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Politique économique : il est urgent pour la Côte d’Ivoire de mettre l’accent sur le social

Sur le campus universitaire Félix-Houphouët-Boigny d'Abidjan, en Côte d'Ivoire, en mars 2016. © Jacques Torregano pour JA

Si la Côte d’Ivoire continue d’accumuler les satisfecit dans presque tous les domaines qui déterminent la bonne marche d’une économie, sur le plan social, l’État doit faire plus et plus vite.

La locomotive ivoirienne va connaître en 2017 un nouveau ralentissement, soit une croissance de 6,9 % contre 7,5 % en 2016 et 8,9 % en 2015, si l’on en croit le Fonds monétaire international (FMI). La crise cacaoyère, les retards de paiement du secteur public, une conjoncture très moyenne dans le BTP et le secteur manufacturier expliquent ce fléchissement.

Malgré tout, la Côte d’Ivoire continue d’accumuler les satisfecit dans presque tous les domaines qui déterminent la bonne santé d’une économie. Le climat des affaires amélioré, les performances macroéconomiques confirmées, la gestion des finances publiques en progrès, la solidité du système financier assuré et le développement des infrastructures maintenu à un train d’enfer lui valent un niveau élevé de confiance peu fréquent auprès des investisseurs internationaux.

« Quand on constate qu’il y a eu cinq ans à plus de 8 % de croissance, tout semble réuni pour que le pays demeure à ce niveau de performances jusqu’en 2020, car sa trajectoire semble solide », prédit le Sénégalais Bakary Traoré, économiste analyste des politiques au Centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Des attentes sociales loin d’être satisfaites

Sauf que « la Côte d’Ivoire a connu un début d’année 2017 difficile, marqué par des crises importantes. Des remous sociaux ont été occasionnés par différents corps de métiers, tels que les forces armées et les fonctionnaires », souligne la note « risque pays » élaborée par l’agence de notation ivoirienne Bloomfield Investment.

Ces tumultes, les tirs en l’air mais à balles réelles, les barrages routiers sauvages ne disent rien qui vaille aux investisseurs.

Première explication de cette série de fiascos qui a vu plusieurs fois le gouvernement refuser toute concession avant de céder aux revendications : sa communication n’est pas maîtrisée.

le gouvernement a privilégié l’économie et le long terme – ce qui est excellent en soi –, mais en minimisant les facteurs sociaux et le court terme

On ne claironne pas de scrutin en scrutin que le président Ouattara et son équipe réalisent des merveilles et que le monde entier admire l’impressionnant redressement de la Côte d’Ivoire sans que cela suscite des impatiences légitimes dans la population, qui ne voit pas son niveau de vie progresser au rythme du produit intérieur brut.

Tout à son projet de donner au pays un élan décisif vers l’émergence, le gouvernement a privilégié l’économie et le long terme – ce qui est excellent en soi –, mais en minimisant les facteurs sociaux et le court terme. Ventre affamé n’a pas d’oreilles, surtout quand il voit des enrichissements accélérés dans les allées du pouvoir.

Dans le domaine social, le premier de la classe régionale pâtit de grosses lacunes. Son système éducatif est médiocre et l’empêche de disposer d’une main-d’œuvre compétente, sans laquelle il n’est pas d’industrialisation ni de commerce international.

Dans l’étude Perspectives économiques en Afrique 2017, publiée le 22 mai par la Banque africaine de développement (BAD), la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) et le Centre de développement de l’OCDE font un constat cruel : « Le système éducatif ivoirien est l’un des moins performants d’Afrique, la Côte d’Ivoire se classant dernière sur 44 pays lors de l’évaluation de 2011 des connaissances des élèves effectuée par la Francophonie, puis 41e en 2013 », peut-on y lire.

Bloomfield Investment enfonce le clou : « En 2015, le taux d’achèvement du primaire se situait à 63,1 % en Côte d’Ivoire contre 72,6 % en Afrique », affirme l’agence.

Même constat dans le domaine de la santé (lire pp. 74-76). « La situation sanitaire reste préoccupante à cause d’une morbidité et d’une mortalité élevées liées au paludisme et au sida, selon Perspectives économiques.

Le principal problème demeure l’insuffisance de l’offre de soins accentuée par la crise sociopolitique. Cette insuffisance est aussi liée au problème de financement du secteur, avec la stagnation du budget du ministère de la Santé, l’ampleur de la pauvreté et l’inexistence d’un dispositif de couverture du risque maladie. »

 On ne peut pas corriger en cinq ans vingt ans de pagaille », estime Bakary Traoré, économiste à l’OCDE

Le gouvernement reconnaît ses lacunes éducatives et sanitaires. Il tente d’y remédier en augmentant les dépenses dans ces deux secteurs, mais aussi en adoptant un plan stratégique pour la réforme de l’enseignement technique et de la formation professionnelle, en créant une université à Man, dans l’Ouest, en instaurant l’assurance maladie universelle, ainsi que des « filets sociaux » pour les plus vulnérables dans le nord du pays, avec le concours de la Banque mondiale.

Certes, comme le dit Bakary Traoré, « on ne peut pas corriger en cinq ans vingt ans de pagaille ». Mais l’impatience populaire, qui se répand comme une traînée de poudre, indique aux autorités ivoiriennes qu’il est urgent de mettre l’accent de façon drastique sur le social dans leur stratégie économique. Dans l’intérêt même de celle-ci.

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