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Thouraya Triki (BAD) : « La Tunisie doit revoir son modèle de développement »

Conférence Internationale sur l'Investissement "Tunisia 2020" du 29 au 30 novembre 2016. Devant le Palais de congrès de Tunis. © Nicolas Fauqué pour JA

Économiste pays en chef au département Afrique du Nord de la BAD, Thouraya Triki répond aux questions de Jeune Afrique.

Membre fondateur de la Banque africaine de développement (BAD), la Tunisie est l’un de ses principaux bénéficiaires, avec 2,9 milliards de dollars [2,6 milliards d’euros] de prêts (dont 139 millions de dollars au secteur privé) et 50 millions de dollars de dons depuis 2011. Et c’est à Tunis que l’institution vient d’installer l’un de ses bureaux régionaux.

Jeune Afrique : Quelles sont les priorités de la BAD en Tunisie ?

Thouraya Triki : Depuis la révolution, notre priorité est d’agir aux côtés du gouvernement tunisien pour réduire les disparités régionales, lutter contre le chômage et créer un environnement des affaires favorable à l’investissement, avec une croissance plus forte et plus inclusive. Et ce via des appuis aux réformes et aux investissements publics, notamment dans les secteurs de l’eau et de l’assainissement, de l’énergie, des infrastructures routières et de l’agriculture.

Par exemple, en 2017, environ 610 millions de dollars devraient être alloués à ces deux derniers secteurs ainsi qu’aux technologies de l’information et de la communication. Le développement des énergies renouvelables est aussi une priorité. Nous approuverons par ailleurs cette année le nouveau document de stratégie 2017-2021 du pays, avec pour piliers le renforcement de l’industrie et l’amélioration de la qualité de vie dans les gouvernorats prioritaires. Nous encourageons aussi le renforcement de la coopération Sud-Sud, notamment par le biais d’une étude stratégique sur les opportunités d’échanges entre la Tunisie et l’Afrique subsaharienne.

Qu’est-ce qui entrave aujourd’hui le développement économique du pays ?

Face aux défis, force est de constater que la Tunisie a su faire preuve de résilience, en particulier grâce à la qualité de ses institutions. L’un des principaux problèmes est le ralentissement de la croissance, qui est insuffisante pour créer les emplois dont le pays a besoin et pour garantir la pérennité de son système de protection sociale.

Cela suppose un réexamen du modèle de développement de la Tunisie et la mise en œuvre rapide d’un ensemble de réformes d’envergure portant, en particulier, sur le secteur financier, les entreprises publiques et le marché du travail. Des étapes importantes ont été franchies ces deux dernières années, il faut capitaliser ces efforts et continuer à avancer.

Depuis 2012, vous soutenez le projet Souk At-Tanmia pour le développement de l’entrepreneuriat en Tunisie, quels en sont les résultats ?

Ce partenariat compte aujourd’hui 161 projets lauréats portés par 36 % de femmes, 66 % de jeunes et 50 % de chômeurs, pour un chiffre d’affaires global de 11,1 millions de dinars [4,1 millions d’euros]. Il a déjà permis de créer 1 137 emplois, et des centaines d’autres devraient l’être dans les deux prochaines années.

Trois éditions ont été financées par les mêmes bailleurs de fonds : le Royaume-Uni, les États-Unis et le Danemark. D’autres partenaires (entités publiques et privées, organisations de la société civile, établissements universitaires) offrent par ailleurs un soutien à la fois financier et technique à des entrepreneurs tunisiens qui contribuent concrètement, par leur dynamisme, au développement de leur pays.

Ensemble, nous nous efforçons aussi de promouvoir la culture entrepreneuriale en Tunisie, où une majorité de jeunes diplômés préfèrent la sécurité de l’emploi dans la fonction publique à la création d’entreprise.

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