Et il est comment le dernier livre de José Eduardo Agualusa, « La reine Ginga »

La Reine Ginga et comment les Africains ont inventé le monde, de José Eduardo Agualusa, traduit du portugais par Danielle Schramm, Métailié, 242 pages, 21 euros ©

Il y a quelques siècles déjà, la reine Nzinga fit couler de l’encre. C’était au XVIIe et le missionnaire franciscain Giovanni Cavazzi da Montecuccolo relatait, après avoir séjourné auprès de sa cour, l’histoire extraordinaire de cette femme de tête.

Ses précisions inspirèrent d’ailleurs un certain Donatien Alphonse François de Sade, qui rapporta dans La Philosophie dans le boudoir que cette guerrière mettait ses amants à mort après les avoir consommés.

Rien d’étonnant à ce que l’imagination du marquis s’enflamme : Giovanni Cavazzi ne racontait-il pas que la reine disposait d’un harem d’hommes, tous habillés en femmes, pour son usage personnel ?

Redoutable stratège et diplomate avisée

Sorti en 2014 et tout juste traduit du portugais, le nouveau roman de l’Angolais José Eduardo Agualusa revient sur l’histoire de cette femme qui régna sur les royaumes de Ndongo et de Matamba et dont la statue orne aujourd’hui la place Kinaxixi, à Luanda.

Connue sous différents noms – Anna Nzinga, Anna de Sousa Nzinga Mbande, Njinga Mbandi –, elle fut un redoutable stratège et une diplomate avisée, s’alliant aux Pays-Bas face au Portugal pour tenter de conserver le pouvoir.

Un récit à travers les yeux d’un jeune prêtre brésilien

Avec La Reine Ginga et comment les Africains ont inventé le monde, Agualusa revient sur toutes les péripéties de son histoire à travers les yeux d’un jeune prêtre brésilien défroqué devenu l’interprète de la souveraine.

S’appuyant sur de nombreuses sources, comme les lettres rédigées par la reine elle-même, la correspondance du gouverneur portugais Fernão de Sousa ou les chroniques des religieux italiens Giovanni Cavazzi da Montecuccolo et Antonio Gaeta da Napoli, l’écrivain conte une histoire de bruit et de fureur finalement peu connue. Et rend aux Angolais la mémoire de ce qui leur appartient.

Une quantité d’informations

Pourtant, malgré la limpidité d’une écriture parfaitement maîtrisée, malgré la riche documentation étayant la fiction, le récit suscite un léger ennui, voire une certaine indifférence, même en ses passages les plus violents.

Peut-être parce que Francisco José, le personnage principal, n’est au fond que le jouet d’une histoire sur laquelle il n’a aucun pouvoir. Ou peut-être parce que la quantité d’informations étouffe un récit qui, finalement, perd en humanité ce qu’il gagne en précision.

La Reine Ginga et comment les Africains ont inventé le monde, de José Eduardo Agualusa, traduit du portugais par Danielle Schramm, Métailié, 242 pages, 21 euros