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Présidentielle au Rwanda 2017 : Paul Kagame sur la voie royale

Le président rwandais Paul Kagame au Kenya, le 22 mai 2007. © Sayyid Azim/AP/SIPA

Sans surprise, Paul Kagame va très probablement être réélu pour sept ans le 4 août. Si son modèle de développement autoritaire est critiqué par de nombreux observateurs, il remporte d’indéniables succès.

Sous la coupole du flambant neuf siège du Front patriotique rwandais (FPR), le 17 juin, on enchaîne vieux chants patriotiques, danses un brin mécaniques et applaudissements à n’en plus finir. Près de 2 000 délégués doivent investir leur candidat à la présidentielle du 4 août. De candidats, il n’y en a en réalité qu’un seul : Paul Kagame, homme fort du parti depuis 1990 – et chef de l’État depuis 2000. Sept heures durant, il sera célébré, acclamé, avant d’être élu, sans surprise. Une mobilisation plus massive encore est prévue pour l’accompagner, le 14 juillet, pour le lancement officiel de sa campagne.

Pourquoi une telle débauche d’énergie ? Le parti craindrait-il l’issue du scrutin ? À l’évidence, non. Il suffit pour s’en convaincre de rappeler les résultats du référendum constitutionnel de 2015, qui devait permettre au chef de l’État de briguer un nouveau mandat de sept ans.

Les organisations de défense des droits de l’Homme, les Occidentaux et même quelques soutiens du gouvernement rwandais ont froncé les sourcils. Pas de quoi intimider le pouvoir : le oui l’a emporté avec 98,3 % des suffrages exprimés, avec un taux de participation de 98,3 %, selon la Commission électorale nationale (NEC). Ajoutez à cela la puissance du FPR, ses millions de membres et ses centaines de millions de dollars d’actifs (le parti est le premier employeur privé du pays), qu’il peut dépenser à sa guise, et vous obtenez une élection jouée d’avance.

Une méthode contestée et des résultats

Alors pourquoi un tel niveau de mobilisation ? Du point de vue du pouvoir, cette campagne sert à mobiliser les Rwandais et à faire une démonstration de force, plus que de trancher un débat sur l’orientation politique du pays. Kagame n’affirme-t-il pas lui-même son aversion pour « les discussions sans fin qui ne permettent pas de changer la vie des gens » ?

Le programme est en réalité annoncé depuis bien longtemps. Il découle de l’« idéologie » du FPR (lutte contre l’ethnisme, indépendance nationale, combat contre la corruption…) et de la Vision 2020. Adopté en 2000, cet audacieux projet visait à faire, en l’espace de deux décennies, de ce petit pays agricole déchiré par les conflits, une société unie et prospère, assise sur une économie à revenu intermédiaire basée sur la connaissance.

Sur le fond, bien peu de voix contestent le projet de société ainsi décliné. La méthode, en revanche, conduit nombre d’observateurs extérieurs, tout comme l’opposition domestique balbutiante, au scepticisme, voire à l’hostilité. Ce projet est en effet mis en œuvre avec une implacable autorité.

La méthode Kagame conduit l’opposition domestique balbutiante, au scepticisme, voire à l’hostilité

Pour les uns, il s’agit d’une discipline nécessaire pour remettre le pays sur pied après les déchirements qu’il a connus. Pour les autres, c’est un couvercle trop serré sur une marmite qui finira tôt ou tard par exploser. Depuis des années, ces derniers guettent d’ailleurs les signes avant-coureurs d’une nouvelle catastrophe.

Mais force est de constater qu’aucun n’est apparu, même en pleine révision de la Constitution. Le pays a continué d’avancer, en dépit des difficultés économiques du continent. Si les objectifs de la Vision 2020 ne seront pas atteints intégralement à la date prévue, le Rwanda a indubitablement avancé dans le bon sens.

Les violences de masse ont cessé. Les plaies du passé cicatrisent doucement. Le pays se développe et se dote d’infrastructures. Et, très timidement, quelques voix critiques commencent à être tolérées, pourvu qu’elles ne cherchent pas à réinterpréter l’histoire du génocide.

Le Rwanda nouveau voit les choses en grand

Pris par cette énergie vitale que l’on retrouve si souvent chez les survivants de grandes catastrophes, le Rwanda nouveau voit les choses en grand, multipliant les investissements de prestige, dont on se demande parfois s’ils sont correctement dimensionnés, au vu des priorités de la majorité de la population.

Une capacité à l’autocritique

Bien entendu, tout n’y fonctionne pas aussi bien que le clament les médias nationaux. On ne reconstruit pas une société ou une économie aussi facilement que l’on érige quelques tours de verre dans le centre de Kigali. Lesquelles cachent d’ailleurs souvent des locaux vides derrière leurs façades réfléchissantes. On y trouve bien des entreprises, comme le siège de l’East African Exchange (EAX), la Bourse des matières agricoles, qui devait faire de Kigali un centre régional de services en la matière. Quatre ans après son lancement en grande pompe par des partenaires privés, ses résultats sont décevants. Seules 6 000 tonnes de maïs et de haricots y ont été échangées en 2016. Loin de ce qu’a produit le pays.

Le pays vient d’augmenter son budget de 7 %, tout en réduisant la part des pays donateurs

De même, malgré la fragilité de sa balance des paiements, sanctionnée en septembre 2016 par l’agence de notation Standard and Poor’s, le pays vient d’augmenter son budget de 7 %, tout en réduisant la part des pays donateurs. Audacieux. D’autant que la gestion publique n’est pas exempte de reproches, comme l’a relevé le dernier rapport de l’auditeur général, qui a identifié quelque 30 milliards de francs rwandais (30,9 millions d’euros) d’argent public gaspillé en 2016. Au moins ce rapport existe-t‑il.

Là réside peut-être une particularité peu visible du système : sa capacité à l’autocritique, son adaptabilité et son pragmatismeEn 1994, quand les milles collines n’étaient plus qu’un charnier à ciel ouvert, personne n’aurait cru que le pays en serait là vingt-trois ans plus tard. On peut donc bien douter, aujourd’hui, de la crédibilité des projets du gouvernement. Cela ne l’arrêtera pas.