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Tunisie : face au pessimisme, la relève se mobilise pour redresser le pays

Par - Correspondant à Tunis

Des jeunes filles devant des exemplaires de journaux à Tunis en 2011. © Christophe Ena/AP/SIPA

La politique, l’économie, la société… Rien ne va ? Pourtant, un réel changement est en cours. De nouvelles têtes émergent, qui avancent avec d’autres références et ont une vision moderne du pays.

Une conjoncture socio-économique peu réjouissante, une instabilité politique récurrente et des divisions identitaires ont laminé la belle euphorie qui s’était emparée des Tunisiens à la chute de l’ancien régime, en 2011. À entendre les uns et les autres, dans le pays, rien ne va. Ce n’est ni tout à fait faux ni tout à fait vrai. Pourtant, derrière une Tunisie qui fait grise mine, il en est une autre qui émerge. Positive et déterminée, elle pose les jalons d’un réel changement, même si elle bute encore contre un système sclérosé par des décennies de mauvaises pratiques.

Patrons, artistes, juristes, intellectuels, associatifs… Dès qu’ils ont les coudées franches, ils passent à l’action. Durant la conférence Tunisia 2020, les promesses d’investissement recueillies par la Tunisie comme signe de confiance ont focalisé toutes les attentions. C’était l’objectif.

Mais bien peu ont relevé que, à la faveur de cette manifestation, une nouvelle classe d’entrepreneurs et de dirigeants était apparue, avait pris la parole et joué un rôle majeur pour convaincre les partenaires. Fini les entreprises familiales gérées sur le mode patriarcal.

Les héritiers ont certes repris le flambeau mais ils ont insufflé, pour être dans la compétitivité, un nouveau mode de gouvernance et ont rajeuni les rangs des cadres sans pour autant nier l’apport des anciens. « Une nouvelle génération est là et elle a contribué à maintenir le secteur privé la tête hors de l’eau », précise Wided Bouchamaoui, présidente de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), la patronne des patrons.

Des obstacles franchissables

En effet, depuis 2011, le pays reste pris dans la tourmente de la crise économique. Mais force est de reconnaître que les entreprises privées, même si elles souffrent, continuent d’être le fer de lance de l’économie. D’autant que le secteur public est à la peine pour équilibrer ses comptes, faute de ressources. Un marché restreint, une fermeture de la Libye et un dinar qui se dévalue n’ont pas empêché les entreprises d’innover, d’aller chercher des contrats et des partenariats à l’extérieur.

La Tunisie mise sur ses classiques, le secteur privé opère une montée de gamme, entre autres dans l’agriculture. Les fruits et légumes, conditionnés pour la plupart, sont expédiés vers l’Europe, mais également vers le Moyen-Orient ; l’huile d’olive, qui rafle les meilleurs prix internationaux, a trouvé ses marques au Japon et aux États-Unis. « Son exportation a sauvé la balance commerciale en 2015 », rappelle d’ailleurs le ministre de l’Agriculture, Samir Taïeb.

Les privés prennent aussi leur bâton de pèlerin. Bassem Loukil, patron du groupe Loukil (fondé par son père), se fait sherpa, à travers le Tunisia-Africa Business Council, qui, depuis 2016, accompagne les entreprises tunisiennes dans leur prospection des marchés africains.

Petites mais non moins ambitieuses, nombre de start-up évoluent sans autre contrainte que celle de l’innovation, et beaucoup parmi elles s’illustrent par leur réussite et remportent le jackpot, comme BeThree, spécialisée dans le domaine biomédical, qui évolue désormais à l’international, en particulier aux États-Unis (voir plus).

La société civile se mobilise

C’est aussi le cas d’Ismaïl Ben Sassi, 25 ans, fondateur d’ilboursa.com, le premier site boursier du pays (voir plus), ou encore de Tahar Remadi et de son application Manuskrit, une librairie en ligne innovante.

« Libres de tout faire », claironnait un récent slogan de l’Office national du tourisme tunisien (ONTT). Y compris dans ce domaine, les Tunisiens n’ont pas attendu ce précepte pour lancer des projets. Quand le circuit officiel cherche ses marques, les privés prennent l’initiative et comptent d’abord sur les Tunisiens eux-mêmes pour relancer le secteur.

Le premier donneur d’ordre est le client local

« Le premier donneur d’ordre est le client local », assure la propriétaire d’une maison d’hôtes, un mode d’hébergement qui a le vent en poupe. Mais l’exemple le plus marquant est la vivacité de la société civile, qui compte plus de 19 000 associations.

Certes, beaucoup sont inopérantes, mais certaines, inscrites comme vigies de la démocratie – comme Al Bawsala, l’observatoire de l’Assemblée ou le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux – sont devenues des acteurs incontournables du processus de transition, aux côtés de structures plus anciennes, telles que l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) et la Ligue tunisienne des droits de l’homme.

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