À la rencontre de ces Français d’origine africaine qui défendent les couleurs de Macron aux législatives

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Hervé Berville, 27 ans, d'origine rwandaise, est candidat dans les Côtes-d’Armor. © Facebook de François Aziz N’Diaye

Ils sont d’origine africaine. Entrepreneurs, avocats, économistes, ils font partie de la génération Macron. Leur objectif : remporter les législatives et remettre le pays en marche.

Ce sont les hussards du mouvement En marche ! Dans la foulée de la présidentielle, qui a vu triompher leur chef, Emmanuel Macron, ils mènent la bataille des législatives des 11 et 18 juin. Certains d’entre eux – plus d’une vingtaine – partent à la conquête de circonscriptions. Leurs points communs ? La singularité de leurs parcours, qui pourrait les amener à jouer un rôle politique majeur dans les prochaines années… et leurs origines africaines. Tous partagent aussi la conviction que le président Macron est l’homme de la situation. « Il est celui qui pourrait réconcilier toutes les France, s’exclame François Aziz N’Diaye. C’est grâce à lui que s’est révélé mon attachement pour ce pays. »

Né il y a quarante-cinq ans dans une famille de la bourgeoisie dakaroise, François Aziz N’Diaye est arrivé en France à 17 ans. Après un diplôme de l’École des hautes études en relations internationales, il travaille au Pnud, à New York, pendant deux ans. Sa mission : contribuer à la reconstruction du Kosovo. Une belle carrière, cependant précédée de quelques déceptions… « J’ai compris, après mes études, qu’il y avait en France beaucoup de blocages liés à mes origines. » À son retour dans l’Hexagone, il fonde plusieurs entreprises, dont une de fret aérien. Cinq ans plus tard, il est l’un des précurseurs des plateformes de livraison de plats à domicile et crée pizzalivree.com.

J’ai compris, après mes études, qu’il y avait en France beaucoup de blocages liés à mes origines

« La création d’entreprise n’est ni aidée ni valorisée en France », explique l’entrepreneur, qui rêve de devenir député européen en 2019 et d’œuvrer, au sein de l’UE, en faveur du développement de l’Afrique. Quand Macron se bat en 2015 pour faire voter sa loi sur le travail, le Franco-Sénégalais est séduit. Un an plus tard, dès la naissance d’En marche !, N’Diaye écrit aux responsables du mouvement. Et, très vite, devient référent national dans les Yvelines. « Quand j’ai rencontré Emmanuel Macron pour la première fois, il m’a fait un clin d’œil et nous a dit : “Entourez-vous de gens meilleurs que vous, quelle que soit leur origine. Il faut les amener à nous, car c’est comme ça que l’on va transformer la France.” »

La composition du nouveau gouvernement ne reflète pourtant pas cette diversité. Seul Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au Numérique, est d’origine africaine. « On n’est pas dans une logique de casting, dans notre mouvement la diversité se vit naturellement », défend François Aziz N’Diaye.

Un sentiment que partage Hervé Berville, 27 ans, candidat dans les Côtes-d’Armor. « Mon engagement politique s’inscrit dans la continuité de mon parcours », résume ce diplômé de Sciences-Po Lille passé par la London School of Economics, qui refuse d’évoquer son histoire personnelle. Tutsi du Rwanda, il n’avait que 4 ans quand, au tout début du génocide, il a été adopté par une famille bretonne.

Dans En marche !, il n’y a pas de rapport comptable à la diversité 

L’Afrique ? Il l’a retrouvée après ses études, lorsqu’il a travaillé à l’AFD – au Kenya et au Mozambique. Quant au racisme, Berville affirme n’y avoir jamais été confronté dans son village breton. Pour autant, il apprécie la « vision inclusive d’Emmanuel Macron, qui ne met pas les gens dans des cases, alors que certains attribuent tous les maux du pays aux immigrés ». « Dans En marche !, il n’y a pas de rapport comptable à la diversité », se réjouit-il.

Candidate en Eure-et-Loire, Claire Tassadit Houd, 49 ans, acquiesce : « Je ne me sens pas représentée par une Fadela Amara ou une Rachida Dati. Je me sens bien plus proche de Muriel Pénicaud [la nouvelle ministre du Travail, ex-DRH chez Danone]. » Élevée dans un quartier populaire de Maubeuge (Nord), cette fille de harkis, aujourd’hui DRH chez Siemens, se définit comme « profondément républicaine ». « Dans son gouvernement, Édouard Philippe a choisi des femmes, des personnalités issues de la société civile, pour leurs compétences. C’est cela, la vraie diversité », souligne-t-elle.

Pourtant, pendant sept ans, Claire Tassadit Houd avait travaillé auprès d’hommes politiques sans qu’aucun lui offre un emploi à la hauteur de son CV : « On m’a proposé des postes, mais toujours en rapport avec le tissu associatif des banlieues ou liés à l’intégration. Emmanuel Macron n’a jamais osé me proposer ce genre de postes », raconte-t-elle.

Laetitia Avia s’exprimant à l’occasion de la Journée internationale des femmes, le 8 mai, à Paris. © Christophe Morin/IP3 PRESS/MAXPPP

Ne pas céder à la tentation du repli identitaire

Son engagement en politique a été renforcé par un drame. Le 13 novembre 2015, à Paris, Djamila, sa sœur, tombe sous les balles des jihadistes alors qu’elle se trouve à la terrasse du café La Belle Équipe, que tenait le père de sa fille. « Je me suis interrogée sur notre société. Comment en est-on arrivé là ? Et j’ai apprécié le discours d’Emmanuel Macron, qui a déclaré que nous avions une responsabilité collective dans le terrorisme et qu’il ne fallait pas céder à la tentation du repli identitaire. »

Amal Amélia Lakrafi, 39 ans, fait aussi partie de ces candidats au parcours impressionnant. Cette Franco-Marocaine, qui se présente dans la dixième circonscription des Français établis hors de France (49 pays du Moyen-Orient et d’Afrique), est une experte en « intelligence économique et sûreté nationale ». Elle a fondé et dirigé pendant cinq ans une société spécialisée dans le management de l’innovation et préside aujourd’hui une entreprise d’édition de logiciels, de conseil et de formation en cybersécurité.

À 54 ans, Madeleine N’Gombet n’est pas novice en politique. Née au Cameroun, où elle a vécu jusqu’à l’âge de 16 ans, elle dit avoir été élevée par ses parents, instituteurs, « dans le culte de l’école ». Après des études secondaires et supérieures à Bordeaux, elle a mené de front pendant vingt ans sa carrière professionnelle de chirurgien-dentiste et son engagement dans la vie publique.

D’abord conseillère municipale socialiste à Confolens (Sud-Ouest), elle a gravi tous les échelons jusqu’à devenir vice-présidente du conseil régional de Poitou-Charentes, présidé à l’époque par Ségolène Royal. Toujours prête à relever des défis, elle vient d’en accomplir un de taille : elle a obtenu il y a un an son diplôme de l’ENA. Candidate d’En marche ! en Charente, où elle vit depuis 1996, elle vise aujourd’hui un siège à l’Assemblée nationale.

Quand j’ai rejoint En marche !, j’ai demandé à travailler sur l’égalité des chances. Mais on m’a répondu que, comme j’étais avocate, mieux valait que je sois experte en justice.

Le cas de Laetitia Avia, une avocate de 31 ans qui se présente à Paris, est lui aussi exemplaire. Fille d’une aide-soignante et d’un chauffeur aéroportuaire, tous deux Togolais, elle a grandi à Saint-Ouen, puis a bénéficié du dispositif d’intégration des jeunes de quartiers pour entrer à Sciences-Po Paris. « Quand j’ai rejoint En marche !, j’ai voulu rendre ce qu’on m’avait donné et j’ai demandé à travailler sur l’égalité des chances. Mais on m’a répondu que, comme j’étais avocate, mieux valait que je sois experte en justice. »

Il y a huit ans déjà, son parcours brillant l’avait amenée à croiser Emmanuel Macron. Elle n’avait alors que 22 ans et avait été nommée secrétaire générale d’une commission pour la modernisation des professions du droit. Laetitia Avia, qui connaît donc personnellement le président, estime qu’« il est grand temps d’arrêter de penser que, dans un gouvernement, il faut un Noir, un Arabe et un Chinois. On a vu par le passé que, quand ce ne sont pas les plus compétents qui occupent ces postes, cela porte préjudice aux minorités visibles ».

J’espère qu’il y aura un sursaut citoyen chez les jeunes Africains, à l’image de ce qui se passe en France.

Diplômé de Centrale et de l’ENA, Aïdara est dans les arcanes du pouvoir depuis des années et a travaillé avec Christiane Taubira au ministère de la Justice. Ce fils d’un instituteur et d’une commerçante, qui a grandi à Louga, a lui aussi décidé de se lancer en politique après l’attaque terroriste contre Charlie Hebdo et les attentats du 13 novembre 2015 [Bataclan et Stade de France]. « Je me suis dit qu’il fallait qu’on fasse quelque chose pour nos jeunes. Et je me suis reconnu dans En marche ! »

L’énarque n’en oublie pas pour autant ses origines. « Je retourne tous les ans à Louga, où vivent mon frère et ma sœur, je continue à m’imprégner de ce qui se passe au Sénégal. » Selon lui, l’élection de Macron est une chance pour l’Afrique : « Chez En marche !, on a une réflexion sur le continent, sur la manière dont on interagit avec lui. J’espère qu’il y aura un sursaut citoyen chez les jeunes Africains, à l’image de ce qui se passe en France ».

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