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"Cet article est issu du dossier" «Niger : sur tous les fronts»

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Niger : le Gaweye, à la recherche du temps passé

Après sa restauration, le taux d’occupation est passé de 28 % à 69 %. © TAGAZA DJIBO pour JA

De grands présidents y ont séjourné, et le Paris-Dakar s’y est arrêté. Pour que ses quatre étoiles brillent de nouveau, l’établissement a été rénové à grands frais. En attendant sa privatisation ?

Il fut un temps où la bourgeoisie locale se bousculait le week-end pour tremper un pied dans la piscine de l’hôtel Gaweye. C’était l’époque pas si lointaine des orchestres au bord de l’eau, avec vue imprenable sur le fleuve.

Dans les années 1970, la découverte de nouvelles mines d’uranium dans le pays avait apporté des perspectives de prospérité. Construit en 1979, inauguré deux ans plus tard, juste en face du Musée national, le très luxueux hôtel Sofitel d’alors, conçu par un architecte français dans un style vaguement néo-soudanais, aux tons ocre sahéliens, offrait enfin à Niamey un palace digne de ce nom.

Tous les grands présidents d’alors, d’Houphouët-Boigny à Abdou Diouf, y ont séjourné, les équipes du Paris-Dakar s’y arrêtaient.

Jusqu’à la construction récente des nouveaux hôtels de luxe, le Gaweye a longtemps été le plus grand et le plus prestigieux hôtel du Niger

La légende raconte même qu’en 1986 le chanteur Daniel Balavoine y passa sa dernière nuit, avant de disparaître dans le crash de son hélicoptère le lendemain, dans le Ténéré, avec Thierry Sabine, l’organisateur de la course.

Jusqu’à la construction récente des nouveaux hôtels de luxe, bientôt inaugurés pour accueillir dignement le prochain sommet de l’Union africaine, le Gaweye, avec ses 200 chambres et ses 36 suites, a longtemps été le plus grand et le plus prestigieux hôtel du Niger.

Aujourd’hui, vu de l’échangeur qui lui fait face, il ressemble davantage à une baleine échouée sur une plage. Le soir, les quatre étoiles ne clignotent plus car, depuis la crise sécuritaire dans le Nord-Mali, le Niger n’est plus la destination touristique prometteuse qu’elle était à l’époque des méharées vantées dans les dépliants touristiques.

Sanady Baba Ahmed a été nommé directeur général du Gaweye en 2010 pour relancer l’institution. Dans son bureau s’entasse une collection de prix et trophées sportifs, témoins d’un temps où l’hôtel parrainait des courses cyclistes et était le sponsor officiel de l’Olympic Football Club de Niamey. En 2003, l’établissement a été rénové pour plus de 2 milliards de F CFA (3 millions d’euros), mais les travaux, mal exécutés, ont plombé la trésorerie de l’hôtel.

À l’arrêt

Après avoir rééquilibré les comptes, le tonique et méthodique DG a alors lancé des travaux de réaménagement. Un nouveau groupe électrogène a été installé pour pallier les coupures d’électricité lors des délestages.

L’éclairage et la climatisation ont été entièrement refaits, les chambres et les salles de restaurant ont été rénovées, et la sécurité a été renforcée. Enfin, de nouveaux minibus font désormais la navette avec l’aéroport.

« Pour vous donner une idée, lorsque je suis arrivé, les ascenseurs étaient à l’arrêt. J’ai dû tout reprendre de A à Z. Résultat, nous sommes passés de 28 % de taux d’occupation en 2010 à 69 % en quelques années », s’enorgueillit le pimpant directeur général.

« Nous avons fait cinq bonnes saisons, de 2011 à 2016, avec 2 à 3 milliards de F CFA de chiffre d’affaires annuel. L’année dernière a été plus difficile. Il y a eu des attaques un peu partout dans les hôtels de la sous-région. Les gens ont annulé au dernier moment. Il y a aussi moins d’investisseurs, moins de recherche minière… »

Le projet de privatisation de l’établissement est plus que jamais d’actualité

L’immense hall, avec son plafond en bois, ses fauteuils en cuir et ses tables basses, donne ainsi un sentiment de vide. Quelques délégués de différents ministères y déambulent encore, le regard méfiant. Et dans le couloir qui mène au bar les artisans s’endorment sur leur croix d’Agadez en attendant le client.

L’Etat propriétaire, un gestionnaire privé

Le projet de privatisation de l’établissement est plus que jamais d’actualité.

Le bâtiment devrait rester propriété de l’État, avec une nouvelle concession privée pour la gestion et l’exploitation de l’hôtel. C’est le cabinet Mazars Sénégal qui va auditer l’ensemble des compartiments de l’établissement.

Les pouvoirs publics cherchent un repreneur stratégique qui financera les 13 ­milliards de F CFA nécessaires et assumera le plan social qui concerne 206 employés, estimé à 3,1 milliards de F CFA. La Banque ouest-africaine de développement (BOAD) s’est engagée à apporter les financements liés aux salaires et aux primes de départ des salariés et à la partie études et audit interne.

Le groupe Azalai Hôtel fait partie des noms qui reviennent régulièrement pour assurer l’exploitation de l’établissement. Une chose est certaine, le Gaweye est bien décidé à retrouver son prestige d’antan.