Le jour où Alpha Condé a débarqué sur un quai de Marseille

Alpha Condé en janvier 2016 à Davos. © Youri Lenquette

En ce milieu de l’année 1953, Alpha Condé a 15 ans. Après avoir suivi sa scolarité jusqu’en classe de troisième au séminaire de Conakry – lequel accueillait aussi bien les futurs prêtres que les enfants de bonne famille –, le natif de Boké, sa valise à la main, embarque à bord d’un cargo, destination la France.

Son père a décidé de l’envoyer poursuivre ses études dans ce qui est encore la métropole coloniale. N’sira, la sœur aînée du jeune Alpha, réside depuis quelque temps à Carcassonne, où elle exerce le métier de sage-femme. C’est elle qui l’accueillera à Marseille, après un long périple au cours duquel le bateau a fait escale à Dakar et à Casablanca. Et c’est sous sa houlette sourcilleuse qu’il découvre un autre monde.

Pierre Mendès France comme mentor

Scolarisé à Toulouse, Alpha Condé tombe dès l’âge de 16 ans dans une marmite qu’il n’a plus quitté depuis : la politique. Toulouse est, après Paris, l’antenne la plus importante de la Feanf, la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France, alors proche du parti communiste. Le soir, l’élève de seconde assiste aux réunions, aux côtés d’étudiants originaires de tous les pays de l’Union française. C’est à Paris, qui l’attire comme un aimant, qu’Alpha veut aller passer son bac.

Mais N’sira veille : elle le trouve trop jeune pour la Ville Lumière et, sur les conseils de leur père qui milite en Guinée auprès d’une personnalité proche de Pierre Mendès France, l’inscrit à l’internat du lycée de Louviers, en Normandie, ville dont le président du Conseil est le député-maire. Mendès France sera d’ailleurs jusqu’en 1958 le « référent » d’Alpha, c’est‑à-dire l’adulte censé le suivre pendant ses études. Comme mentor, difficile de faire mieux…

 

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