Amenem, l’étoile montante de la scène hip-hop gabonaise

Un extrait du clip de "Tobghe Si". © Capture d'écran/Magssi Pictures/youtube

Amenem incarne un rap simple, plein d’humour et proche des gens. À 27 ans, il vient de créer son propre label, Dynastie.

Une voiture immaculée aux vitres teintées, un grand gaillard tout de blanc vêtu, quelques touches d’or autour du cou, une ambiance sonore fleurant bon la côte ouest des États-Unis… Pas de doute, dans la moiteur d’un début de soirée pluvieux de Libreville, Jeune Afrique a trouvé son homme : Amenem, l’un des meilleurs représentants de la scène rap gabonaise. Christopher Nguema Obame, de son vrai nom, aurait pourtant pu ne jamais se lancer dans le hip-hop.

Certes, il est un adolescent danseur, mais le déclic ne vient que plus tard, lorsque son frère part faire ses études aux États-Unis à 18 ans, en laissant à son cadet sa chambre… et ses (très) nombreux albums de rap américain. Les stars Dr. Dre, Jay-Z et, surtout, Eminem, entrent dans la danse.

Au lycée, où il participe à des battles face à d’autres bandes, dans les quartiers de Libreville ou à la plage, le rap devient son mode de vie, et son surnom, Eminem, commence à circuler. Au début des années 2000, il fait déjà partie des jeunes qui montent.

Eminem devient Amenem

En 2004, il remporte même un concours de quartier organisé par une célèbre marque de bière brune. Le prix : quelques goodies et une caisse de bouteilles que son père, qui travaille aujourd’hui au Sénat aux côtés de l’ancien Premier ministre Jean Eyeghé Ndong, s’empresse aussitôt de s’approprier.

Le paternel découvre le rap dans la vie de son fils, ainsi que son surnom Eminem, qu’il écorche toutefois quelque peu : Eminem devient Amenem. Le jeune rappeur poursuit son apprentissage, notamment auprès du label Eben, où se côtoient notamment Franck Ba’Ponga ou Black Kôba, des « grands frères » de la scène gabonaise.

Il signe en 2010 avec Boss Playa, société de production située en Côte d’Ivoire mais active au Gabon. Il y reste jusqu’en 2013, tout en faisant des allers-retours aux États-Unis pour rendre visite à son frère.

En 2015, il sort le single Tobghe Si, qui fait le buzz au Gabon mais aussi en Afrique de l’Ouest, comme en Guinée. Un succès qui en appelle d’autres, notamment lorsqu’il écrit un texte sur la star nationale du football Pierre‑Emerick Aubameyang, le décrivant comme Ballon d’Or. Prophétique ? L’attaquant obtient effectivement le Ballon d’Or africain la même année et embarque Amenem dans une tournée au pays.

Amenem lance son label

Le temps de la célébrité, des concerts avec Youssoupha, Akon ou Booba, est venu. Mais il n’immunise pas contre les coups durs. Christopher perd sa mère en 2015. « Je voulais tout plaquer, mais ma grande sœur, Georgia, a fini par me convaincre qu’il fallait que je me remette en selle », confie-t-il aujourd’hui. Il décide de changer son environnement et de lancer son propre label.

« J’en ai beaucoup discuté avec des références du milieu, comme Snoop Dog ou 50 Cent, et ils m’ont tous donné le même conseil : créer ma propre structure », explique-t-il. Amenem achète du matériel aux États-Unis et monte son studio de production en 2016 avec un nouveau partenaire, Fenix, tout en poursuivant des études dans le domaine des douanes.

« Les ambitions changent, la vision n’est plus la même. Je peux avancer à mon rythme, enregistrer tous les jours, mieux gagner ma vie et me faire davantage respecter », estime le rappeur, qui vient de sortir deux nouveaux titres, 2% et Sorcier.

Deux pierres de plus à un édifice qu’il espère continuer à bâtir à la manière d’un Booba, dont il admire le professionnalisme et la progression. Prochaine étape de cet itinéraire sans fausse note ni temps mort : conquérir les scènes étrangères et exporter son flow made in Gabon.