Littérature : rencontres avec des mineurs isolés étrangers dans « De rêves et de papiers »

Par Jeune Afrique - Nelly Fualdes

La couverture du livre de Rozenn Le Berre. © DR

Travailleuse sociale en France, Rozenn Le Berre publie une sorte de journal de bord avec « De rêves et de papiers ». On y croise les mineurs isolés étrangers qui se succèdent dans son bureau. Parmi eux plusieurs enfants venus du continent.

Il y a Jules, fils de pasteurs camerounais ; Augusto, à qui son passeur a fait miroiter une carrière de footballeur ; ou encore Azizullah, le jeune Afghan qui n’a jamais appris à écrire… Ils sont en France et espèrent être reconnus « mineurs isolés étrangers », un statut qui leur permettra d’être protégés, hébergés en foyer, scolarisés. Car pour les autres, ceux que les autorités considéreront comme des adultes, ce sera le retour à la rue et la crainte quotidienne d’un contrôle et d’une expulsion.

Dans son petit bureau de travailleuse sociale, Rozenn Le Berre les reçoit et les écoute. Elle est chargée de recueillir leur récit, de le commenter, d’en soulever, parfois, les incohérences, avant de transmettre le tout au Conseil départemental, l’instance décisionnelle qui leur attribuera – ou non – le fameux Graal.

Les paradoxes de la politique française d’immigration

Avec De rêves et de papiers, Rozenn Le Berre invite ses lecteurs à partager son quotidien. Les coups frappés à la porte de son bureau, tantôt répétés et forts : des policiers, encadrant un adolescent ; tantôt très discrets, à peine perceptibles : des jeunes, qui viennent pour un premier contact ou pour le rendez-vous de deux heures qui scellera leur destin.

Et, entre ces scènes, les cafés qui s’enchaînent, les questionnements intérieurs et la vie quotidienne avec les plus chanceux de ces adolescents, ceux qui sont arrivés au moment où, dans la structure associative qui emploie Rozenn le Berre, une chambre était libre.

En parallèle de ce journal de bord, la jeune auteure relate le périple de Souley, un personnage imaginaire, de son Mali natal à la capitale française, à travers l’Algérie, la Libye et la mer, fiction inspirée des nombreux récits entendus dans son bureau. Un premier livre plein d’empathie, qui soulève les paradoxes de la politique française d’immigration.