Amadou Gon Coulibaly : « La présidentielle ivoirienne de 2020, c’est loin… »

Interview d’Amadou Gon Coulibaly, premier ministre de Côte d’Ivoire, Abidjan le 30 juin 2017. © Issam Zejly - TruthBird Studio pour JA © Issam Zejly - TruthBird Studio pour JA

Réformes économiques, mutineries, revendications sociales, réconciliation du pays... Amadou Gon Coulibaly nous a reçus dans son bureau de la primature, le 28 juin en milieu d’après-midi, pour répondre à nos questions.

Au côté du chef de l’État ivoirien depuis le début des années 1990, Amadou Gon Coulibaly (AGC), 58 ans, en est sans conteste le plus proche collaborateur. Tout comme le frère du président, Téné Birahima, il est un fidèle parmi les fidèles d’Alassane Dramane Ouattara (ADO). De la Direction et Contrôle des grands travaux (DCGTX), où celui qui rêvait, enfant, de construire des ponts a été recruté en 1983 par Antoine Cesareo, à la primature, où il a été nommé le 10 janvier par le président.

Près de trois décennies passées au service d’un homme et durant lesquelles ils auront tout connu : les honneurs et les défis, quand ADO est nommé Premier ministre par Houphouët, les affres de la succession de ce dernier, l’ivoirité, la marginalisation, l’exil pour l’un, la prison pour l’autre, l’opposition, la guerre civile, les gouvernements d’union post-Linas-­Marcoussis, la présidentielle à la fin de 2010, la « réclusion » au Golf Hôtel d’Abidjan pendant la crise postélectorale et, enfin, le pouvoir. Avant ce dernier chapitre, AGC a toujours été dans l’ombre. Y compris lorsqu’il était l’incontournable secrétaire général de la présidence, par qui tous les dossiers sensibles passaient.

Depuis janvier, ce père de cinq enfants vit en pleine lumière, à la tête du gouvernement et numéro trois du pays. Dans un contexte délicat, marqué par des mutineries à répétition en janvier puis en mai, un front social en ébullition et la baisse inquiétante des cours du cacao (près de 40 %).

L’enfant d’une grande famille de Korhogo – il est l’arrière-petit-fils de l’un des principaux chefs des Sénoufos –, que les partisans du Rassemblement des républicains (RDR) surnomment le Lion, est sur tous les fronts.

Beaucoup de choses dans ma vie ont été le fruit de circonstances, d’événements particuliers

L’agenda politique ivoirien n’arrange rien : beaucoup voient dans sa promotion à la primature la volonté du chef de l’État de mettre AGC sur orbite. Comprendre : le préparer à prendre sa relève en 2020.

Ce que réfute, à sa manière, l’intéressé : « 2020, c’est loin. Je suis un homme de mission, je ne me suis jamais assis en faisant des calculs, et beaucoup de choses dans ma vie ont été le fruit de circonstances, d’événements particuliers. » Inévitablement, en coulisses, les couteaux s’aiguisent pour cette première élection depuis la mort du « Vieux », qui se jouera sans aucun des trois ténors qui se sont affrontés depuis : Ouattara donc, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo.

Une occasion unique pour tous les ambitieux de la génération suivante, qui n’entendent pas ronger leur frein ad vitam aeternam ni même patienter un mandat ou deux. Et une interrogation majuscule pour tous ceux qui aimeraient savoir quelle sera leur place, quel que soit le scénario, après 2020…

Amadou Gon Coulibaly nous a reçus dans son bureau de la primature, le 28 juin en milieu d’après-midi, pour répondre à nos questions. L’homme, d’une prudence de Sioux, ne goûte guère cet exercice dont il a longtemps repoussé l’échéance. Il s’y est tout de même prêté sans éluder la moindre question. Particulièrement à l’aise sur le volet économique et social, il a longuement soupesé chacune des réponses liées à un échiquier politique ivoirien aux allures de panier de crabes.

Jeune Afrique : Vos six premiers mois à la primature n’ont pas été de tout repos : mutineries, grogne sociale, grève des fonctionnaires, difficultés des planteurs de cacao… Êtes-vous inquiet ?

Amadou Gon Coulibaly : Non, pas du tout, même si cette période, compte tenu de la multiplicité de dossiers épineux sur la table, a effectivement été difficile. Le chef de l’État et le gouvernement ont fait ce qui devait l’être pour rétablir tous les fondamentaux, sécuritaires comme économiques. Nos discussions fructueuses avec le Fonds monétaire international comme la confiance renouvelée des investisseurs, notamment lors de l’émission d’eurobonds, en juin, l’attestent.

Quelles sont les priorités que vous avez fixées à votre gouvernement ?

Le nerf de la guerre, si je puis dire, c’est la compétitivité de notre économie. Nos priorités sont l’amélioration du climat des affaires, donc notre attractivité vis‑à-vis du secteur privé ; la poursuite de notre politique d’investissements massifs dans les infrastructures portuaires, aéroportuaires, routières, ferroviaires, mais aussi énergétiques, puisque nous sommes un hub et produisons de l’électricité que nous vendons à des pays de la sous-région.

Enfin, il y a l’enjeu de la transformation sur place de nos produits agricoles. Nous entendons passer le taux de transformation, actuellement de 30 % pour le cacao et de 6 % pour l’anacarde, à 50 % pour les deux produits, d’ici à 2020. Nous continuerons aussi, grâce à notre croissance, à dégager des marges budgétaires suffisantes pour continuer l’amélioration des conditions de vie des populations et de notre capital humain.

Mi-mai, de nouvelles mutineries ont éclaté, faisant suite à celles de janvier. Comment en est-on arrivé là ?

Il faut rappeler que ces mutineries concernent des faits du passé, n’ayant rien à voir avec la gestion des différents gouvernements qui se sont succédé depuis l’accession au pouvoir du président Alassane Ouattara en 2011. Concernant les événements de mai, tout est parti de dissensions entre mutins sur le fait d’abandonner ou non une partie de leurs revendications compte tenu du contexte économique.

Certains pensaient qu’avec le retournement des cours du cacao et les sacrifices consentis par les paysans il était bon de se contenter du paiement des cinq premiers millions de F CFA [7 600 euros] sur les douze promis en janvier. D’autres ont estimé qu’ils devaient continuer à réclamer la totalité de leur dû.

Ce sont ces divergences qui se sont exprimées en mai. Le chef de l’État a décidé que nous revenions à l’accord initial, celui de janvier. Les 12 millions de F CFA ont été réglés en totalité. Nous considérons que cette crise, d’ordre purement pécuniaire, est définitivement close.

L’expression des mutins ne pouvait passer par l’utilisation des armes

Il semble que le gouvernement avait d’abord opté pour la fermeté, avant de se raviser. Pourquoi ?

Il nous semblait important d’expliquer à ces jeunes mutins que, quelles que soient leurs revendications, leur expression ne pouvait passer par l’utilisation des armes. Mais à un moment donné, pour préserver la paix et éviter l’affrontement au sein des forces armées nationales, nous avons estimé qu’il valait mieux prendre la décision de procéder au paiement.

N’est-ce pas, cependant, un mauvais signal envoyé ? C’est‑à-dire qu’il suffit de prendre les armes aujourd’hui pour obtenir gain de cause. Comment les autres corporations, qui ont aussi éventuellement des revendications, peuvent-elles comprendre ces comportements ?

Il est clair que nous condamnons la manière dont ces soldats ont procédé. Mais nous avons vécu une tragique crise postélectorale en 2011, et, si M. Gbagbo avait reconnu sa défaite, les choses se seraient présentées autrement. Ce refus a conduit à un affrontement, à l’issue duquel certains jeunes ont estimé qu’il devait leur être payé une prime pour ce combat qui a mis fin au régime du président Gbagbo et fait respecter la volonté des urnes.

Ces questions, qui datent d’avant l’arrivée du président au pouvoir, je le rappelle, n’ont pas été mises sur la table suffisamment tôt. Nous sommes en train de les régler définitivement, notamment avec une loi de programmation militaire pour que la formation des soldats soit assurée, que l’armée soit équipée et que les conditions de vie de tous les militaires soient améliorées.

Guillaume Soro à Dakar, le 17 février 2011. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Certains, notamment au RDR ou au Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), voient la main du président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, derrière ces mutineries. En partie à cause de l’épisode de la cache d’armes découverte dans la villa de son directeur du protocole ou parce qu’il s’agit de ses anciennes troupes…

L’enquête, gérée par le procureur de la République, suit son cours. Dans notre pays, nul n’est au-dessus de la loi. Dès que nous aurons les résultats de ces investigations, des décisions de justice seront prises, conformément au droit. En attendant, il ne sert à rien d’extrapoler.

On vous dit en mauvais termes avec Guillaume Soro. Est-ce vrai ?

Il est président de l’Assemblée nationale, je suis Premier ministre. Nous sommes amenés à travailler ensemble pour la bonne exécution des affaires de l’État.

À trois ans de la présidentielle de 2020, les ambitions personnelles des uns et des autres sont-elles un frein à l’action du gouvernement ? Ne craignez-vous pas que vos ministres soient plus préoccupés par les échéances électorales que par leur mission ?

Ce n’est pas mon sentiment. Je sens un gouvernement fortement impliqué, sous mon autorité, pour que les engagements que le président de la République a pris lors de la dernière campagne électorale soient tenus.

Nous devons aller vers un parti unifié

Le PDCI estime que le candidat du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) devrait être issu de ses rangs, conformément à l’appel de Daoukro et à son soutien à la réélection d’Alassane Ouattara en 2015. Avez-vous la même lecture ?

C’est une question qui concerne en premier lieu le chef de l’État et le président Henri Konan Bédié, donc je ne souhaite pas m’étendre là-dessus. À titre personnel, je pense que nous devons renforcer le RHDP. Nous avons un passé, une vision et des combats communs. Nous avons partagé des moments difficiles et douloureux.

Nous nous sommes présentés à plusieurs élections sous la même bannière, et nous devons aller vers un parti unifié. Je reste persuadé que, quelles que soient les ambitions des uns et des autres, l’idée que nous nous faisons de notre pays est telle que toutes ces questions seront transcendées dans l’intérêt de tous les Ivoiriens.

Ce projet de fusion entre le RDR et le PDCI a été maintes fois annoncé, mais il est toujours repoussé. Qu’est-ce qui bloque ?

Il n’y a pas de blocage, en tout cas pas sur le fond. Il y a des discussions normales entre formations politiques et des travaux à mener, notamment sur les statuts ou le règlement intérieur du futur parti. Tout cela entre dans le cadre d’un processus normal qui se déroule étape par étape.

Beaucoup voient en vous le dauphin désigné par Alassane Ouattara pour lui succéder en 2020. Serez-vous candidat ?

[Rires.] Vous semblez être dans le secret des dieux… Soyons clairs : le président m’a confié la charge de diriger le gouvernement. Je suis un homme de devoir et de mission, je m’y attelle à cent pour cent. Dans le contexte actuel, délicat, nous ne pouvons nous permettre une quelconque déperdition d’énergie. 2020, ce n’est pas maintenant.

Même si la Côte d’Ivoire semble relativement épargnée, quels enseignements tirez-vous de la forte baisse de la croissance en Afrique sub­saharienne, qui impacte par exemple de grandes économies comme le Nigeria, un partenaire important de votre pays ?

L’Afrique regorge de fortes potentialités. C’est un continent dynamique, qui engage des réformes positives, s’ouvre au monde et attire les investissements. Il suffit pour s’en convaincre de se reporter aux statistiques comme celles – et ce n’est qu’un exemple – de la croissance du nombre d’abonnés à la téléphonie mobile. Le fléchissement actuel de la croissance est momentané. Continuons à travailler, et nous rebondirons.

Nous devons faire des efforts, c’est une évidence

Malgré une croissance prévue par votre gouvernement à 8,5 % (7,1 % selon le FMI), vous venez de réduire le budget 2017 de 9 %. Ne craignez-vous pas que cela freine votre développement ?

Non, les réductions que nous avons mises en œuvre concernent le train de vie de l’État et non nos budgets d’investissement. Nous devons faire des efforts, c’est une évidence. Mais cela ne doit pas affecter notre croissance. En accord avec le FMI, nous avons choisi de limiter le déficit à 4,5 % en 2017, pour atteindre la norme de 3 % en 2019.

Les finances ivoiriennes ne restent-elles pas trop dépendantes des exportations de cacao, comme d’autres budgets africains le sont du pétrole ou des mines ?

Nous disposons d’une économie diversifiée, quoique le secteur du cacao représente aujourd’hui autour de 40 % de nos recettes d’exportations. Il y a aussi, dans le domaine agricole, l’anacarde, l’huile de palme, le caoutchouc, la banane, l’hévéa, le café, sans oublier les cultures vivrières.

Ces produits sont de plus en plus transformés sur place. Dans le secteur minier, des projets de plus en plus importants voient le jour : or, nickel ou manganèse… Celui des services, lui aussi, prend du volume. Malgré la baisse des cours du cacao, et grâce à des politiques budgétaires intelligentes, notre croissance se maintient.

La croissance, l’une des plus élevées du continent, ne rime pas forcément avec le contentement des populations, loin de là. D’autant que ces dernières expriment de plus en plus ouvertement leur défiance, le rejet de la corruption ou de l’impunité et dénoncent le fossé grandissant avec un establishment déconnecté des réalités. Comment l’expliquez-vous ?

Pendant la période 2012-2016, nous avons agi sur plusieurs leviers. Environ deux millions d’emplois ont été créés, y compris dans le secteur informel. Des efforts considérables ont été faits pour améliorer les conditions de vie des populations. Il y a eu des investissements importants dans les secteurs de l’eau potable et de l’électricité.

Il s’agit notamment de faire en sorte que tous les villages de plus de 500 habitants soient électrifiés d’ici à fin 2018. Des efforts similaires ont été consentis au niveau des infrastructures routières ou de l’accès aux services sociaux. Idem pour l’éducation, avec la construction de milliers de classes. En matière de rémunération des travailleurs, nous avons débloqué les salaires des fonctionnaires, qui n’avaient pas évolué depuis vingt-cinq ans, et ce pour un coût annuel de 244 milliards de F CFA.

Sans parler du quasi-doublement du salaire minimum. Cela étant, je suis conscient des nombreuses attentes. Et que nous devons en faire plus sur tous les sujets que vous avez évoqués, notamment la lutte contre la corruption et l’impunité. Nous travaillons chaque jour à satisfaire les Ivoiriens.

Nous sommes capables de fournir les efforts nécessaires

Votre prédécesseur, Daniel Kablan Duncan, avait révélé l’ambition de la Côte d’Ivoire d’atteindre le top 50 du classement « Doing Business » (réalisé par la Banque mondiale). Or, le pays stagne à la 142e place dans ce palmarès. En faites-vous suffisamment dans ce domaine ?

Nous avons déjà montré par le passé que nous sommes capables de fournir les efforts nécessaires, puisque pendant plusieurs années consécutives la Côte d’Ivoire a été classée parmi les dix pays qui ont opéré le plus de réformes dans le monde. Nous avons décidé de les accélérer encore.

Celles que nous menons aujourd’hui, à savoir la dématérialisation des procédures administratives, notamment en matière fiscale, foncière ou de passation des marchés publics, prennent un peu plus de temps. Vous verrez les progrès importants que le pays aura accomplis dans le classement « Doing Business » 2018…

Parmi les sujets qui fâchent, les marchés de gré à gré. Abidjan s’était engagé à en réduire le nombre. Qu’en est-il exactement ?

Le code des marchés publics prévoit tous les cas de figure : les appels d’offres ouverts, les appels d’offres restreints et les marchés de gré à gré. Ces derniers permettent d’exécuter des projets de manière urgente et ne sont pas interdits. L’essentiel est d’allier nos besoins, c’est‑à-dire l’accélération de notre dynamique de croissance, et la maîtrise des coûts. C’est ce que nous faisons systématiquement.

La troisième émission d’euro-obligations (eurobonds), en juin, a connu un certain succès avec près de 2 milliards de dollars (1,8 milliard d’euros) levés, preuve de la confiance des investisseurs. Le niveau d’endettement du pays n’est-il cependant pas inquiétant ?

Pas du tout. Fin 2016, notre endettement était de 42,1 %, un chiffre largement inférieur au maximum autorisé en zone Uemoa qui est de 70 %, et l’un des plus faibles dans la zone. Notre dernière émission fait passer notre taux d’endettement de 42,1 % à 42,6 %. Vous voyez que notre politique d’endettement est raisonnable et maîtrisée. Elle nous permet, surtout, d’accélérer notre développement.

Que compte faire la Côte d’Ivoire de son siège au Conseil de sécurité des Nations unies ?

Grâce au soutien des Nations unies, la Côte d’Ivoire a su surmonter la grave crise qui l’a secouée pendant près d’une décennie. En conséquence, nous avons désormais un credo important : la préservation de la paix. Nous pensons que nous pouvons mettre à profit notre expérience en la matière dans des cas de figure similaires ailleurs dans le monde.

Je profite de l’occasion pour remercier tous les États qui nous ont soutenus. Cette élection est une forme de reconnaissance pour les efforts que nous avons fournis depuis la fin de la crise postélectorale.

Laurent Gbagbo, lors de l'audience du 19 juillet 2017 devant la Cour pénale internationale. © Capture d’écran de la vidéo diffusée par la CPI

Six ans après la chute de Laurent Gbagbo, comment jugez-vous l’état d’avancement de la réconciliation en Côte d’Ivoire ?

Dans la vie quotidienne, les Ivoiriens sont, en majorité, réconciliés. En ville, les gens vivent ensemble, il n’y a aucun problème. En milieu rural, certaines difficultés persistent, essentiellement liées au foncier. C’est un vieux problème en Côte d’Ivoire, qui ne date pas de la crise. Nous travaillons à le résoudre avec la future mise en place d’une agence du foncier rural qui réglera définitivement cette question.

Sur le plan politique, je me réjouis du fait que les composantes de l’opposition qui avaient refusé de participer aux élections de 2015 se soient regroupées au sein d’une plateforme et aient décidé de concourir en 2020. Enfin, la justice suit son cours. Après cette phase, si des décisions d’opportunité doivent être prises, le chef de l’État avisera.

La libération de Laurent Gbagbo est posée par ses partisans comme une condition indispensable à cette réconciliation. Qu’en pensez-vous ?

Je peux comprendre que les militants soient attachés à sa personne. Mais son cas est entre les mains de la justice internationale, qui fait son travail. Quel que soit le résultat de la procédure, il s’imposera à nous tous.

Je connais mon pays : ce qui fait sa force, c’est sa diversité

Que répondez-vous à ceux qui vous décrivent comme clivant ou sectaire ?

Je ne me reconnais absolument pas dans cette étiquette que certains tentent de me coller. Je suis attaché à ma région d’origine [Korhogo], à ma culture et à mes racines. Cela ne signifie nullement que je suis arc-bouté là-dessus et que je ne m’entoure que de personnes qui en sont issues. Je connais mon pays : ce qui fait sa force, c’est justement sa diversité.

À la primature, mon cabinet est constitué de femmes et d’hommes d’une grande diversité socioculturelle. S’il en était autrement, le président Ouattara m’aurait rappelé à l’ordre.

Vous avez mené un long combat politique, depuis le début des années 1990, aux côtés d’Alassane Ouattara. Un combat parfois violent. Avec le recul, quelles leçons tirez-vous de ces trois décennies ?

La principale leçon, à mes yeux, c’est que lorsque l’on est amené à diriger une nation il est indispensable d’être juste et équitable. Notre pays aurait pu faire l’économie des nombreuses épreuves qu’il a traversées si l’ostracisme n’avait pas été un temps la règle et si certaines ouvertures s’étaient produites.

Notre devoir, celui de tous les Ivoiriens, est de nous rassembler pour mettre en valeur ce que nous avons en commun, quelles que soient nos divergences.

De quoi, selon vous, la Côte d’Ivoire a-t‑elle le plus besoin aujourd’hui ?

Nous disposons d’atouts économiques indéniables et de ressources humaines de qualité, qu’il faut cependant continuer à perfectionner. Notre destin est donc entre nos mains. Si chacun privilégie toujours l’intérêt général, met tout en œuvre pour se dépasser et se préoccupe de ce qu’il peut apporter au pays, nous maintiendrons la dynamique actuelle et irons loin.