RDC : pour sauver le barrage hydroélectrique Inga III, l’union fait la force

Inga I, à 350 km à l’ouest de Kinshasa. © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

Dans une RD Congo en pleine crise politique, le barrage hydroélectrique Inga III semblait s’enliser. Grâce à un consortium unique issu des deux groupements encore en lice, les autorités espèrent le relancer.

En obtenant des deux derniers groupements encore en lice qu’ils unissent leurs forces en un seul et même consortium pour le barrage d’Inga III, Bruno Kapandji, pilote de l’agence chargée du chantier (lire ci-contre), montre que le premier élément du complexe hydroélectrique du Grand Inga – qui prévoit cinq autres barrages –, continue d’avancer bon an mal an.

« Les Européens [emmenés par l’espagnol ACS] et les Chinois [pilotés par China Three Gorges Corporation] vont travailler de concert et présenteront une offre unique d’ici à la fin de septembre, pour une capacité de 10 000 à 12 000 MW, contre les 4 800 MW initialement envisagés », confie ce conseiller du président Joseph Kabila, de retour d’une visite en Afrique du Sud, pays partenaire du projet, qui achètera une part de la production.

« C’est une très bonne nouvelle. D’habitude, quand les groupements sont en compétition, une collaboration est rarement envisagée. Là, en mettant leurs points forts en commun, les sociétés européennes et chinoises renforcent les chances de succès du projet », affirme un avocat international proche du dossier.

Si la proposition du nouveau consortium unique est acceptée, un contrat de concession sera signé, charge au concessionnaire de trouver les financements, de construire, d’exploiter et de commercialiser l’électricité produite par d’Inga III.

Un projet qui traîne

L’entrée en exploitation du projet ne se fera pas avant 2024 ou 2025 ! » Selon un avocat international proche du dossier

Près d’un an après l’annonce par la Banque mondiale de la suspension de ses décaissements pour l’assistance technique au projet et alors que la sortie de la crise politique en RD Congo semble encore lointaine, la plupart des observateurs pariaient sur un enlisement d’Inga III – dont le coût initial était estimé à 12 milliards de dollars –, du fait des difficultés pour le futur concessionnaire à mobiliser des ressources.

Selon ce même avocat, il n’en est rien. « On a trop politisé ce projet, alors qu’il fait consensus au niveau national. L’entrée en exploitation du projet ne se fera pas avant 2024 ou 2025 ! Les discussions avec les industriels et les financiers sont engagées sur la durée, selon un processus itératif entre le gouvernement, les entreprises candidates et la BAD », fait-il valoir, reconnaissant toutefois un retard de plusieurs mois dans la sélection du concessionnaire du projet.

Notre interlocuteur relativise la défection de la Banque mondiale. « Il y avait doublon avec la BAD, qui s’est imposée comme chef de file côté bailleurs de fonds, avec une attitude plus flexible vis-à-vis des autorités, juge-t-il, prévoyant toutefois un futur retour de l’institution de Bretton Woods.

La Banque mondiale s’est retirée de l’assistance technique, annulant quelque 70 millions de dollars de financements, mais, dans un an ou deux, une fois que le concessionnaire sera sélectionné et quand la situation politique se sera détendue, il serait logique qu’elle appuie le chantier, d’un coût autrement plus important. »

Une éventualité espérée par Amadou Zakou, l’un des cadres de la BAD chargés du suivi d’Inga III. Et ce dernier de rappeler que, « si la Banque mondiale a stoppé pour l’instant sa participation à la “partie centrale” du projet, elle reste impliquée, tout comme la BAD, dans des chantiers visant à l’amélioration du réseau électrique de la RD Congo, sans laquelle l’augmentation de capacité apportée par Inga n’aurait que peu d’effet sur les populations. »

Un consensus difficile à atteindre

Dans cette répartition des tâches et des financements, la géopolitique jouera nécessairement un rôle

Le regroupement en un seul et même consortium est, selon nos informations, déjà en cours de négociation, avec une répartition des sous-chantiers. Celle-ci ne devrait pas être aisée, vu les différences culturelles entre les sociétés des deux groupements.

« On peut espérer un soutien des banques chinoises aux sociétés de l’empire du Milieu et des institutions financières et agences de développement européennes aux entreprises espagnoles, mais aussi allemandes », fait valoir l’avocat.

« Même si, actuellement, ils ne soutiennent pas les études et l’assistance technique à Inga III, la Banque mondiale, l’Agence française de développement et la Banque européenne d’investissement se tiennent au courant des avancées du projet », indique Amadou Zakou.

Dans cette répartition des tâches et des financements, la géopolitique jouera nécessairement un rôle. Si les Européens se montraient craintifs face à la situation politique, en freinant les prêts issus du Vieux Continent, le futur consortium unique pourrait laisser la part belle à Pékin.

Pour aller de l’avant, en plus de la constitution d’un consortium unique solide et fonctionnel entre anciens concurrents, Kinshasa devra aussi trouver une solution pour les études d’impact social et environnemental qui devaient initialement être financées par la Banque mondiale.

Depuis son retrait, elles n’ont pas démarré, mais restent cruciales pour que le projet soit bien accepté par les sociétés civiles locale et nationale.

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