Guinée équatoriale : après la crise économique, le secteur privé tente de se réinventer

Supermarché Martinez Hermanos à Bata. © Renaud Van Der Meeren/ Editions du Jaguar

Depuis fin 2016, les organisations patronales ont gagné en indépendance et comptent bien peser dans la nouvelle stratégie de diversification et de soutien aux petites et moyennes entreprises. Car si les grands du BTP et des hydrocarbures ont réduit la voilure, les PME, elles, tiennent bon.

Il aura fallu une crise économique et son lot de réduction d’activité, de fermetures d’entreprises et de licenciements pour redécouvrir les vertus des PME. Depuis deux ans, ce sont les opérateurs des filières pétrolières et, surtout, du BTP, la plupart à capitaux majoritairement étrangers, qui ont le plus souffert de la conjoncture ; la forte contraction des ressources dans le budget de l’État, liée à la baisse des cours mondiaux des hydrocarbures, a en effet entraîné un sérieux ralentissement des chantiers d’infrastructures, voire le gel de certains d’entre eux.

Renaissance du patronat

Les PME ont en revanche mieux résisté, même si elles ont évidemment été fragilisées. D’où la nécessité de consolider le tissu existant et de favoriser la création de nouvelles sociétés privées, avec l’objectif de donner corps à la diversification de l’économie en s’appuyant avant tout sur les entrepreneurs locaux. « La diversification se fera surtout avec des Équato-Guinéens, qui doivent créer des activités et s’impliquer dans la gestion des infrastructures réalisées. Chez nous, l’esprit d’entreprise est limité. Il faut le stimuler », reconnaît Mariola Bindang Obiang, la directrice générale de Holding Guinée équatoriale 2020.

Conscients des enjeux, les acteurs du secteur privé sont désormais plus nombreux à revendiquer leur rôle dans le développement du pays et à vouloir se faire entendre des pouvoirs publics. De son côté, l’État se montre plus réceptif, et les ministres beaucoup plus accessibles qu’il y a encore quelques mois.

Nous avons reconstitué la fonction du patronat. Il faut que l’État nous laisse nous organiser

Chapeauté pendant des années par l’État, le patronat a refait surface en tant qu’entité indépendante en novembre 2016, au plus fort de la crise. En effet, la Patronale (créée en 1988), dont le président était jusqu’à présent nommé par l’État, a pu enfin choisir ses représentants. « Nous avons reconstitué la fonction du patronat. Il faut que l’État nous laisse nous organiser », explique Don Basilio Tomas Efa Mangue, son président.

Parmi ses actions en cours figure l’élaboration d’un listing des entreprises équato-guinéennes, qui seront classées par régions, secteurs d’activité et origine du capital. Des fiches d’enregistrement comportant diverses informations ont été envoyées à toutes les sociétés du pays pour faire un état des lieux. Fin 2017, quand elle aura une meilleure visibilité du secteur privé, la Patronale tiendra une assemblée générale pour lancer des initiatives.

La chambre de commerce évolue aussi

D’autres groupements émergent, tel le Consortium équato-guinéen d’entreprises (Cegem), créé le 25 novembre 2016. « Nous rassemblons 40 membres, surtout issus du secteur des services, précise Benjamin Evita Oma, son secrétaire général. Notre rôle est d’informer et d’aider les dirigeants d’entreprise à se professionnaliser et à s’organiser. » Plus sectoriel, plus informel, mais tout aussi mobilisé, le Club des hôteliers et des restaurateurs tente de trouver des solutions à la crise et de relancer le tourisme.

Enfin, la Chambre de commerce (CC, créée en 1923), divisée en deux entités – la CC de la région continentale et celle de Bioko, qui coordonne l’ensemble –, est également en pleine évolution. Outre de nouveaux statuts adoptés en septembre 2016, elle multiplie ses participations aux foires internationales, dont celle de Dakar en novembre, et a développé les offres de formations proposées à ses membres (techniques agricoles, qualité des intrants, gestion d’entreprise, etc.). « Nous avons élaboré un plan de travail pour orienter les femmes et les jeunes vers les secteurs dans lesquels l’économie se diversifie », ajoute Gregorio Boho Camo, le président de la CC et de la chambre de Bioko.

Cyberespace à Malabo © Vincent Fournier pour JA

À la suite d’un accord signé en avril 2016 entre le vice-président de la République, Ignacio Milam Tang, et le vice-président de la Confédération des entreprises de la communauté des pays de langue portugaise (CPLP), Mario Costa, l’Institut de certification et de formation de la CPLP a été créé, dont l’installation à Malabo a été confiée à la CC de Bioko. Cette dernière a réceptionné en février 2017 tous les équipements du laboratoire et, à la demande du chef de l’État, une deuxième structure a même été achetée pour la région continentale. Une fois l’installation du matériel sur les deux sites et la formation de leur personnel (par des techniciens portugais) achevées, l’institut pourra fonctionner, à partir de la fin mai.

Pour les organismes consulaires et les associations patronales, divers obstacles freinent encore l’essor du privé

Chargé de contrôler la qualité des produits importés et exportés, il devrait renforcer les relations d’affaires entre la Guinée équatoriale et les États membres de la CPLP, notamment en certifiant les produits agricoles équato-guinéens destinés aux marchés étrangers et en apportant aux exploitants des formations qui leur permettront d’augmenter les rendements et la productivité, de développer leurs activités, mais aussi d’apprendre le portugais.

Collaboration public-privé

Le réveil du patronat ne s’arrête pas là. Sous son impulsion, la concertation entre secteur public et secteur privé se structure. « Nous avons eu deux réunions avec le ministère du Travail, du Développement de l’emploi et de la Sécurité sociale, celui des Finances et du Budget, ainsi que celui des Affaires sociales et de la Promotion de la femme. Si l’État nous écoute, le reste ira de soi », assure Basilio Tomas Efa. Pour les organismes consulaires et les associations patronales, s’il ne fait pas de doute que le pays a un fort potentiel de développement dans l’agriculture, l’élevage, la pêche et la pisciculture, le tourisme et les services, divers obstacles freinent encore l’essor du privé.

Si le privé monte des projets sérieux, l’État l’appuiera et les banques suivront

En effet, en dépit des mesures prises en faveur de l’investissement (avantages fiscaux, réduction des délais de création d’une entreprise, etc.), l’information circule mal, le marché, trop encadré, doit être libéralisé. Quant aux financements, il faut les adapter aux besoins des entreprises locales. Les prêts octroyés par les banques locales le sont à court terme et à des taux élevés. Des banques chinoises, aux conditions plus souples, pourraient-elles apporter de nouvelles solutions ? Pour le Cegem, la balle est bel et bien dans le camp du secteur privé. « Si le privé monte des projets sérieux, l’État l’appuiera et les banques suivront », assure Benjamin Evita Oma.

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