Agroalimentaire : comment l’Aga Khan a redressé le burkinabè Sosuco

Par - Correspondant

Des champs de canne à sucre près de Banfora © Renaud VAN DER MEEREN/EDJ

Hier plombé par la concurrence des produits importés, le sucrier, contrôlé par le holding du richissime homme d’affaires, se relance grâce à un ambitieux plan d’investissement.

Deux ans et demi après avoir cumulé plus de 15 000 tonnes d’invendus à Bérégadougou (Sud-Ouest) et à Bobo-Dioulasso, soit 10 milliards de F CFA (15,2 millions d’euros) de manque à gagner, la SN Sosuco, unique producteur de sucre au Burkina Faso, se remet en selle.

« Pour cette année, nous prévoyons un chiffre d’affaires de 21 milliards de F CFA, contre 18,5 milliards l’an dernier et 9 milliards en 2015 », se félicite Mouctar Koné, son directeur général.

Ce diplômé en géologie, qui a enseigné une dizaine d’années à l’université d’Abidjan et fut cadre chez le minier Anglo American avant d’atterrir chez le sucrier burkinabè en 2001, au poste de coordonnateur technique, peut désormais voir l’avenir sous de meilleurs auspices.

Il explique cette reprise par deux éléments essentiels. D’abord, la mise en œuvre d’un plan d’investissement et de redressement de 2,5 milliards de F CFA environ par an sur la période 2016-2021. Avec pour objectif de « rétablir les capacités de production de [l’]usine, accroître le rendement [des] champs, tout en améliorant [le] bilan énergétique et [les] processus d’extraction », détaille Mouctar Koné, qui précise que le groupe a déjà investi plus de 21 milliards de F CFA au cours des six dernières années.

Dans ce programme, le groupe affirme miser aussi sur le renforcement de ses équipes, avec une gestion par objectifs, notamment pour les cadres

Contrôlé à près de 67 % par Industrial Promotion Services-West Africa (IPS-WA), propriété du prince Aga Khan, via sa filiale Sucre Participation, et par l’État (30, 67 %) et des acteurs privés locaux menés par Barro Djanguinaba, SN Sosuco produit entre 25 000 et 30 000 tonnes de sucre par an, alors que les besoins nationaux s’élèvent à 100 000 tonnes.

La demande est donc complétée par des importations, notamment assurées par l’homme d’affaires Inoussa Kanazoé via sa société Kanis Commodities. L’ambition de SN Sosuco est de porter sa production à 40 000 tonnes d’ici à la fin du plan d’investissement.

Dans ce programme, le groupe affirme miser aussi sur le renforcement de ses équipes, avec une gestion par objectifs, notamment pour les cadres. « Nous organisons des formations in situ et en dehors de l’entreprise, très souvent à l’étranger », explique Mouctar Koné, indiquant aussi que le recrutement de jeunes diplômés et le recours à des experts font partie des actions entreprises.

Compétitif

Ces efforts d’augmentation de la production et d’optimisation des coûts ont permis à la société, l’un des principaux employeurs du pays, de profiter du contexte international, redevenu favorable pour les producteurs africains. Après avoir touché un plancher d’environ 10 cents de dollars la livre à New York entre 2014 et 2015, le cours du sucre est remonté, atteignant un record à plus de 23 cents en octobre 2016.

Il a certes entamé ensuite une descente – en juin, il oscillait entre 15 et 13 cents à New York –, mais reste suffisamment élevé pour permettre au sucre estampillé SN Sosuco d’être compétitif face à celui qui est importé d’Amérique latine et même d’Europe.

« Notre sucre en morceaux coûte 680 000 F CFA la tonne, alors que le sucre importé se négocie à 715 000 F CFA », se réjouit Mouctar Koné. « De plus, l’État a consenti des efforts pour combattre la fraude à l’importation, qui nous pénalisait », insiste le directeur de la coordination régionale d’IPS-WA au Burkina Faso, Mamady Sanoh.

S’il se félicite de voir les entrepôts désormais vides, bien loin du cauchemar d’il y a deux ans, l’industriel veut marquer son territoire. Il entend surfer sur la conjoncture favorable pour renforcer sa situation financière et ses positions sur le marché.

La stratégie du patron du sucrier, en poste depuis 2013, vise ainsi à doper la demande en rapprochant le produit du consommateur. « Nous allons investir dans une usine plus performante pour extraire le maximum de canne, annonce-t-il. Et ouvrir de nouveaux points de vente à Ouahigouya, Dédougou, Kaya et Tenkodogo. Ce sont des régions où notre sucre était quasi absent ».


Prince du business

Au Burkina, le holding d’investissement du prince Aga Khan est aussi présent dans l’industrie avec FasoPlast, spécialisé dans la fabrication d’emballages et dans le coton, via Faso Coton. Avec Air Burkina, dont il vient de céder ses parts à l’État burkinabè, les quatre sociétés que détenait le groupe ont réalisé en 2014 un chiffre d’affaires cumulé de 61,8 milliards de F CFA (94,2 millions d’euros)

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