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Aéroports : l’Afrique prend de l’altitude

Aéroport International Blaise Diagne © DR

Portés par la croissance du trafic, les grands aéroports s’agrandissent. Quand les pays ne choisissent pas d’en construire de nouveaux. Objectif : devenir le hub de sa région.

C’est une affiche désormais connue d’année en année. Avec près de 21 millions de passagers, l’aéroport Oliver-Reginald-Tambo de Johannesburg figure toujours premier sur le podium des aéroports africains ayant connu le plus important trafic en 2016 (+ 3,62 % par rapport à 2015). Il est suivi, avec 16,4 millions de passagers, par l’aéroport international du Caire (+ 4 %) et par celui du Cap, qui a accueilli 10 millions de passagers (+ 7,26 %), d’après les données communiquées par le Conseil international des aéroports Afrique (ACI Afrique). Mais derrière ce trio, le classement des aéroports du continent évolue en permanence au rythme des ouvertures de lignes, des rénovations et des agrandissements. D’après ACI Afrique, le continent devrait accueillir, d’ici à vingt ans, 300 millions de passagers chaque année contre 111 millions en 2015.

Si le trafic aérien est fortement dépendant du dynamisme économique d’une destination, il peut pâtir aussi de crises comme celle du virus Ebola ou subir les effets du terrorisme sur le tourisme

Placé derrière l’aéroport international Bole d’Addis-Abeba (8,7 millions, + 12,78 %), hub d’Ethiopian Airlines, l’aéroport Mohammed-V de Casablanca, hub de Royal Air Maroc (RAM), se classe cinquième. Reliant plus de 90 destinations africaines et européennes, il a connu une hausse de sa fréquentation de 5,33 % pour atteindre 8,6 millions de passagers. Un trafic dopé en partie par le lancement en 2016 par RAM de nouvelles lignes vers Nairobi, Washington et Rio de Janeiro – desservies par des nouveaux Boeing 787 Dreamliner – et par le trafic à destination ou en provenance d’Afrique de l’Ouest. Ainsi 75 % des passagers de RAM transitant par la plateforme aéroportuaire ont une autre destination finale que Casablanca. Après un agrandissement du terminal 1 réalisé pour doubler sa capacité en la portant à 14 millions de passagers, des travaux d’extension devraient être aussi menés dans le terminal 2.

Avec 7,5 millions de passagers, l’aéroport Houari-Boumédiène d’Alger voit lui sa fréquentation grimper de 10 %, notamment grâce à une augmentation du nombre de visas délivrés côté français. Son trafic devrait en outre continuer à croître avec la mise en service prochaine d’un nouveau terminal apte à accueillir des gros-porteurs comme l’Airbus A380, et le lancement par Air Algérie de nouvelles lignes vers le Cameroun, le Gabon et New York. Son objectif est d’étendre la capacité d’accueil à 10 millions de passagers.

Effets de crises

Si le trafic aérien est fortement dépendant du dynamisme économique d’une destination, il peut pâtir aussi de crises comme celle du virus Ebola ou subir les effets du terrorisme sur le tourisme. À l’instar de l’aéroport Tunis-Carthage, qui a reçu 4,9 millions de passagers contre 5,6 millions un an auparavant. En cause notamment, la chute de fréquentation des sites touristiques à la suite de l’attentat commis à Sousse en 2015. En Tunisie, qui n’a pas signé d’accord open sky avec l’Union européenne, le nombre de passagers est aussi très dépendant de la santé de Tunisair.

La compagnie annonçait en février vouloir doubler sa présence en Afrique subsaharienne « afin de répondre aux besoins des étudiants et des patients africains souhaitant se rendre en Tunisie ». Pour résoudre la prochaine saturation de l’aéroport, les autorités étudient deux possibilités : l’extension du site actuel ou la construction d’un deuxième hub à Bouhnach, à 14 km de la capitale, dont la piste sera adaptée à l’atterrissage des gros-porteurs.

Saturation

Alors que l’aéroport international Blaise-Diagne (AIBD) de Dakar, cinq fois plus grand et qui pourra accueillir 3 millions de passagers, est toujours en construction, l’aéroport Léopold-Sédar-Senghor frôle la saturation. Il a accueilli près de 2 millions de passagers (1,99 million), soit une hausse de 6,84 % de sa fréquentation en un an, malgré l’arrêt des vols de la compagnie nationale Sénégal Airlines en avril 2016.

Son directeur général, Pape Maël Diop, a attribué ce résultat à l’augmentation des vols de Royal Air Maroc entre Dakar et Casablanca. La compagnie assure depuis décembre 2015 un troisième vol quotidien et s’adjuge désormais une part de marché de 23 % du trafic de l’aéroport. Ce bond s’explique aussi par l’augmentation des capacités et des fréquences des compagnies Corsair et Air France.

L’offre a considérablement augmenté avec le retour de la compagnie française Corsair à la mi-2016. Il y a désormais 25 fréquences sur l’Europe depuis Abidjan

Mais la palme de la plus belle progression en Afrique francophone revient à Abidjan. Son trafic passagers a bondi de près de 20 %, dépassant 1,8 million de voyageurs. L’aéroport Félix-Houphouët-Boigny poursuit ainsi la croissance engagée depuis 2012 quand le trafic s’établissait aux alentours de 960 000 passagers, surfant sur le dynamisme économique retrouvé par la Côte d’Ivoire.

L’essor ivoirien

Interrogé en janvier dernier par Jeune Afrique, Gilles Darriau, directeur général d’Aéria, gestionnaire de l’aéroport, expliquait les raisons de ce succès par « une offre qui a considérablement augmenté avec, entre autres, le retour de la compagnie française Corsair [qui avait suspendu sa liaison en octobre 2015] à la mi-2016. Il y a désormais 25 fréquences sur l’Europe [18 sur la France, 7 sur la Belgique] ». Air France, partenaire d’Air Côte d’Ivoire, est également passée, en mars 2016 à deux vols par jour vers Paris assurés par un Airbus A380 d’une capacité de plus de 500 passagers.

Une telle offre incite beaucoup de voyageurs d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale à passer par Abidjan, ainsi que beaucoup d’Européens souhaitant se rendre dans d’autres pays d’Afrique

Pour Abidjan, comme pour Dakar, Casablanca, Accra ou Lomé – dont le nouvel aéroport a ouvert en 2016 –, l’enjeu est de capter des voyageurs en transit vers d’autres villes de la sous-région. « Une telle offre incite beaucoup de voyageurs d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale à passer par Abidjan, ainsi que beaucoup d’Européens souhaitant se rendre dans d’autres pays d’Afrique », estime Gilles Darriau.

Pour y parvenir, l’aéroport Houphouët-Boigny peut s’appuyer sur Air Côte d’Ivoire, qui a transporté 700 000 passagers l’an dernier, et étoffe son réseau. Sur la lancée de 2016, le directeur général espère bien dépasser la barre des 2 millions de voyageurs cette année et atteindre les 2,4 millions en 2020. Pour cela, un plan de modernisation de 42 milliards de F CFA (64,02 millions d’euros) a été engagé il y a deux ans et court jusqu’en 2019.

Il prévoit le triplement des surfaces des aérogares, l’amélioration des systèmes de tri des bagages, l’augmentation du nombre de places de parking pour les avions, ou encore la construction d’une deuxième piste parallèle à la voie principale d’atterrissage et de décollage. Par ailleurs, l’aéroport cherche toujours une compagnie qui pourrait ouvrir une ligne vers les États-Unis.