Côte d’Ivoire – Pascal Affi N’Guessan (FPI) : « Nous appelons à un gouvernement d’union nationale »

Affi Nguessan (Côte d’Ivoire), Président du Front Populaire Ivoirien (FPI) et proche de Laurent Gbagbo, lors d’une visite à Jeune Afrique (Interview), le 6 avril 2009, à Paris. © Vincent Fournier/JA

Après avoir recueilli 9,29 % des suffrages lors de la présidentielle du 25 octobre 2015, Pascal Affi N’Guessan, 64 ans, se présente en rassembleur de l’opposition. Il explique à Jeune Afrique pourquoi, selon lui, le paysage politique est en train de se recomposer, et la carte que compte jouer le FPI.

Même si, après les vaines négociations menées il y a dix-huit mois, la rupture est désormais consommée avec l’aile du parti conduite par Aboudramane Sangaré, qui continue de contester sa légitimité à la tête du FPI, Pascal Affi N’Guessan appelle les membres de sa formation à l’union. Il envisage même la possibilité de nouer de nouvelles alliances, y compris avec des personnalités issues de l’actuelle majorité… dont il espère l’implosion au profit d’un gouvernement d’ouverture.

Jeune Afrique : Mutineries de militaires, grèves des fonctionnaires… Depuis le début de l’année, la Côte d’Ivoire est en proie à une forte grogne sociale. Pourquoi, selon vous, de tels mouvements de protestation ?

Pascal Affi N’Guessan : Depuis l’accession au pouvoir d’Alassane Ouattara en 2011, les problèmes se sont accumulés, et aujourd’hui ils explosent à la face de toute la nation. Il a bâti sur du sable. Il a refusé de construire une cohésion sociale, de faire la réconciliation nationale.

Tout cela mis ensemble ne peut conduire qu’à la faillite de l’État et au mécontentement généralisé. Nous appelons donc à un gouvernement d’union nationale et à une transition politique.

Pourquoi ?

Le gouvernement actuel a montré ses limites. Il faut que toute la Côte d’Ivoire se mobilise pour voler au secours du pays. La seule solution, c’est de mettre en place un gouvernement représentatif de toutes les entités afin de remettre le pays sur la voie du développement, de la paix et de la stabilité.

Votre légitimité à la tête du FPI continue d’être contestée par une partie de ses cadres. Entrés en dissidence il y a plus de deux ans, ils viennent de lancer une nouvelle plateforme d’opposition, Ensemble pour la démocratie et la souveraineté, en vue de la présidentielle de 2020. Est-ce que cela vous inquiète ?

Non, un homme politique doit être capable de faire face à toutes les formes d’adversité. Nous serons en lice pour 2020, nous saurons nous donner le bon candidat et le bon programme pour gagner cette présidentielle. Les camarades dissidents doivent comprendre que seuls ils ne pourront jamais gagner. Nous continuons à leur tendre la main.

Ces divisions au sein de votre parti n’annihilent-elles pas vos chances de reconquérir le pouvoir ?

Cette division est un paramètre de l’équation mais, même si ce paramètre existe, nous allons trouver un moyen de la résoudre. Les fractures ne sont pas une barrière infranchissable. Dans l’histoire du FPI, ce n’est pas la première fois que des camarades quittent le parti.

Néanmoins, lors des élections législatives de décembre 2016, vous n’avez réussi à obtenir que trois sièges, bien en deçà de ce que vous espériez… Cela n’est-il pas un échec ?

On peut considérer que c’est un échec, mais cela n’illustre pas le recul de notre parti. À la suite du traumatisme des élections de 2010-2011, la grande majorité de nos électeurs ne sont pas allés aux urnes. Notre défi est celui de la mobilisation de notre électorat. Nous devons travailler à faire comprendre qu’il n’y a aucune autre voie que celle des urnes pour reconquérir le pouvoir.

Alors que les tensions sont palpables entre le RDR d’Alassane Ouattara et le PDCI d’Henri Konan Bédié, vous avez dit tendre la main à leurs électeurs. Envisagez-vous une alliance avec certaines personnalités de la coalition présidentielle ?

Avec la liquidation de la coalition présidentielle, c’est une recomposition du paysage politique qui est en train de s’opérer. Dans ce cadre, le FPI a l’occasion de jouer un rôle majeur. Il faut créer de nouvelles alliances pour la conquête du pouvoir.

Nous sommes prêts à travailler avec toutes les forces issues du PDCI ou du RDR qui veulent rompre avec la logique de l’autocratie, de la corruption, de la mauvaise gouvernance et travailler à la paix et à la cohésion nationale.