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Cinéma : l’acteur français Ibrahim Koma reprend racine

Pour les besoins de Wùlu, ce fonceur a appris le bambara en quelques mois. © Sylvain Lefevre/Contour by Getty Images

Ibrahim Koma, acteur français d'origine malienne a fait ses premiers pas à la télévision française. Le voilà qui défend aujourd’hui le cinéma du continent. Nous l'avons rencontré, alors qu'il est à l’affiche de "Wùlu" et de "Wallay".

Nerveux, excité, pressé ? On ne saurait dire… Ibrahim Koma, 29 ans, semble nettement moins pudique dans la vie qu’à l’écran. Il parle peu mais à toute vitesse, en bon Parisien (né dans le 20e arrondissement). L’attitude et la démarche assurées, il arrive sur le lieu de rendez-vous, un bistrot parisien, avec un léger retard (une heure !). Il s’excuse, s’empresse de nous offrir un café. Il a besoin d’une cigarette. Pour autant, une fois posé, prêt à répondre aux questions, Ibrahim Koma est concentré, calme, la tête rivée sur le dictaphone. Concis mais efficace, il n’est pas de ceux qui succombent au plaisir du verbiage.

Il est à l’image des personnages qu’il incarne dans ses deux nouveaux films Wallay et Wùlu, une sorte de héros quasi mutique préférant sans doute l’action aux élans lyriques. La tête sur les épaules et déterminé, ambitieux mais « sans plan » de carrière, ce « loup solitaire » – comme il aime à se définir – est de tous les castings. Pas question pour lui de s’enfermer dans une case.

Je suis curieux, j’ai envie d’explorer tous les genres cinématographiques

En témoigne son impressionnante filmographie : pas moins de 80 rôles pour le petit écran et 12 pour le cinéma, notamment La Cité rose, de Julien Abraham, et Le Crocodile de Botswanga, de Fabrice Éboué et Lionel Steketee. Autant de productions à géométrie variable : comédies, drames, séries, téléfilms… « Je suis curieux, j’ai envie de tout explorer, tous les genres cinématographiques et les aspects du genre humain », confie ce caméléon qui se change le plus souvent en infatigable bûcheur.

Cette boulimie de tournages lui a sans doute permis de brûler des étapes. « Il paraît que la carrière d’un acteur commence à 30 ans. Je n’en suis pas loin, et il se passe beaucoup de choses pour moi ces derniers temps », observe-t‑il, bien conscient de sa chance.

Une carrière qui commence tôt

En juin, on l’a vu à l’affiche de deux productions afro-européennes très bien reçues par la critique et la profession : Wallay, de Berni Goldblat, et Wùlu, de Daouda Coulibaly. Dans ce dernier film, il tient son « vrai premier rôle ».Celui de Ladji, un apprenti chauffeur de Bamako, qui sombre dans le narcotrafic pour subvenir aux besoins de sa famille. Ce personnage, il le porte à l’écran de la première à la dernière scène. « Je me suis tellement impliqué que j’ai l’impression que c’est mon petit bébé. Wùlu est une belle carte de visite », assure celui qui a fait ses premières armes dans la très française série policière Navarro, à seulement 10 ans.

« Les gamins qui jouaient à la télé me fascinaient quand j’étais enfant », se souvient-il, en précisant qu’à l’époque il ne souhaitait pas devenir acteur. Tombé très tôt dans la marmite, il est introduit dans le milieu du cinéma par son frère aîné, Diouc Koma – lui-même comédien –, mais ce n’est que quelques années plus tard qu’il décidera de parfaire sa formation en art dramatique au Cours Viriot, un établissement privé parisien.

Tourner Wùlu à Bamako puis se voir remettre le prix d’interprétation masculine au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), c’était pour lui « une reconnaissance » doublée d’une « fierté ».

La découverte du pays natal

Ce « Malien de France » s’est pourtant questionné sur sa propre légitimité avant de présenter le long-métrage en Afrique. Rejeton d’une famille soninkée ayant quitté le Mali pour s’installer en région parisienne, à Antony, Ibrahim Koma apprend le bambara des mois durant auprès d’un coach pour les besoins du film. Sa performance, impeccable, a même été validée par le public africain, auprès duquel l’acteur, un peu surpris, s’est senti parfaitement « accueilli ».

Son séjour à Bamako, pendant le tournage, a rapidement pris un tournant initiatique. Son pays d’origine, il ne le connaissait « qu’à travers [sa] mère et [sa] grand-mère ». Là-bas, il a d’abord découvert « la réalité du crime organisé en Afrique » par le biais de la fiction.

Quand tu es noir dans le cinéma, tu sais que tu vas avoir moins de travail, mais il y a aussi moins de concurrence

Mais son expérience a aussi tenu du retour aux sources, thème central de son autre film du moment, Wallay. « J’ai vraiment eu l’impression de nouer avec le Mali un lien que je n’avais pas avant », révèle-t‑il. Une fois au cœur de la ville aux trois caïmans, il s’imprègne de la culture en se liant d’amitié avec quelques locaux. « J’avais l’impression d’être bamakois. » Sa double culture, il la vit par essence et de manière « naturelle », sans se sentir tiraillé entre plusieurs identités.

Si la question de la couleur de peau l’a traversé, il préfère contourner le discours victimaire. « Quand tu es noir dans le cinéma, tu sais que tu vas avoir moins de travail, mais il y a aussi moins de concurrence », constate-t‑il. Acteur studieux, présélectionné au César du meilleur espoir masculin il y a trois ans, il compte aujourd’hui défendre « la vérité d’un sujet ». Le gamin repéré pour son rôle de petit orphelin africain dans le soap opera Sous le soleil a fait du chemin.

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