Bande dessinée : « Un chant d’amour », le conflit israélo-palestinien en bleu, blanc, rouge

Un chant d’amour. Israël-Palestine, une histoire française, d’Alain Gresh et Hélène Aldeguer, éd. La Découverte, 191 pages, 22 euros © Alain Gresh et Hélène Aldeguer/éd La Découverte.

Spécialiste du Moyen-Orient, Alain Gresh s’est associé à l’illustratrice Hélène Aldeguer pour écrire « Un chant d’amour », qui retrace, depuis la France, l’histoire du conflit israélo-palestinien.

Jérusalem, 17 novembre 2013. En visite en Israël, François Hollande est invité à dîner dans la résidence du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou. Alors que la soirée touche à sa fin, le président français lève son verre pour rendre un vibrant hommage à ses hôtes : « Pour l’amitié entre Benyamin et moi-même, pour Israël et pour la France, même en chantant aussi mal que je chante […], j’aurais toujours trouvé un chant d’amour – d’amour pour Israël et ses dirigeants. »

Filmée et diffusée sur les télévisions du monde entier, la scène constitue le prologue d’Un chant d’amour, d’Hélène Aldeguer et Alain Gresh, qui revient sur les liens entre la France, Israël et la Palestine depuis de Gaulle.

Volte-face de l’opinion française

Conflit mondial, conflit moyen-oriental, mais aussi conflit français : les pages de cette bande dessinée montrent à quel point la guerre entre Israël et la Palestine façonne la société et la politique française depuis cinquante ans. De Serge Gainsbourg avec sa chanson Le sable et le soldat, dans laquelle il se dit prêt à mourir pour Israël, aux premières prises de position du philosophe médiatique Bernard-Henri Lévy, au début des années 1980, qui feront de lui l’un des principaux défenseurs publics de l’armée israélienne. Divisé en quatre chapitres qui adoptent un ordre chronologique, le récit est structuré par les grands événements du conflit.

Tour à tour pro-israélienne puis majoritairement favorable au camp palestinien, l’opinion publique évolue en même temps que les médias se transforment. « La guerre de 1967 a été suivie dans les journaux, les événements de 1980 et la guerre au Liban l’ont été à la télé », résume Alain Gresh. Et, au moment où « la guerre s’invite dans les foyers », l’opinion penche pour le camp arabe. De la couverture de Paris Match « Guerre éclair », après les six jours ­d’affrontements en juin 1967, à celle de France Soir « Les Égyptiens attaquent Israël », plusieurs unes célèbres illustrent ces évolutions, témoins papier d’un conflit très suivi sur le petit écran.

De Chirac à Le Drian

Dans cette « bande dessinée historique », comme aime à la qualifier Hélène Aldeguer, les illustrations, parfois symboliques, parfois didactiques, se mêlent aux textes explicatifs. Directement inspirée par le style des fanzines, l’illustratrice a choisi d’utiliser une palette de couleurs restreinte : alors que les fedayins, les combattants palestiniens, sont toujours représentés en rouge, c’est le bleu qui habille les soldats d’Israël. Très présents eux aussi, le blanc et le noir complètent cette bichromie.

Pour écrire et dessiner, les auteurs ont travaillé une année durant, s’appuyant sur des archives publiques et des coupures de presse, mais aussi sur les Mémoires de certains hommes politiques, comme ceux de Jacques Chirac, publiés en 2011. « Rien n’est faux ! » s’exclame Alain Gresh. Toutes les paroles qui sortent de la bouche des personnalités ici dessinées, hommes politiques ou intellectuels, ont vraiment été prononcées un jour.

Une lecture nécessaire, qui résonne particulièrement au moment où l’on commémore les 50 ans de la guerre des Six-Jours

Si toute une partie de l’histoire du conflit est bien connue, le livre est parsemé d’anecdotes et d’informations exclusives. On apprend par exemple que Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères du nouveau gouvernement français, a fait partie d’une délégation de parlementaires envoyés dans les territoires occupés pour protester contre les mesures prises par les autorités israéliennes à l’encontre des maires élus des villes palestiniennes…

Bande dessinée historique, voire politique, Un chant d’amour est une lecture nécessaire, qui résonne particulièrement au moment de commémorer, en juin, les 50 ans de la guerre des Six-Jours.