Theresa May, une histoire africaine

par

Fouad Laroui est écrivain.

Theresa May quittant le 10 Downing Street, à Londres, le 12 juillet 2016. © Kirsty Wigglesworth/AP/SIPA

Examinons, si vous le voulez bien, le cas singulier de ce pays africain que nous ne désignerons que par ses initiales pour ne désobliger personne. Or donc le R.U., puisque c’est de lui qu’il s’agit, avait à sa tête un dirigeant, T.M., dont le moins qu’on puisse dire est qu’il ne manquait pas de culot. Le mot « opportuniste » fut, paraît-il, spécialement inventé pour lui.

Qu’on en juge : ayant fait campagne, au cours d’un référendum qui défraya la chronique, pour l’importation de scoubidous finlandais, T. M. n’eut aucun mal, dès les résultats du référendum connus (le peuple vota en majorité contre), à se transformer en ardent contempteur du scoubidou. Fi ! Coupons toute relation avec ces lointains Finlandais ! Qui a besoin de scoubidous ?

– Vous retournez votre veste, lui reprocha-t-on.

– C’est mon peuple, je le mène, il faut bien que je le suive, répliqua-t-il, impavide.

Belle logique. Il n’y a qu’en Afrique qu’on peut être aussi inconséquent. (Attendez, ne vous énervez pas, lisez jusqu’au bout.)

T. M. eut alors une idée machiavélique : profiter de la faiblesse de l’opposition pour provoquer des élections législatives et s’assurer d’une confortable majorité au Parlement.

T. M. voulait une majorité encore plus majoritaire

– Comment, me dites-vous, ton T. M. n’avait pas la majorité ? Par quel miracle avait-il le droit de diriger le R.U. ?

Qui vous a dit qu’il n’avait pas la majorité ? Il l’avait, il l’avait, mais, comme ces lessives qui lavent plus blanc que blanc, T. M. voulait une majorité encore plus majoritaire. Ça ne veut rien dire ? Je vous l’accorde, amis, et vous assure que la logique ici ne vous sera d’aucune utilité. Nous sommes en Afrique, n’est-ce pas ?

Mais le plus extraordinaire est à venir. Le piètre stratège qui a pour nom ou plutôt qui a pour initiales T. M. non seulement ne majora pas sa majorité, il la perdit ! Le voilà minoritaire au Parlement, désavoué, ridiculisé…

T. M. fit quelque chose d’inouï : il se proclama vainqueur de l’élection et se cramponna à son fauteuil comme un bigorneau à son rocher

Évidemment, dans ces conditions, un Européen eût dignement présenté sa démission, un Japonais eût fait seppuku (ce que nous appelons improprement hara-kiri), un Américain eût téléphoné à son adversaire pour concéder sa défaite et lui souhaiter bonne chance en l’appelant par son prénom.

Mais nous sommes en Afrique, hein ? L’inénarrable T. M. (c’est marrant, je dis « inénarrable » alors même que je suis en train de narrer ses mésaventures), donc, T. M. fit quelque chose d’inouï : il se proclama vainqueur de l’élection et se cramponna à son fauteuil comme un bigorneau à son rocher.

– Mais, me demandez-vous, indigné, comment pourra-t-il gouverner sans majorité ?

Eh bien, par une méthode bien africaine, ami lecteur : la corruption. T. M. dénicha un petit groupe parlementaire d’appoint (le D. U. P.) qui lui permettait de se reconstituer une majorité. Il leur fila un milliard de picaillons, et l’affaire fut entendue. (Le fait que les nouveaux alliés de T. M. étaient tous fous ne l’empêcha pas de conclure la transaction.)

PS : Bien entendu, lecteur sagace, vous avez reconnu en T. M. Theresa May, sous le sigle R. U. le Royaume-Uni (grand pays africain) et dans le groupe parlementaire d’appoint les cinglés du Democratic Unionist Party d’Irlande du Nord (ils croient que la Terre est plate).

Tous les détails de cette histoire sont authentiques, y compris le pot-de-vin d’un milliard de livres sterling au D. U. P. La prochaine fois qu’un Anglais osera critiquer l’Afrique devant vous, n’hésitez pas à l’assommer avec cet article roulé en matraque.

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