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Documentaire : « Inkotanyi » retrace l’épopée du Front patriotique rwandais

"Inkotanyi" plonge le spectateur au coeur d’un mouvement discipliné et insaisissable. © FPR

Trente ans après la création du Front patriotique rwandais (FPR), le réalisateur français Christophe Cotteret revient, avec son film « Inkotanyi », sur l'histoire de l’ex-rébellion rwandaise, devenue parti-État.

«Le Rwanda n’est pas un champ donné aux autres pour qu’ils le cultivent. Nous n’avons pas besoin qu’on nous montre le chemin vers notre dignité. » En vingt et un ans, l’homme qui se tient à la tribune a peu changé. Silhouette longiligne et visage anguleux, verbe acéré, Paul Kagame a seulement échangé son treillis de maquisard contre un costume sur mesure, plus seyant pour un chef d’État. Le 4 juillet 2015, dans le nord du Rwanda, la caméra de Christophe Cotteret capte la cérémonie organisée par le Front patriotique rwandais (FPR) à l’occasion de la fête nationale, qui célèbre ce jour de juillet 1994 où la rébellion alors commandée par l’actuel président s’emparait de Kigali, mettant un terme au génocide.

Parmi les représentants du gratin politique et militaire qui s’y donnent l’accolade, on reconnaît quelques-uns des vétérans ayant écrit l’histoire – glorieuse et controversée – de ce mouvement politico-militaire qui a conservé son surnom des années de « lutte » : FPR-Inkotanyi (« ceux qui luttent sans relâche »).

Rwanda-FPR-Kagame. Le film de Christophe Cotteret s’ouvre sur ce triptyque avant d’évoquer la genèse d’un mouvement insaisissable qui fascine autant qu’il irrite. Rien ne prédestinait ce réalisateur français résidant à Tunis, déjà auteur de deux films sur la « révolution de jasmin », à devenir le mémorialiste de cette rébellion née en Ouganda en décembre 1987.

Deux ans pour interviewer Kagame

« Une amie m’avait suggéré de venir assister à la 20e commémoration du génocide, en avril 2014. M’intéressant aux périodes de transition, j’ai cherché à en savoir plus sur les Inkotanyi. Et je me suis rendu compte qu’aucun livre ni aucun film sur ce mouvement n’existait », résume-t-il.

Christophe Cotteret se rapproche alors de la présidence de la République. Il récolte un feu orange, ce qui, au Rwanda, vaut approbation : « On m’a dit : “OK, on ne t’empêchera pas de le faire.” » Tout au plus devra-t-il patienter : ce n’est qu’au bout de deux ans qu’il pourra interviewer Paul Kagame – par ailleurs président du Front patriotique.

Christophe Cotteret a donné la parole aux principaux cadres politiques du mouvement et aux officiers emblématiques de l’ex-guérilla

Pour donner à voir cette saga, Christophe Cotteret a pu exploiter diverses archives inédites mises à sa disposition par le FPR. Pour la raconter, il a donné la parole aux principaux cadres politiques du mouvement – Tito Rutaremara, Denis Polisi, Patrick Mazimhaka – et aux officiers emblématiques de l’ex-guérilla : Paul Kagame et son actuel ministre de la Défense, James Kabarebe.

Discipline et culture politique

Avec d’autres témoins, célèbres ou anonymes, ces personnalités retracent l’épopée d’une génération de Rwandais tutsis contraints à l’exil alors qu’ils étaient encore enfants et qui ont choisi de prendre les armes. Avant de faire du pays des Mille Collines – paysage d’apocalypse au lendemain du génocide – l’un des laboratoires les plus prometteurs du continent.

« Ce qui m’a frappé, c’est l’incroyable niveau de discipline qui règne au sein de ce mouvement, où rien n’est laissé au hasard, témoigne Christophe Cotteret. C’est aussi la richesse de sa culture politique, qui puise aussi bien aux sources du marxisme, du libéralisme que du panafricanisme, proposant une synthèse avant tout pragmatique. »

C’est avant tout la réflexion politique du FPR qui m’intéressait

Si l’on peut regretter que le réalisateur n’explore qu’en surface la façon dont le FPR, devenu parti-État depuis 1994, a jeté les bases du « miracle » rwandais des années 2010, Christophe Cotteret assume son parti pris. « C’est avant tout la réflexion politique du FPR qui m’intéressait : de quelle manière agir dans des circonstances exceptionnelles ? »

Confrontés au crime des crimes, ayant hérité d’un pays en miettes, les « lutteurs infatigables » ont suivi pour cela les préceptes de celui qui, au fond, n’a jamais cessé d’être leur commandant en chef.

« Le panafricanisme devrait se construire en rejetant ce sentiment qui existe un peu partout dans le monde, conclut Paul Kagame dans Inkotanyi : l’idée que quelques-uns sont supérieurs aux autres et que l’Afrique devrait figurer indéfiniment tout en bas de ce classement. »

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