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Le Gabon en quête de relance

Le président gabonais Ali Bongo lors du Sommet sur le nucléaire, le 25 mars 2014. © Bart Maat/AP/SIPA

Secoué par une double tourmente politique et financière en 2016, le Gabon, bien que convalescent, semble désormais en mesure de surmonter la crise protéiforme à laquelle il est confronté.

Après l’orage, la tempête. Depuis un an, le Gabon ploie sous les éléments. Aux rigueurs provoquées par la crise financière qui a menacé la stabilité du cadre macroéconomique du pays s’est ajoutée une crise postélectorale de longue durée. En août 2016, l’élection présidentielle s’est terminée sous une pluie de projectiles et un panache de gaz lacrymogène au cours d’une bataille de rue meurtrière entre les militants de l’opposition et les forces de l’ordre.

Dix mois après ces violences consécutives au résultat du scrutin, les parties ont renoué le dialogue, et les lignes bougent légèrement, même si les ultras des deux camps rejettent toujours les initiatives à même de normaliser la situation. Ainsi, au sein du noyau radicalisé qui entoure l’opposant Jean Ping, personne n’a accepté de prendre part au dialogue national convoqué par le pouvoir et placé sous l’égide du Premier ministre, Emmanuel Issoze-Ngondet.

« Les parties prenantes s’étaient engagées à prendre des décisions qui marqueraient l’histoire politique du pays. Il y avait cette volonté de ne pas laisser les réformes reposer sur des questions de personnes, mais bien sur la nécessité pour l’État gabonais de se doter d’institutions fiables et pérennes qui donneraient de notre pays une image plus positive », a estimé Issoze-Ngondet, satisfait des conclusions issues des assises.

Un plan de relance économique avec le FMI

Cette crise politique en voie de résolution survient alors que l’économie gabonaise traverse une mauvaise passe due à la baisse continue des prix du pétrole. Décélération de la croissance et creusement des déficits – dont ceux du budget et de la balance des paiements – sont susceptibles de remettre en question la viabilité des finances publiques et la stabilité macroéconomique du pays.

Face à ce risque, le gouvernement a donc mis en œuvre un plan de relance économique, avec le soutien du FMI. Le 19 juin, l’institution financière a approuvé un prêt de 642 millions de dollars (573 millions d’euros) au Gabon au titre de son mécanisme élargi de crédit, avec un premier décaissement immédiat de 98,8 millions de dollars.

Pour continuer à bénéficier de l’appui des différents bailleurs de fonds, le Gabon doit impérativement tenir ses engagements. « Certains ont pensé à tort que le plan de relance prévoyait la mise en place de politiques keynésiennes, consistant à injecter de la dépense dans l’économie. Ce n’est pas le cas », insiste le ministre de l’économie, Régis Immongault. Au contraire, dans l’esprit de ses concepteurs, il s’agit surtout de contenir l’endettement. Représentant 20 % du PIB, la dette intérieure pèse lourd, tandis que la dette extérieure, située à hauteur de 37 % du PIB, doit impérativement être contrôlée.

Nous avons décidé non pas de baisser les salaires mais d’envisager une réduction des effectifs

Autre priorité, la réduction du train de vie de l’État, avec la maîtrise des grands postes de dépenses publiques qu’elle implique, notamment en matière de masse salariale. « Nous avons décidé non pas de baisser les salaires mais d’envisager une réduction des effectifs », ajoute le ministre de l’Économie.

Le plan prévoit également de mieux mobiliser les ressources intérieures, à travers l’élargissement de la base fiscale et la suppression des exonérations et autres incitations qui ont pu être accordées à certains secteurs de l’économie mais entraînent une érosion certaine des recettes.

Il n’est cependant pas question de toucher au régime de la zone économique spéciale (ZES) de Nkok, qui conserve ses avantages.

L’accent mis sur les secteurs non pétroliers

Pour augmenter les ressources, l’État va devoir moderniser sa fiscalité. Le gouvernement a donc décidé de fusionner l’administration de la douane avec celle des impôts en vue de créer l’Office gabonais des recettes (OGR). « Nous pensons qu’en mutualisant les efforts de l’Administration nous obtiendrons de meilleures performances », espère Régis Immongault.

Aucune de ces mesures ne devrait entraver la diversification, en cours, de l’économie. Au contraire, le plan d’urgence met l’accent sur les secteurs non pétroliers porteurs de croissance, à l’instar des activités de transit mais aussi et surtout du bois : la réforme de ce secteur constitue l’une des plus évidentes réussites du dernier septennat.

En 2009, les grumes constituaient toujours l’activité principale du secteur et représentaient 68 % des exportations du pays. L’interdiction d’exporter le bois brut, entrée en vigueur en 2010, a contraint les forestiers à construire des unités de transformation : leur nombre est passé de 95 en 2012 à 130 en 2014, soit une augmentation de 37 %. Dans la foulée de ce développement industriel, en six ans, la filière a créé plus 7 000 emplois. Et le gouvernement s’attend à de meilleurs résultats encore.

Toujours dans le domaine agro-industriel, les plantations de palmiers à huile du groupe singapourien Olam sont entrées en production tandis que la Gabonaise des réalisations agricoles et des initiatives des nationaux engagés (Graine), projet sur cinq ans lancé à la fin 2014 pour assurer la sécurité alimentaire, est en cours de développement, tout comme la transformation des produits de la pêche, encouragée par les autorités.

Les tensions sociales exacerbées

Le gouvernement veut également renforcer les nouveaux mécanismes de financement, comme les partenariats public-privé (PPP), qui permettent d’impliquer plus largement le secteur privé dans le développement de l’industrie et des infrastructures.

Un forum de dialogue entre le secteur privé et le chef de l’État lui-même a été mis en place dans ce but. Placé sous le patronage du Haut Conseil pour l’investissement (HCI), il œuvrera à renforcer l’attractivité de l’économie gabonaise et à favoriser l’insertion des opérateurs économiques.

Crises politique et économique ont engendré des perturbations sociales. Les grèves se succèdent dans l’Administration et les entreprises du secteur privé : enseignants, magistrats, douaniers… Tous réclament une amélioration de leurs conditions de travail et le paiement de plusieurs mois d’arriérés de primes. Pour des raisons de pouvoir d’achat, le puissant syndicat du secteur pétrolier observe régulièrement des arrêts de travail. Car ces tensions sociales sont exacerbées et justifiées par la vie chère.

Le gouvernement mise pour l’instant sur la résilience de l’économie, en attendant que passe la conjoncture défavorable. Mais il semble plus que jamais urgent pour le pays de sortir de sa dépendance aux hydrocarbures et de diversifier son économie, dans le tertiaire notamment.