Cinéma : « Le Caire confidentiel » et « Les derniers jours d’une ville » mettent la capitale égyptienne à l’honneur

Laila Samy dans Les Derniers Jours d’une ville. © norte distribution

Deux films actuellement sur les écrans en France célèbrent la ville du Caire à l’heure où ses rues se faisaient révolutionnaires. Déambulations policières et politiques.

C’était à la mi-juin, au cinéma Le Louxor, à Paris, lors d’une projection de Le Caire confidentiel en présence du réalisateur. « Incroyable, lançait le premier intervenant lors du débat à l’issue de la projection, à quel point ce film renvoie une véritable image du Caire ! On a l’impression de retrouver les odeurs des quartiers. Le cinéaste a vraiment su utiliser au mieux ce décor unique pour parler de sa ville. »

Raté ! Car si le compliment était pour le moins mérité, tout ce que croyait ce spectateur enthousiaste était faux. Tarik Saleh, d’origine égyptienne mais résident et citoyen suédois, est né à Stockholm en 1972. Et il a réalisé son film… au Maroc, essentiellement à Casablanca.

Trois jours avant,  les services de sécurité égyptiens, inquiets après avoir lu le scénario, ont fermé le plateau

Ce n’est pas par goût de la performance que Tarik Saleh a recréé son lieu de tournage à plusieurs milliers de kilomètres de l’Égypte. « Trois jours avant, raconte-t‑il, les services de sécurité égyptiens, inquiets après avoir lu le scénario, ont fermé le plateau. J’étais dévasté. Puis j’ai pensé à Fellini et à Amarcord. Les habitants de Rimini étaient tous persuadés de reconnaître ici une rue, là une maison, et pourtant rien n’avait été tourné dans la ville natale du maestro, tout avait été fait en studio à Cinecittà. »

Que, dans certains cas, ce ne soit pas la réalité qui dépasse la fiction mais l’inverse est en général la marque des grands films. Le Caire confidentiel, dont le titre renvoie au célèbre ouvrage de l’auteur américain James Ellroy L.A. Confidential, est en effet une réussite. Qui lui a valu d’être couronné au festival de Sundance comme à celui du film policier français de Beaune.

Des histoires tournées à l’aube de la révolution

Ce long-métrage est avant tout un polar, ou plutôt un film noir, qui tient en haleine le spectateur du début à la fin. Il invite, à la suite du décès d’une chanteuse dans un hôtel de luxe, à suivre le parcours d’un inspecteur peu banal, Noureddine. Solitaire caractériel qui ne dédaigne pas les petites combines, ce dernier n’entend pas arrêter son enquête, comme on le lui demande quand il apparaît que le probable criminel est un influent promoteur immobilier, ami de la famille Moubarak.

Le déclenchement imprévu de la révolution, en 2011, change la donne et transforme de facto le film en un hommage au Printemps arabe

Harcelé par le suspect et par ses supérieurs, l’intrépide policier prend tous les risques mais semble n’avoir aucune chance de faire triompher la justice. Jusqu’à ce que le déclenchement imprévu de la révolution, en 2011, change la donne. Et transforme de facto le film en un hommage au Printemps arabe.

Le Caire confidentiel bénéficie de l’excellente interprétation de Fares Fares, un De Niro des bords du Nil dont le jeu subtil évoque à merveille l’attirance du héros pour le côté sombre et complexe de la société égyptienne.

C’est en revanche le parcours d’un antihéros que nous invite à suivre, pour son premier long-métrage, le cinéaste égyptien Tamer El Saïd dans Les Derniers Jours d’une ville. Il s’agit d’accompagner, là encore à la veille de la révolution, l’errance d’un jeune réalisateur, Khalid, qui veut consacrer un film à ce Caire énergique et miséreux, fascinant et invivable, qu’il entend célébrer avant de partir à l’étranger

En résulte un film à la lisière de la fiction et du documentaire qui, se passant en 2009, semble annoncer les événements à venir. Moins grand public dans son propos que Le Caire confidentiel, il peut être vu comme son hors-champ, nous révélant au fond pourquoi l’inspecteur Noureddine s’obstine à traquer un homme qui symbolise un pays corrompu et une capitale où la liberté est de moins en moins tolérée.

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