Portrait : Anastasia Nze Ada, une Équato-Guinéenne en lutte contre les traditions qui enferment les femmes

Anastasia Nze Ada a fondé une association qui se bat pour la défense des femmes en Afrique. © Muriel Devey Malu Malu pour JA

Anastasia Nze Ada a fondé en 2010 l'association Égalité et Droits de la femme en Afrique. Sa mission est ardue, dans un pays encore régi par un code civil datant de la colonisation espagnole qui ne comporte aucun texte sur les violences faites aux femmes.

Quand la situation est devenue intolérable, elle a demandé le divorce. Mais son mari ne l’a jamais accepté. Peu importe. Anastasia Nze Ada a quitté le domicile conjugal en emmenant sa plus jeune fille. « Chez nous, on est marié avec la tradition à vie. Même les religions s’en accommodent. En cas de divorce, les enfants restent avec leur père, et cela crée des problèmes avec la famille, car il faut rembourser la dot », explique-t‑elle.

Le code civil de Guinée équatoriale date du temps de la colonisation espagnole. Nous n’avons pas de textes spécifiques sur les violences faites aux femmes…

Née en 1948 à Ebebiyín (dans l’extrême nord-est de la région continentale), Anastasia Nze Ada a obtenu son bac à Bata puis est partie étudier en Espagne avant de rentrer en Guinée équatoriale, où elle s’est mariée. En 1992, pour échapper à la surveillance de son ex-époux, elle décide de repartir dans la péninsule Ibérique, où elle restera jusqu’en 2008. Une expérience positive. « J’y suis devenue ce que je suis, lance-t-elle. J’y ai tout appris sur les droits et les organisations de défense des femmes. » Elle reprend ses études, fait du volontariat et, en 2002, crée Afro Mujer, une association pour les femmes africaines axée sur les questions de violence. Pendant deux ans, elle enchaîne des missions en Guinée-Bissau, au Sénégal et au Burkina Faso.

Ministère de la Promotion de la femme

De retour à Malabo, elle intègre le ministère de la Promotion de la femme et, en 2010, crée l’association Égalité et Droits de la femme en Afrique. Établie dans le quartier populaire de Semu, à Malabo II, « l’association sensibilise les femmes sur leurs droits, notamment en cas de violences, précise Anastasia Nze Ada. Le code civil de Guinée équatoriale date du temps de la colonisation espagnole. Nous n’avons pas de textes spécifiques sur les violences faites aux femmes… »

Elle mène aussi des actions pour lutter contre les grossesses précoces – une des causes de la déscolarisation des jeunes filles – et pour amener les hommes à davantage dialoguer en cas de problème. « On ne peut pas être démocrate au Parlement si l’on n’est pas démocrate à la maison », martèle Anastasia.

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