RD Congo : l’Église catholique court après ses ouailles

Prière dans une église de Kinshasa pendant la campagne électorale. © Gwenn DUBOURTHOUMIEU/JA

Face à la désaffection de leurs ouailles, les paroisses catholiques de RD Congo tentent de stopper l’hémorragie en s'inspirant des rites pratiqués dans les « Églises de réveil ».

Une salle de prière devant la parcelle, une autre derrière. Leur point commun : leur niveau sonore. Tel est le quotidien de la plupart des Congolais qui vivent dans des quartiers populaires. En RD Congo, les Églises dites « de réveil » ne laissent plus dormir les riverains. Veillées, chants aux rythmes endiablés à la gloire de l’Éternel, campagnes d’évangélisation ou de guérison miracle, elles rivalisent de stratégie pour attirer de nouveaux fidèles. Dans leur viseur, les catholiques, qui sont toujours plus nombreux à déserter les paroisses pour rejoindre les cultes d’obédience évangélique ou pentecôtiste.

« Les gens partent parce qu’ils ne connaissent pas la doctrine catholique », estime un prêtre kinois, membre du Centre d’études pour l’action sociale (Cepas), une structure des Pères jésuites en Afrique centrale. Selon lui, l’Église catholique congolaise a sorti l’artillerie lourde pour contre-attaquer et tenter de garder ses ouailles. « La démarche consiste en une catéchèse approfondie et une pastorale plus dynamique avec des séances d’adoration plus animées et des enseignements inspirés du courant charismatique », détaille le religieux.

Traduction : le déroulé des messes essaie de se calquer sur celui des cultes des « Églises de réveil ». Une façon de leur apporter « un peu plus d’enthousiasme », car les fidèles catholiques qui répondent aux sirènes des évangéliques jugent très souvent « trop mou » le rite traditionnel des célébrations eucharistiques.

Equilibrisme

L’influence de l’Église catholique demeure cependant inégalée dans le pays. Elle se ressent même sur le terrain politique. Ce n’est donc pas un hasard si c’est la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) qui a prêté ses bons offices lors des derniers pourparlers entre le camp du président Joseph Kabila et le Rassemblement de l’opposition. Un accord a été trouvé le 31 décembre, mais son application peine à être effective, et les évêques ont fini par jeter l’éponge.

Très vite cependant, les autres confessions religieuses sont sorties du bois pour faire bloc derrière le protestant Joseph Kabila, dont le second mandat est arrivé à terme le 19 décembre. À leur tête, Mgr Pierre Marini Bodho, chef pentecôtiste de l’Église du Christ au Congo et ancien président du Sénat pendant la période de la transition (2003-2007). « C’est un pasteur éminemment politique, qui ne cache pas son soutien à Kabila », le décrit un élu.

Il n’y a pas eu, jusqu’ici, d’implosion entre le régime et les dirigeants catholiques.

Aux antipodes du cardinal Laurent Monsengwo, qui, lui, multiplie les homélies antirégime. Au milieu de cette guerre des religions au cœur du pouvoir, la première dame, Olive Lembe Kabila, joue les sapeurs-pompiers. Catholique convaincue, elle préside actuellement à la construction d’une imposante cathédrale à Goma, dans l’est de la RD Congo. « Un don à la paroisse de son enfance où elle a été choriste », souffle-t-on dans son entourage.

Les largesses de l’épouse du président envers l’Église catholique peuvent aussi être interprétées sous un prisme politique. « C’est grâce à elle qu’il n’y a pas eu, jusqu’ici, d’implosion entre le régime et les dirigeants catholiques », souligne le pasteur Théodore Mugalu, chef de la Maison civile du chef de l’État. Combien de temps cette volonté d’équilibrisme de la première dame tiendra-t-elle ? En attendant, catholiques et protestants – évangéliques ou pentecôtistes – continuent leur guerre d’influence, aussi bien dans la sphère politique que religieuse.

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