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Niger : Agadez dans l’Aïr du temps

Le soir, les grands axes sont éclairés par des lampadaires solaires. © François-Xavier Freland pour JA

Terrorisme et trafic de cocaïne avaient mis à mal sa réputation commerciale. L’État investit pour que la « porte du Sahara » retrouve tout son attrait.

Vue du ciel, la large avenue principale récemment goudronnée qui traverse cette ville de sable prend des allures de mirage… Vue du sol, l’aérogare Mano-Dayak modernisée, avec sa longue piste bleu pétrole, impressionne.

Désormais, Agadez n’est plus un petit comptoir de commerce anachronique, c’est une ville structurée, moderne, à l’image des nombreux ronds-points flambant neufs qui fluidifient la circulation sur les grands axes qu’éclairent le soir des lampadaires solaires. En un coup d’œil, avec son nouvel hôpital, sa récente université, l’impression est bien là. La principale ville de l’Aïr ressemble enfin à une capitale.

Renaissance

Le nouveau stade d’Agadez, qui recevra bientôt les équipes régionales de handball et de football, est peut-être la meilleure illustration de cette renaissance : gradins rénovés pouvant accueillir jusqu’à 5 000 personnes, pelouse artificielle, lampadaires solaires. La Maison des jeunes et de la culture a elle aussi été rajeunie, et un centre informatique est sur le point d’être inauguré, qui accueillera bientôt tous les geeks de la ville.

Pas moins de 61 millions d’euros ont été dépensés par l’État dans le cadre du programme Agadez Sokni

Le maire, Rhissa Feltou, élu du PNDS, la majorité présidentielle, n’est pas peu fier de sa ville : « Agadez se transforme, c’est la locomotive de la région. Paradoxalement, le commerce des migrants, l’arrivée d’orpailleurs des quatre coins de la région ont eu un impact démographique et économique. De 80 000 en 2010, le nombre d’habitants est passé à 110 000 lors du dernier recensement, en 2012. Une population qu’on estime aujourd’hui à 135 000. Tous ces nouveaux arrivés payeront bientôt des taxes. Cela enrichit nos capacités. »

Pas moins de 61 millions d’euros ont été dépensés par l’État dans le cadre du programme Agadez Sokni (« Agadez la coquette »). Résultat : plus de 20 km de rues ont été asphaltés dans la ville, et plusieurs quartiers ont été pavés ou le seront bientôt.

Symbole de cette effusion urbaine, les chauffeurs de « tchouk tchouk » indiens, surnommés « adeytena », vrombissent aux quatre coins de la ville, transportant femmes et enfants au marché ou à l’école. Ils étaient à peine 50 il y a trois ans, on en dénombre près de 1 000 aujourd’hui.

« C’est vrai, il y a eu des efforts de faits en matière d’infrastructures. On n’avait pas vu cela depuis les années 1980 », admet même Rachid Kollo, coordinateur du très critique Collectif pour le renouveau et l’innovation, avant de nuancer : « Mais ça n’est pas suffisant, nous manquons d’eau, d’électricité. Ça sert à quoi d’ouvrir des hôpitaux s’il n’y a aucun matériel médical à l’intérieur ? »

AGADEZ © François-Xavier Freland pour JA

Sécheresse

Pour pallier les nombreuses coupures d’électricité, une centrale hybride d’une puissance de 11,2 MW composée d’une partie thermique de 5,6 MW et d’une partie photovoltaïque verra le jour prochainement, financée en partie par l’Union européenne. Pour l’eau, qui manque cruellement dans cette capitale régulièrement frappée par la sécheresse, un immense réservoir en béton armé de 1 500 m3 a été érigé.

Depuis la rébellion touarègue de 2007 et les attaques terroristes d’Aqmi ces dernières années, « la porte du Sahara » n’attire plus

Neuf forages sont en cours dans la zone Kerboubou-Afara (à une trentaine de kilomètres de la ville d’Agadez). Sur le plan touristique, enfin, la ville pâtit toujours de sa mauvaise réputation, en partie à cause du trafic de cocaïne et de migrants, mais surtout en raison du risque sécuritaire.

Depuis la rébellion touarègue de 2007 et les attaques terroristes d’Aqmi ces dernières années, « la porte du Sahara » n’attire plus. Les dix hôtels de la ville n’accueillent plus que des militaires américains ou européens, des humanitaires, et parfois des journalistes.

« Ils ne viennent ici que pour parler des migrants, ils ne s’intéressent pas aux habitants d’Agadez », déplore Akly Joulia, directeur de l’auberge d’Azel, un bel hôtel tout en banco d’architecture néo-soudanaise.

Tourisme et sécurité

Juste à côté, le très vieux quartier historique, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco en 2013, avec sa grande mosquée, son sultanat et ses vieilles maisons des XVe et XVIe siècles, est en cours de restauration. « Il faut arrêter de dire qu’Agadez est dangereuse », précise encore Akly, pilote de profession, qui propose aussi des virées en ULM. « Il y a quelques années, nous recevions des paléontologues de renom, comme Paul Sereno, ou des acteurs célèbres comme Angelina Jolie, tous des amoureux du désert. Cette région a un potentiel énorme. »

Agadez rêve de redevenir la porte des grandes expéditions en 4 × 4 et des méharées dans l’Aïr qu’elle était dans les années 1980.

Une police touristique est d’ailleurs à l’étude, sur le modèle marocain

« Nous voulons refaire du circuit, mais plus encadré qu’avant, concentré sur quelques zones et sites sécurisés », confirme Ahmed Boto, le ministre du Tourisme et de l’Artisanat.

Une police touristique est d’ailleurs à l’étude, sur le modèle marocain. « En matière de sécurité, on est déjà passés du rouge à l’orange », se réjouit Abou Harouna Baba, le directeur régional du tourisme et de l’artisanat. « Il faut que les touristes soient rassurés. Ici, ça n’est pas le Mali. Nos habitants ont profité autrefois du boom touristique, alors aujourd’hui ils collaborent tous avec les forces de police pour les voir revenir, en signalant les intrus. C’est comme ça qu’on arrive à lutter efficacement contre les jihadistes. »

Agadez rêve tout simplement de redevenir ce qu’elle signifie en tamashek : « Le lieu de rencontre et d’accueil ».