Fermer

Tunisie : une Bourse en plein essor

La capitalisation s’élevait à 7,9 milliards d’euros fin 2016, en hausse de 8,2 % par rapport à 2015. © Ons Abid pour JA

Après avoir engagé une série de réformes et ouvert son marché via des partenariats stratégiques, la place tunisienne gagne en compétitivité, même si le nombre de sociétés cotées reste modeste.

La cession programmée de certaines des participations non stratégiques détenues par l’État tunisien dans les secteurs industriel et financier, dont le principe a été annoncé par le chef du gouvernement, Youssef Chahed, va-t-elle réveiller la Bourse des valeurs mobilières de Tunis (BVMT) ? « On peut l’espérer, l’opération pourrait animer un marché morose et permettre de surmonter l’attentisme des investisseurs, que les incertitudes économiques rendent frileux », estime Ismaïl Ben Sassi, le fondateur du site d’informations spécialisées ilboursa.com.

« Certes, le marché principal souffre indéniablement d’un problème de liquidités, et les titres faisant l’objet de mouvements importants, à l’instar de la SFBT [Société de fabrication des boissons de Tunisie], Carthage Cement ou Euro-Cycles, se comptent sur les doigts de la main, poursuit l’analyste. Mais les “bons papiers” trouvent toujours preneur, et les vingt-trois brokers [intermédiaires en Bourse] de la place savent mobiliser les investisseurs. »

À la fin de 2016, la capitalisation boursière s’élevait à 19,3 milliards de dinars (7,9 milliards d’euros), en hausse de 8,2 % en glissement annuel. C’est évidemment bien mieux que la performance globale de l’économie tunisienne, dont la croissance a plafonné à 1,3 % en 2016. Mais ces indicateurs témoignent surtout d’un phénomène de rattrapage. Car, avec une capitalisation égale à 25 % du produit intérieur brut (PIB), la BVMT reste loin derrière les 55 % affichés par la Bourse de Casablanca, la deuxième place financière du continent derrière celle de Johannesburg.

Encore quelques difficultés

Tunis ne compte encore que 81 sociétés cotées. Cette taille modeste du marché boursier s’explique en partie par la dimension encore très familiale du capitalisme tunisien. Par ailleurs, les grandes sociétés du pays ne sont pas encore toutes cotées, même si la tendance actuelle penche en faveur d’une multiplication des introductions en Bourse.

Les sociétés présentes en Bourse sont globalement mieux gouvernées que les autres

« Les groupes industriels éprouvent des difficultés à se refinancer auprès du secteur bancaire, et les conditions en Bourse sont nettement moins onéreuses, explique Ismaïl Ben Sassi. Cette évolution ne peut qu’être bénéfique à l’économie. Être coté impose des contraintes de transparence, d’information, de performance, et les sociétés présentes en Bourse sont globalement mieux gouvernées que les autres. »

L’une des particularités de la BVMT tient au poids des valeurs bancaires et financières (assurances et sociétés de leasing), qui représentent plus de 60 % de la capitalisation ; les valeurs industrielles et, dans une moindre mesure, technologiques (télécommunications) faisant office de parents pauvres. Une distorsion qui n’est pas près de s’atténuer, si le plan de restructuration des banques publiques (privatisation de la Banque de l’habitat et, plus tard, de la STB) va à son terme.

Une kyrielle de réforme

Sous la houlette de son ancien président Khaled Zribi – remplacé le 19 mai par Mourad Ben Chaabane –, la BVMT a engagé une série de réformes visant à lui faire gagner en compétitivité et en attractivité. Le projet « Tunis place financière » a été lancé au début d’avril, et l’ouverture du marché financier national via des partenariats stratégiques avec Euronext (le principal opérateur de la zone euro), ainsi qu’avec le Nasdaq américain, devrait se poursuivre.

Les sukuks (produits de finance islamique, compatibles avec la charia) peuvent aussi marquer une opportunité de développement. La finalité de toutes ces actions est d’accroître le rôle de la Bourse dans le financement de l’économie réelle. L’entrée en vigueur, effective depuis avril, du nouveau code des investissements, âprement négocié, peut doper les perspectives d’internationalisation.

Les contraintes administratives et réglementaires qui pesaient sur les investisseurs étrangers, leur interdisant de passer le seuil des 60 % dans le capital d’une entreprise tunisienne, ont été démantelées, ce qui devrait en théorie augmenter la part de ces derniers dans la capitalisation boursière (qui s’élevait seulement à 25 % jusqu’à présent). L’objectif est de la doubler d’ici à 2020.

Un scénario optimiste qui risque cependant d’être contrarié par le climat d’incertitude autour du taux de change futur du dinar. Si la devise tunisienne continue sa dangereuse dégringolade, les potentiels investisseurs étrangers risquent en effet de surseoir à toute décision, tant que le cours de la monnaie n’aura pas été stabilisé.

Couverture

L’actu n’attend pas !


Couverture

Accédez à toute l'actualité africaine où que vous soyez en souscrivant à l'Edition Digitale de Jeune Afrique

Je m'abonne J'achète ce numéro