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Bande dessinée : un tueur en série héros de « L’Araignée de Mashhad »

Extrait de "L'Araignée de Mashhad", de Mana Neyestani. © DR

Le dessinateur iranien Mana Neyestani, exilé en France, revient sur l’histoire d’un tueur en série qui assassina seize prostituées. Une manière détournée d’évoquer les fêlures de tout un pays.

Illustrateur de presse dans son pays, l’Iran, Mana Neyestani a connu la prison d’Evin pour avoir commis la caricature de trop, en 2006… Alors qu’il menait tranquillement sa vie de dessinateur, il a dû fuir, passant d’abord trois ans en Malaisie avant d’obtenir le statut de réfugié politique en France. Cette histoire, il l’a racontée dans Une métamorphose iranienne, sa bande dessinée autobiographique parue dans l’Hexagone en 2012. Inspiré par les dessinateurs français Claude Serre et Roland Topor, admirateur du créateur argentin de Mafalda, Quino, Mana Neyestani continue de s’exprimer sur la politique iranienne via des sites d’opposition en ligne. Son nouveau roman graphique, L’Araignée de Mashhad, semble a priori prendre une tout autre direction.

L’exilé s’est en effet intéressé à Saïd Hanaï, un tueur en série qui assassina seize prostituées entre 2000 et 2001, à Mashhad. Deuxième ville d’Iran par la population, cette cité sainte abrite le mausolée de l’imam Reza, huitième imam chiite. Le climat religieux y est pour le moins rigoriste, même si la ville, relativement proche de l’Afghanistan et de ses champs de pavots, connaît un véritable problème de drogue.

Je n’ai jamais tué de poules ou de moutons. J’ai trop pitié pour les animaux. Pour moi, ces femmes valent moins que des bêtes

Étonnamment, Mana Neyestani a construit sa bande dessinée à partir d’un documentaire vidéo intitulé And Along Came a Spider, réalisé par le documentariste Maziar Bahari, aujourd’hui rédacteur en chef d’IranWire – l’un des sites où le dessinateur publie ses caricatures politiques. Pourquoi un simple maçon, marié et père de famille, apparemment sans histoire, en est-il venu à étrangler des prostituées, sans éprouver le moindre remord ? La réponse est simple, selon Hanaï lui-même : « Je n’ai jamais tué de poules ou de moutons. J’ai trop pitié pour les animaux. Pour moi, ces femmes valent moins que des bêtes », dit-il.

Avant d’ajouter, plus tard : « Si vous vouliez appliquer la loi divine, vous feriez vous-même lapider une femme adultère. Ce n’est pas un meurtre, c’est la stricte justice divine. » Mais, en réalité, ce n’est pas tant la psychologie dérangée de Saïd Hanaï qui intéresse l’auteur. « Mes dessins, comme ceux de mes collègues, ont toujours été métaphoriques, affirmait-il à Jeune Afrique en 2012. Si l’on veut échapper à la censure, il ne faut jamais rien mentionner directement. »

Si l’on veut échapper à la censure, il ne faut jamais rien mentionner directement

Même si Neyestani vit aujourd’hui en France, c’est toujours dans les détails et les allusions qu’il faut chercher l’essence de L’Araignée de Mashhad. Car il ne s’agit pas seulement de l’histoire d’un meurtrier, il s’agit de l’histoire d’un pays tout entier. Avec subtilité, Neyestani démontre ainsi comment le traumatisme de la guerre Iran-Irak, couplé au dogmatisme religieux et à l’exclusion dont sont victimes les femmes, a pu faire d’un tueur en série un véritable héros pour toute une partie de la population…

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