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Crise du Golfe: les liaisons maghrébines des Émirats arabes unis

Dubai, Émirats arabes unis © Wikimedia Commons

La crise entre le Qatar et ses voisins arabes du Golfe aura eu pour effet de révéler la position des États du Maghreb à l’égard de leurs frères de la péninsule.

En Libye, l’affrontement indirect entre Abou Dhabi, soutien majeur du maître de l’Est Khalifa Haftar, et Doha, qui parraine les milices de l’Ouest, s’est immédiatement traduit en diplomatie. Le 5 juin, le gouvernement non reconnu de l’Est suivait les quatre États ligués contre le Qatar, annonçant la rupture de relations diplomatiques, par ailleurs inexistantes.

Islamistes assimilés à des terroristes, milices adverses qualifiées d’islamistes, la rhétorique du général Haftar est en totale harmonie avec celle du maître d’Abou Dhabi. Face à lui, le gouvernement de Fayez el-Sarraj est resté coi : Mohamed Ibn Zayed ne lui avait-il pas permis de rencontrer enfin son rival Haftar, le 2 mai à Abou Dhabi, et de parvenir à la signature d’un accord ?

Un fort soutien de la part de la Mauritanie

La Mauritanie a également suivi sans hésiter Abou Dhabi dans sa croisade contre Doha, devenant l’un des rares États à rompre officiellement avec le Qatar.

Les relations du président mauritanien sont notoirement exécrables avec Doha

Comme avec l’Arabie saoudite et le Koweït, Nouakchott entretient d’excellentes relations avec les EAU, et celles-ci se sont intensifiées ces quatre dernières années grâce à l’entremise de M. Ould Boya, conseiller diplomatique mauritanien auprès de Khalifa Ibn Zayed, frère de Mohamed et président des EAU.

À l’inverse, les relations du président mauritanien sont notoirement exécrables avec Doha, accusé de soutien clandestin aux islamistes. En janvier 2012, Hamad Al Thani, père de l’actuel émir, avait dû écourter une visite très houleuse à Nouakchott, raccompagné sans ménagement à son jet.

Relation compliquée avec le Maroc et l’Algérie

À Rabat, les EAU sont la monarchie du Golfe qui entretient les meilleures relations avec le Palais, également proche de Salman d’Arabie. Le discours critique sur le Printemps arabe prononcé à Riyad par Mohammed VI en avril 2016 a trahi ses convergences de vues avec Mohamed d’Abou Dhabi. Les F16 marocains qui ont participé à la coalition antihouthiste au Yémen décollaient des EAU.

Et, quand l’un d’entre eux a été abattu en mai 2015, Abou Dhabi a exprimé ses regrets et sa reconnaissance, faisant cadeau au roi d’un Boeing 747. « Mais le roi veut se tenir à l’écart des querelles familiales et lointaines qui troublent le Golfe. Le Qatar est aussi un partenaire important », commente-t-on à Rabat.

L’Algérie juge Abou Dhabi trop pro-Américains et pro-Français et s’en méfie quelque peu

Abdelaziz Bouteflika a lui aussi les meilleurs rapports avec Abou Dhabi, où il a trouvé asile pendant sa traversée du désert des années 1980. En 2016, les investissements émiratis en Algérie atteignaient 10 milliards de dollars.

Mais, si Alger observe une neutralité diplomatique de principe dans la crise du Golfe, une source locale rappelle qu’« elle juge Abou Dhabi trop pro-Américains et pro-Français et s’en méfie quelque peu. La sympathie algérienne penche davantage pour Doha, dont le champion libyen, Sarraj, est aussi soutenu par Alger ».

Discorde avec la Tunisie

À Tunis, enfin, Ibn Zayed, après avoir coupé les fonds quand les islamistes ­d’Ennahdha ont accédé au pouvoir, a misé sur Nidaa Tounes. « Son enthousiasme est vite retombé, la Tunisie refusant de le laisser opérer en Libye depuis son territoire, et il a été très heurté par la mise en cause de l’émir de Dubaï dans des dossiers tunisiens de malversations immobilières en 2015. En représailles, les Tunisiens ont été interdits de visa aux Émirats jusqu’au début de cette année », rappelle une source locale.

 

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