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"Cet article est issu du dossier" «Que veulent les Ivoiriens ?»

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Côte d’Ivoire : rappel à l’ordre

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Chargé des dossiers économiques de l’hebdomadaire, il couvre depuis cinq ans le secteur des TIC, des médias et de l’éducation. La Côte d’Ivoire est sa destination favorite.

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Le président ivoirien Alassane Ouattara. © Schalk van Zuydam/AP/SIPA

« Et maintenant, on partage ? » Il y a un an, bien avant les grèves des fonctionnaires et la fronde des militaires, Jeune Afrique s’interrogeait sur la capacité du gouvernement de Daniel Kablan Duncan à mieux répartir les fruits du réveil économique de l’éléphant ivoirien.

Sur le papier, le chef d’orchestre de la relance, Alassane Dramane Ouattara (ADO), bénéficiait encore d’un alignement parfait des planètes pour poursuivre sa politique business friendly. La croissance avait atteint 9 % sur les quatre dernières années selon le FMI. Et, en 2015, l’inflation (1,2 %), l’endettement (41 % du PIB) et le déficit budgétaire (3 % du PIB) étaient tous trois maîtrisés. Mais le bruit de fond de la contestation dépassait déjà les rangs d’une opposition qui, encore hantée par le fantôme de l’ex-président Gbagbo, porte ses revendications en ordre dispersé.

Occupé à préparer la réforme constitutionnelle, le chef de l’État n’a pas pris toute la mesure des attentes des laissés-pour-compte d’une croissance qui ne se mange pas. Conforté par le soutien inconditionnel des partenaires extérieurs de la Côte d’Ivoire, il a privilégié l’objectif de l’émergence annoncée pour 2020, laissant le trouble s’installer jusque dans les rangs de ses électeurs.

Les événements qui se sont succédé depuis janvier sonnent comme un cruel rappel à l’ordre.

Le bras de fer perdu avec les soldats issus des Forces nouvelles (FN) met en lumière la fragilité de l’autorité de l’État

Face aux fonctionnaires descendus dans la rue, l’exécutif a capitulé, de peur d’un embrasement social généralisé. Plus de six mois d’atermoiements pour finalement accepter leur principale doléance.

Le gouvernement a entériné en juin le principe du paiement des 250 milliards de F CFA (381 millions d’euros) d’arriérés de salaires, au moment où les finances publiques souffrent de la baisse du cours mondial du cacao.

La Côte d’Ivoire est encore un État convalescent

C’est cependant le bras de fer perdu avec les soldats issus des Forces nouvelles (FN) qui met en lumière la fragilité de l’autorité de l’État. Ces ex-rebelles ont apporté leur écot à l’accession au pouvoir d’ADO en avril 2011. Ils sont venus lui rappeler ses promesses d’alors en sortant des casernes les armes à la main.

La suite a montré que la Côte d’Ivoire est encore un État convalescent. Pas un bataillon de l’armée régulière n’a voulu mater les mutins, qui ont obtenu gain de cause au grand dam du reste de la population.

Le 15 mai, le gouvernement a consenti à verser à chacun des 8 400 anciens FN 7 millions de F CFA. Une somme qui s’ajoute aux 5 millions que chacun avait reçus à l’issue d’une première mutinerie, en janvier.

Sur la scène politique, l’ambiance n’est guère plus réjouissante. La coalition au pouvoir a du plomb dans l’aile. Allié du RDR, le PDCI entend présenter un candidat à l’élection de 2020 face à celui du parti présidentiel.

La réconciliation demeure un immense chantier, malgré les appels au partage et à l’amour de son prochain lancé par les leaders politiques sur les réseaux sociaux.

Alassane Ouattara peut encore compter sur sa garde rapprochée, à commencer par son vice-président, Kablan Duncan, et son Premier ministre, Gon Coulibaly. La fin de son second mandat pourrait se révéler particulièrement délicate.

Pour détendre l’atmosphère, le chef de l’État serait bien inspiré d’accélérer la mise en œuvre des volets sociaux du plan national de développement, quitte à laisser filer les déficits et à déplaire un peu aux institutions de Bretton Woods. L’unité est sans doute à ce prix.

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