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Côte d’Ivoire : religion, Hezbollah, politique… les trois tabous

Des drapeaux libanais et ivoiriens à Abidjan © Libanais en Côte d'Ivoire/Facebook

Au sein de la communauté libanaise de Côte d'Ivoire, certains sujets restes tabous. Parmi eux, la religion, le Hezbollah et la politique forment un triptyque particulièrement sensible.

Il y a dans la communauté des choses bien plus taboues que l’argent. À commencer par la religion. Si 80 % des Libanais de Côte d’Ivoire sont des musulmans chiites, tous ne fréquentent pas assidûment la grande mosquée du centre culturel Al Zahara de Marcory, géré par l’association Al Ghadir.

Notamment les familles installées de longue date sur le continent. Et peu acceptent de parler de leur pratique religieuse. « Avec l’attentat perpétré à Grand-Bassam, on craint de voir l’islamophobie se développer », explique l’une de nos sources.

Hezbollah

Surtout, personne ne veut être accusé de soutenir le Hezbollah, mouvement islamiste fondé en 1982 au Liban pour s’opposer à l’occupation israélienne et placé sur la liste des organisations terroristes par les États-Unis, l’Union européenne et la Ligue arabe.

La majorité des Libanais perçoivent le Hezbollah comme un groupe de résistance légitime face à Israël

Dans son rapport sur le radicalisme religieux en Côte d’Ivoire réalisé en 2015, William Assanvo, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS), estime cependant qu’une assistance financière de la communauté de Côte d’Ivoire à cette organisation est plus que plausible.

Il affirme d’ailleurs que la majorité des Libanais perçoivent le Hezbollah comme un groupe de résistance légitime face à Israël.Du côté des autorités ivoiriennes, il n’y a d’ailleurs pas de doute. En août 2009, elles avaient expulsé I’imam de la mosquée de Marcory, Abdul Menhem Kobeïssi, né en Côte d’Ivoire, parce qu’elles le soupçonnaient de financer le Hezbollah et de mobiliser des jeunes pour aller se battre contre Israël.

Politique

La politique ivoirienne est un autre terrain d’affrontement sur lequel les Libanais manœuvrent avec la plus grande prudence. Si la communauté est représentée au sein du Conseil économique et social par Joseph Khoury – un siège étant réservé au président de la Chambre de commerce et d’industrie libanaise de Côte d’Ivoire (CCILCI) – et Karim Fakhry, elle ne compte qu’un élu, Mohamed Lakiss, conseiller municipal de Marcory.

Pas un Libanais ne figure parmi les principales personnalités politiques issues des trois grands partis, le Front populaire ivoirien (FPI), le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et le Rassemblement des républicains (RDR). « Les Libanais doivent, comme ils ont toujours su le faire, conserver leur devoir de réserve vis-à-vis de leurs hôtes et éviter de les indisposer en s’immisçant dans les débats politiques.

Il faut laisser le temps au temps », estimait en 2013 l’industriel Roger Abinader, dont la famille est arrivée dans les années 1950 du Sénégal. Cela ne signifie pas bien sûr que certains hommes d’affaires ne financent pas en toute discrétion les campagnes électorales, comme d’autres Ivoiriens…

 

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