Égypte : Abdel Fattah al-Sissi met les ONG au pas

Pour les chancelleries occidentales, il reste un allié dans la lutte contre le terrorisme. © Mulugeta Ayene/AP/SIPA

Avec le président égyptien, les lois se suivent et se ressemblent. La dernière en date vise à restreindre les activités des ONG.

C’est le troisième acte d’un processus de verrouillage des libertés publiques. Après avoir fait adopter une loi encadrant le droit de manifester en 2013, une autre sur l’organisation de la presse en décembre 2016, le chef de l’État égyptien restreint l’activité des ONG. Dans les trois cas, un même objectif : réduire au minimum vital la marge de manœuvre de la société civile.

Promulguée le 24 mai, cette nouvelle loi établit une autorité nationale de régulation pour les ONG composée de représentants de la Défense, de l’Intérieur et des services de renseignements. Elle est assortie d’une batterie de mesures restrictives, comme l’obligation de s’acquitter de quelque 300 000 livres (environ 15 000 euros) pour s’installer sur le territoire égyptien, l’interdiction de publier des sondages ou des études sans le feu vert des autorités…

Les autorités assument désormais leur volonté de mise sous tutelle

Du côté des ONG internationales, on s’alarme. « Les autorités assument désormais leur volonté de mise sous tutelle », s’inquiète Ahmed Benchemsi, directeur de la communication chez Human Rights Watch pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (Mena), qui rappelle que de nombreux responsables associatifs ont déjà interdiction de voyager, et que les fonds de certaines ONG sont gelés.

C’est de Stavros Lambrinidis, représentant spécial de l’Union européenne pour les droits de l’homme, qu’est venue la charge la plus virulente : « Les ONG sont exposées à l’intimidation et à la fermeture. Une honte », écrit-il sur Twitter. Bruxelles a été plus mesuré. « Les chancelleries occidentales continuent de percevoir le régime égyptien comme un partenaire commercial et un allié dans la lutte contre le terrorisme », commente Benchemsi.

Un jeu risqué

En Égypte, on compte environ 45 000 associations. Toutes ne sont pas actives dans les questions liées aux droits de l’homme, tant s’en faut. « C’est à un jeu risqué que se prête Sissi », lâche un analyste sous le couvert de l’anonymat. « Il semble bien que les autorités soient prêtes à déliter le tissu social au risque d’augmenter le mécontentement populaire. Déjà, le pouvoir s’est mis les syndicats à dos. S’il complique trop la tâche des ONG caritatives, il peut perdre en popularité. »

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