Cinéma : « Wallay », le retour aux sources d’un petit banlieusard

Makan Nathan Dierra, dans le rôle d'Ady © Nina Robinson

Avec "Wallay", le réalisateur suisso-burkinabè Berni Goldblat filme le retour au pays d'un jeune garçon élevé en banlieue de Lyon et la progressive acceptation de son identité plurielle.

«Il faut tout un village pour élever un enfant », dit le proverbe. Le père d’Ady, qu’il élève seul dans la banlieue lyonnaise, en sait quelque chose. Un peu désemparé par l’insolence et les petits trafics de l’adolescent de 13 ans, il décide de l’envoyer au pays pour que son oncle, le sévère Amadou, le remette dans le droit chemin. Mais du Burkina Faso, le jeune métis ne connaît rien. Ni les caprices de l’électricité quand il veut recharger son portable, ni le confort sommaire des petites cahutes en tôles, ni même la langue.

Le dépaysement est total, d’autant plus qu’il se croit plutôt en vacances que puni. Pourtant, au contact de ses racines, de sa grand-mère (interprétée par la douce Joséphine Kaboré), des lieux où son père a grandi, Ady va lentement s’assagir et devenir un homme. « On porte en nous cette double culture, explique Ibrahim Koma, qui joue Jean, le cousin d’Ady. En France, on se revendique de cette Afrique un peu fantasmée, alors qu’en réalité on ignore tout de ses coutumes. Finalement, on est toujours entre deux chaises. »

Tout comme Makan Nathan Diarra (qui joue Ady), Ibrahim Koma est de parents maliens et a grandi en région parisienne. C’est ce métissage et cette diversité culturelle que le réalisateur Berni Goldblat a voulu montrer. « À une époque où les pays veulent ériger des murs et vivent un repli identitaire, j’aspire à un monde sans frontières, plus cosmopolite, explique le réalisateur. Ce sont nos choix et nos rencontres qui font notre identité et notre richesse intérieure, pas la couleur de la peau. » Un film à son image, en somme.

Un film co-financé par le Burkina

Élevé en Suède par un père polonais et une mère suisse, Goldblat habite depuis vingt-cinq ans au Burkina, pays qu’il a découvert alors qu’il travaillait dans le cinéma itinérant. Après plusieurs documentaires, dont Ceux de la colline, en 2009, sur les travailleurs d’une mine d’or de la colline de Diosso, l’autodidacte signe avec Wallay (« je te jure ») un premier long-métrage de fiction attachant.

Qui entend faire écho à l’actualité : « Les médias parlent des migrants qui quittent l’Afrique pour une vie meilleure en Europe. Cette histoire est aussi celle d’un voyage initiatique dans le sens inverse, celle d’un enrichissement du côté africain de la Méditerranée. » Ce thème universel semble avoir séduit un large public partout dans le monde. Présenté dans de nombreux festivals internationaux, dont Berlin et Cannes, le film a déjà obtenu quatre prix, en France, en Espagne, au Burundi et en Italie.

Cette histoire est aussi celle d’un voyage initiatique dans le sens inverse, celle d’un enrichissement du côté africain de la Méditerranée

En choisissant un gamin des cités, le réalisateur permet en effet au public européen de s’identifier au personnage et de voir à travers ses yeux une Afrique en pleine mutation. Mais pas seulement. « Le film a été cofinancé par le Burkina et tourné à 95% dans le pays. Le fait qu’il ait obtenu un très bon accueil lors des projections au Fespaco, chez lui, était pour moi le plus important, souligne le cinéaste engagé. Le continent n’est pas qu’un décor pour des films financés sur fonds européens. Il faut que l’argent soit investi en Afrique et y retourne pour développer l’industrie cinématographique locale. »

Après une sortie en France le 28 juin dans 60 salles, ce sera ensuite au tour de la Côte d’Ivoire et du Burkina, peut-être du Sénégal et du Tchad. En juillet, Wallay partira aux festivals de Durban, de Yaoundé et de Zanzibar, puis dans une vingtaine d’autres pays (Danemark, République tchèque…) dans les prochains mois. Un beau tour du monde en perspective pour ce film à l’identité plurielle.

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