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Le jour où Béji Caïd Essebsi a rencontré Bourguiba pour la première fois

Habib Bourguiba et Beji Caïd Essebsi. © Habib Osman/CC/wikipédia

Étudiant en droit à la faculté de la Sorbonne, Béji Caïd Essebsi (BCE) s’est lié d’amitié avec Habib Bourguiba junior, alias Bibi.

Sans que cela lui donne particulièrement envie de rencontrer son père, car il jugeait assez sévèrement les leaders nationalistes tunisiens qu’il avait pu côtoyer jusque-là. Son camarade avait beau lui assurer que son père était différent, « je ne le croyais guère », raconte BCE dans ses Mémoires (Bourguiba : le bon grain et l’ivraie, Sud Éditions, 2009).

Ce jour de décembre 1951, Bibi vient le chercher à la descente d’un train et l’emmène directement à l’hôtel Lutetia, à Paris : « Bourguiba veut te voir ! » Les deux étudiants font irruption dans la suite du palace et découvrent le zaïm tunisien en pleine interview avec un journaliste du Monde. Il parle avec fougue, dans des volutes de fumée. Personne n’ose l’interrompre tant l’argumentation est lumineuse.

 Tu n’as pas tort, ton père n’est certainement pas comme les autres

Une fois le journaliste parti, Bourguiba se retire dans sa chambre où les deux étudiants le rejoignent après quelques minutes. Le leader, qu’ils trouvent en caleçon, les salue avec simplicité. Un détail inouï frappe le jeune BCE : « Le tricot de corps de Bourguiba, jeté sur une chaise, était troué et reprisé par endroits au fil rouge. D’un coup, je compris que je n’avais pas devant moi un homme d’argent. Il reprisait ses affaires lui-même, sans se donner la peine de le dissimuler. Il avait sa propre échelle de l’importance des choses. »

Il se tourne alors discrètement vers son ami Bibi et lui glisse : « Tu n’as pas tort, ton père n’est certainement pas comme les autres. » Cette rencontre, conclut-il, a changé le cours de sa vie. BCE servira Bourguiba pendant plus de trente ans, comme collaborateur et ministre (Intérieur, Défense, Affaires étrangères), avant de perpétuer son héritage en accédant à son tour à la présidence de la Tunisie, en décembre 2014.