même très simple. Il suffit que les dirigeants acceptent de l’emprunter en renonçant aux slogans creux.

Alors, les Ivoiriens, plus libres et plus heureux, laisseront éclater leur génie créateur et innovant pour développer leur pays.

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