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Niger : avec le FRDDR, l’opposition joue la carte de l’union

Manifestation contre le programme présidentiel, le 4 mars, à Niamey. © BOUREIMA HAMA/AFP

Créé en août 2016 après le ralliement du MNSD-Nassara à la majorité présidentielle, le FRDDR, qui rassemble une dizaine de formations, surfe sur la vague du mécontentement populaire.

« Ils nous ont fait déguerpir pour construire de beaux hôtels qui profitent aux investissements de leurs amis. » En quelques mots, Adamou, qui tenait un petit kiosque de téléphonie mobile au grand marché, a résumé le sentiment de colère de certains habitants de Niamey.

La violence avec laquelle les autorités ont remis de l’ordre dans le centre de la capitale nigérienne, dans le cadre du programme de rénovation « Niamey la coquette », a été vécue comme une injustice. Il ne restait plus à l’opposition qu’à tendre la main pour en récolter les fruits.

De nombreuses revendications

Entre février et mars, plusieurs manifestations organisées par les principaux partis qui la représentent et par des membres de la société civile ont rassemblé des milliers de personnes pour dénoncer pêle-mêle la mauvaise gouvernance, les difficultés du secteur éducatif et la présence des bases militaires étrangères.

Un premier test réussi à l’heure de mobiliser les troupes et de compter les partisans. « Les gens en ont globalement marre », confie le député Soumana Sanda, vice-président du Moden Fa Lumana Africa, du populaire ex-candidat à la présidentielle Hama Amadou.

Avec Issoufou, il n’y a que des investissements de prestige, qui ne profitent pas à la population mais à de petits intérêts privés

« Que ce soit les commerçants, les professeurs, les étudiants, tout le monde est en difficulté. Avec Issoufou, il n’y a que des investissements de prestige, qui ne profitent pas à la population mais à de petits intérêts privés. Alors qu’il continue, car l’opposition avance unie, et nous ferons front ensemble en 2021. »

Unie ? Pas tant que ça depuis que le Mouvement national pour la société du développement (MNSD-Nassara), de Seini Oumarou, a rejoint la majorité présidentielle. À l’époque, cela avait été vécu comme un coup de maître de la part du président Issoufou dans sa stratégie de division du camp adverse.

Une opposition qui s’organise

Mais, dans la foulée, la création à la fin d’août 2016 du Front pour la restauration de la démocratie et la défense de la République (FRDDR) – la nouvelle coalition qui regroupe une dizaine de formations, dont le Moden Fa Lumana et le Mouvement nigérien pour le renouveau démocratique (MNRD Hankuri) – a permis de clarifier le jeu politique au Niger « pour repartir sur de nouvelles bases et de bonnes bases », selon les propres paroles du leader du parti UDFP-Sawaba, Mounkaila Sanda.

Les voix de certains leaders de l’opposition, et non des moindres, tardent à se faire entendre.

Lentement, l’opposition s’organise, de réunions plus ou moins secrètes en marches de contestation plus ou moins suivies, quand elles ne sont pas purement et simplement interdites. « C’est une véritable vague », renchérit Soumana Sanda. « Une bonne partie des acteurs de la société civile adhère à nos préoccupations. Mieux, avec la violation répétée des lois de la République, des petits partis non affiliés ont décidé de mener la lutte avec nous. »

Pourtant, les voix de certains leaders de l’opposition, et non des moindres, tardent à se faire entendre. Si Hama Amadou, pris dans des démêlés judiciaires, reste très discret depuis son exil parisien, plus étonnante est l’attitude de l’ancien président Mahamane Ousmane (1993-1996), qui semble se terrer dans le silence des murs de sa grande villa « forteresse ».

À 67 ans, celui que beaucoup considèrent comme le seul opposant de taille capable, après Hama Amadou, de s’imposer en 2021, refuse les interviews. Une attitude trop prudente, qui contraste avec la personnalité charismatique du quadra Moussa Tchangary.

À force de présence dans les manifestations, de discours sur les ondes de sa radio, Alternative FM, l’homme donne l’impression de se construire lentement une étoffe de leader révolutionnaire à la Thomas Sankara, qui trouve un certain écho, notamment dans le cœur d’une jeunesse de plus en plus dubitative face à une classe politique vieillissante.

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